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La sécurité des circulations repose sur un principe simple : deux trains ne doivent pas se trouver au même endroit au même moment. Elle s’appuie sur la signalisation, qui met en œuvre des moyens divers évoluant au fil des années et des progrès techniques, mais assure dans tous les cas qu’un train en mouvement a devant lui une distance égale au moins à sa distance de freinage. En pratique, pour que tout train dispose devant lui de cette distance nécessaire, la voie est divisée en cantons, dont l’accès est protégé par un signal fermé aussi longtemps que le canton dont il protège l’accès est occupé par un train.
L’impératif de sécurité se traduit ainsi par un temps minimum de succession entre deux trains, qui est fonction des installations. Ainsi l’espacement possible en BAPR (Block Automatique à Permissivité Restreinte) n’a rien à voir avec l’espacement orchestré par le SACEM sur Pour respecter l’horaire prévu, chaque train dispose d’une marche propre (heures d’arrivée, de départ, jalonnement en cours de route) calculée à partir des performances de son engin de traction et de la vitesse limite de la ligne. Cette marche, connue de tous les opérateurs concernés, est reprise sur les tableaux horaires de la ligne (à disposition des agents de régulation) et sur les fiches horaires de chaque train (utilisées par les agents de conduite).
Chaque marche est positionnée dans le temps pour fluidifier le trafic au maximum : si chaque train respecte cette marche, les trains ne rencontrent que des feux au vert et ne subissent donc aucun ralentissement sur tout leur parcours. Cela nécessite, dans l’horaire de deux trains qui se suivent, un intervalle de temps au moins égal au temps de succession minimum, augmenté de 35 secondes pour permettre au train suiveur de voir suffisamment à l’avance le feu devenir vert (ergonomie de conduite). Cette valeur est elle aussi augmentée de 15 à 30 secondes pour éviter toute erreur de chronométrie. Sur une ligne équipée de block automatique lumineux, l’espacement est en moyenne, selon les cas de 3 à 4 minutes entre deux trains voyageurs et 5 à 6 minutes entre deux trains de fret. Capacité théorique et pratique d’une section de ligneTrois types de paramètres influent sur la capacité d’une section de ligne :
La capacité théorique d’une section de ligne est représentée par le nombre maximal de trains qu’il est possible d’y faire circuler en respectant les intervalles obligatoires pendant une période donnée -pointe de voyageurs migrants (de 6h30 à 9h et de 16h30 à 19h), jour ouvrable, vendredi, etc. La capacité pratique d’une section de ligne est représentée par le nombre de trains que l’on peut effectivement tracer compte tenu d’exigences horaires, d’entretien et de régularité. Ainsi, des trains circulant dans des horaires ne correspondant pas à la demande circuleraient à vide... Le nombre de trains que l’on peut utilement tracer n’est donc pas le même qu’en simple théorie. L’infrastructureLes caractéristiques de l’infrastructure ferroviaire, souvent directement issue des opérateurs historiques des Chemins de Fer franciliens, influent sur la capacité d’une section de ligne. Par exemple :
Le plan de transportLe plan de transport est la traduction de demandes commerciales principalement établies par le STIF pour l’Île-de-France : horaires, vitesse, dessertes en cours de route, composition des trains - dont les caractéristiques influent sur le nombre de sillons qu’il est possible de tracer. La capacité sera ainsi fonction de :
Au final, la section de ligne connaîtra une perte de capacité due aux arrêts d’un train qui ralentissent les trains suivants. La solution adoptée est donc l’expédition de trains par « batteries » durant lesquelles l’amplitude nécessaire pour la circulation de plusieurs trains successifs devient moindre. Une batterie permet l’envoi de plusieurs trains sur une durée très limitée, le dernier de ceux-ci étant omnibus sur le parcours commun. Un « trou » horaire de quelques minutes permet au train omnibus d’opérer ses arrêts et de s’éloigner suffisamment avant la réexpédition massive d’une batterie identique. La majorité des réseaux franciliens SNCF utilisent ce procédé d’exploitation.
Extrait du tableau horaire RER D Sud-Est (hiver 2002-2003)
La section Paris - Villeneuve-St-Georges, où se superposent des missions omnibus (RIVA, vers Corbeil) et directes (BIPA, vers Malesherbes, et ZYCK, vers Melun), est organisée en batteries : les directs partent groupés ensemble entre deux omnibus. A noter que lorsque la mission RIVA assure son service omnibus, un train direct ZUCK, parti une minute après de Gare de Lyon est tout de même expédié en utilisant une voie parallèle jusqu’à Villeneuve-St-Georges. Le niveau de robustesse d’un graphique de circulation
Quelle qu’en soit la cause, le retard d’un train affecte les trains suivants dès qu’il ne permet plus le respect de l’intervalle minimum - souvent court - entre les trains. Un ralentissement général apparaît alors, et un phénomène d’accordéon (dit aussi « boule de neige ») amplifie le retard initial. Il faut donc prévoir une marge entre chaque train (ou groupée tous les quatre à cinq trains), dite « marge de robustesse », pour pouvoir résorber le retard initial sans risque d’enchaînement. Son importance dépend du niveau de régularité et de la nature des trains qui empruntent la ligne. Ainsi une section de ligne empruntée uniquement par le même type de trains ( Sur ces lignes très chargées, l’introduction judicieuse des marges de robustesse, sans gaspiller la capacité, est un exercice délicat qui nécessite du savoir-faire et une connaissance de l’exploitation au quotidien. En service opérationnel, les acteurs de la circulation utilisent très fréquemment les marges de robustesse pour limiter les conséquences d’un retard. Voilà pourquoi l’ordre des trains est parfois modifié en stationnant un train pour le faire dépasser par un plus rapide. Mieux utiliser les capacités actuellesA défaut de pouvoir disposer d’installations optimales, il est essentiel pour faire circuler davantage de trains sur le même réseau, d’en optimiser l’utilisation. Cela signifie mettre en œuvre des mesures d’exploitation qui permettent une meilleure utilisation des capacités existantes. Les principales mesures entreprises quotidiennement sur le réseau francilien peuvent se résumer en 4 points : 1. Des sillons domestiqués
Homogénéiser les vitesses de circulations des trains sur une section donnée permet d’augmenter le nombre de sillons qui peuvent y être tracés, donc le nombre de trains. Pour y parvenir, on peut soit accélérer les trains les plus lents, soit ralentir les plus rapides. Bien entendu, pour des raisons commerciales évidentes, cela doit se faire avec discernement. Ainsi, pour permettre le tracé du sillon lent entre deux sillon rapides, il est souvent indispensable de « coucher » légèrement ces derniers, c’est à dire réduire leur vitesse pour ainsi ne pas avoir un trop grand différentiel de vitesse entre un train omnibus et un rapide. Ceci est une des raisons expliquant des vitesses apparemment injustement faibles à l’abord de complexes importants, telle l’approche des gares parisiennes. D’un autre côté, il est nécessaire d’utiliser un matériel moteur performant afin d’accélérer sensiblement certains trains omnibus, par définition consommateurs de capacité de sillon. Les rames automotrices récentes utilisées sur le réseau Île-de-France répondent à cette indispensable nécessité d’accélération et freinage efficaces. 2. Un meilleur ordonnancement des dessertesPour le service voyageurs, la mise en place de dessertes par zone s’appuyant sur des installations performantes de terminus permet de diminuer la consommation de capacité des trains « omnibus ». Courante en Île-de-France, cette méthode a été utilisée très tôt par le réseau de l’Etat pour la banlieue Saint-Lazare. La géographie des installations ferroviaires témoigne fréquemment de l’intérêt que les concepteurs des réseaux ont porté à ce mode d’exploitation. Beaucoup de gares sont munies de ces capacités (voies de retournement, voies en impasse). Pour reprendre exemple sur le réseau Saint-Lazare décidément à la pointe à ce sujet, le voyageur averti aura remarqué la multiplication de ces voies en impasse en gare ou à la limite aval de cet établissement.
Extrait du tableau horaire Paris - Nanterre - Cergy (hiver 1992/1993)
Cette ligne, comme la plupart de la petite banlieue St-Lazare, utilise depuis longtemps la desserte par zones. En heures de pointe, trois missions distinctes se superposent : Paris - Bécon (trains 31700), Paris - Nanterre (trains 35100) et Paris - Cergy (trains 35500, dont ne figure que la portion Paris - Maisons-Laffitte). L’organisation des départs et les trois « zones » de desserte permettent d’adopter un cadencement aux 10 mn sur deux voies seulement, soit un train en moyenne toutes les 3 mn 20, en profitant au maximum des performances élevées du matériel roulant et sans « domestiquer » aucun sillon. Le passage d’une « zone » à l’autre (par exemple pour un trajet Les Vallées - Sartrouville) est facilité par la fréquence élevée des trains.
Extrait du tableau horaire Paris - Nanterre - Cergy (hiver 2002/2003)
La tension sur le parc de matériel roulant, et le souci de réduire l’irrégularité des lignes en réduisant le nombre de missions ont conduit à passer de trois à seulement deux « zones » : Paris - Nanterre (missions NOPE) et Paris - Cergy (missions UAPE). Paradoxalement, cette organisation est moins efficace : le temps de trajet est augmenté vers Nanterre, Houilles et au-delà (arrêt supplémentaire à Bécon du train autrefois direct), et il y a moins de marge entre les sillons (le train direct UAPE, expédié juste avant l’omnibus à Paris St-Lazare, vient « coller » la mission NOPE précédente à Nanterre). En contrepartie, des parcours comme Pont-Cardinet - Houilles deviennent possibles avec une seule correspondance. Cependant, sur certaines sections insuffisamment équipées pour pouvoir prétendre à une desserte par zone, on peut s’attacher à diminuer les manœuvres et les circulations non commerciales (rames vides) en profitant d’une part des éléments automoteurs ou réversibles et en modifiant les dessertes, c’est à dire en transformant des trains terminus en trains de passage, supprimant ainsi des besoins de sillons non commerciaux pour la mise en place ou le retrait du matériel. En effet, la présence d’une rame vide en attente de départ sur une voie donnée mange de la capacité d’infrastructure. 3. L’utilisation d’itinéraires de délestageLorsque des circulations ne sont pas soumises à des arrêts précis sur une partie de leur parcours, elles peuvent utiliser des itinéraires de délestage, souvent de courte distance, mais qui permettent de gagner quelques précieux sillons bénéfiques ou de contourner un incident. Le passage en plein cœur du complexe de Conflans/Bercy (voies 1M/2M) permet à certains trains de pointe de se frayer un chemin dans la grille chargée du 4. L’adaptation de l’organisation de la maintenance et l’amélioration de la fiabilité des équipements de voieLa maintenance des installations est majoritairement assurée en utilisant des plages horaires quotidiennes appelées « blancs-travaux ». Cette organisation est surtout sensible lorsque l’on s’éloigne de Paris : l’importance des circulations diurnes sur la majorité des lignes de la région parisienne impose en général de positionner les travaux en période de nuit. Notons que les Installations Permanentes de Contresens (IPCS) permettent, lorsqu’elles existent, d’écouler plus facilement le trafic tout en permettant de légères opérations de maintenance. L’ensemble de ces mesures présente un gain de capacité non négligeable, avec une augmentation moyenne du nombre de sillons possibles estimée à 15 %. Elles offrent en outre, pour la plupart d’entre-elles, l’avantage d’une mise en œuvre rapide et peu onéreuse. Pour l’avenirLa demande porte sur une augmentation des fréquences en heures creuses, demande qui touche la plupart des radiales d’accès à Paris. D’autre part, il paraît indispensable de recourir à d’incontournables investissements souvent lourds qui permettront de fiabiliser les équipements présents et également de réduire de nombreux points noirs franciliens. Ceux-ci sont souvent des goulots d’étranglement à l’origine de retards dont l’effet sur une grille horaire peut être néfaste durant de nombreuses minutes. De nouveaux systèmes de signalisation sont en cours d’étude, permettant notamment le recours à un block mobile, c’est à dire des cantons dont la longueur s’adapte à la vitesse réelle des trains, ceci dans le but d’améliorer le débit « en ligne ». En revanche, ils ne permettront pas d’augmentation du débit normal des installations dans les nœuds ferroviaires. Des systèmes de fluidification (aide aux opérateurs exploitation) sont par ailleurs à l’étude pour traiter plus efficacement les situations perturbées, et notamment pour limiter les arrêts intempestifs des trains. Ces choix, qui appartiennent dorénavant à Réseau Ferré de France, se doivent d’être rapides afin de pouvoir répondre à l’accroissement de la demande en terme de sillons. |
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