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Personnes sur les voies
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Après un arrêt anormalement long dans la gare précédente, voilà que le train avance comme une tortue, doucement, tel un tacot indigne du sacrifice que représente l’achat du coupon Orange chaque mois. Un bref coup d’œil rageur sur les écrans Infogare dévoile enfin le motif de ce chemin de croix qui met les voyageurs en retard : le trafic est perturbé en raison de la présence de personnes sur les voies. La présence sur (ou à proximité) des voies de personnes a priori étrangères à la SNCF et à la RATP, est de toute façon problématique : elles peuvent être animées d’intentions malveillantes, et la situation constitue de toute façon un danger pour elles. Les intrusions sont fréquentes, les exemples nombreux, le principal risque hélàs toujours le même : être happé, ou heurté, par un convoi. Des inconnus... connusPremier cas de figure, malheureusement le plus fréquent : la présence d’enfants sur le bord des voies, en général par simple jeu.
On sait par expérience que les mercredis, les week-ends et plus largement lors des vacances scolaires, un certain ennui des plus jeunes les amène fréquemment à se balader à proximité des voies, sans motif précis (si ce n’est, peut-être, celui de braver un interdit) et au mépris des risques encourus. La situation des infrastructures ferroviaires dans une région Ile-de-France densément peuplée, ensuite, enclave fréquemment les voies au milieu du tissu urbain. La barrière qu’elles constituent est normalement franchissable par des passages inférieurs (souterrains) ou supérieurs (passerelles). Mais ils paraissent toujours trop peu nombreux et trop éloignés... Et la tentation est forte de « couper » directement à travers les voies. Celles-ci deviennent, par endroits, de véritables passages publics tout ce qu’il y a de plus « sauvages » et officieux, mais qui constituent des raccourcis quotidiens pour relier sans délai ni détour les deux côtés d’une ligne. La nature même des abords de voies ferrées peut d’ailleurs pousser à la faute : la végétation (plantations, buissons) qui constitue encore la « protection » essentielle de bien des lignes, surtout en Grande Couronne, est aisément franchissable. L’emplacement du parking d’une gare (souvent aménagé à la place d’anciennes installations marchandises, donc immédiatement accolé à la ligne principale), la présence d’une voie publique longeant les emprises sont autant de situations favorisant les intrusions. Dès lors qu’il est totalement banalisé et domestiqué, quasiment intégré à la ville, le milieu ferroviaire ne semble plus dangereux, et ceux qui s’y aventurent perdent la notion du risque.
Pour finir, un cas beaucoup plus rare (mais également beaucoup plus complexe à gérer) est l’occupation des voies par des manifestants, dont les revendications souvent locales ou catégorielles n’ont en général rien à voir avec le chemin de fer. La province a régulièrement affaire à ce type « d’actions » de la part d’agriculteurs ; dans tous les cas, le principal but recherché est le retentissement régional (voire national, si l’on pousse la perturbation assez loin) que peuvent connaître ces opérations coup de poing. C’est d’autant plus facile que les médias font en général complaisamment caisse de résonance, en relayant amplement les conséquences de ces perturbations. Dans ce cas, en effet, le grand nombre de personnes en cause oblige habituellement à la suspension totale et durable des circulations ferroviaires - jusqu’à ce que les forces de l’ordre décident de faire évacuer le champ de bataille... Des parades qui ne peuvent faire dans la demi-mesureLa culture de sécurité du monde ferroviaire conduit, lorsque des personnes sont repérées sur les voies, à chercher à les mettre hors de danger, quoi qu’il en coûte pour l’exploitation. L’arrêt nécessaire des circulations, de toutes les circulationsLe risque étant constitué par la circulation des trains (qui, on l’a vu, pourraient heurter un individu ou être éventuellement victimes d’un acte de malveillance), il est nécessaire de faire arrêter d’abord, et sans délai, tous les convois susceptibles d’évoluer sur la (ou les) voie(s) concernée(s). Naturellement, cette mesure a rapidement des conséquences fâcheuses sur les lignes à fort trafic d’Île-de-France. Mais les impératifs de sécurité, auxquels s’ajoutent la responsabilité morale des opérateurs ferroviaires s’il survenait un accident, en font la seule alternative [2]. Ordre d’ouvrir l’œil - et les deux bonsUne fois l’arrêt de tous les trains obtenu, l’Agent Circulation du poste d’aiguillage responsable le plus proche va remettre, à chacun des mécaniciens devant franchir la partie de voie concernée, un Ordre motivé de Marche Prudente. Comme son nom l’indique, ce petit imprimé impose au mécanicien de « marcher avec prudence », c’est-à-dire de réduire fortement sa vitesse sur une zone prédéfinie (et délimitée par des repères kilométriques précis). Il lui commande surtout de faire part, ensuite, de ses observations sur le parcours considéré. Ces constatations conditionnent la suite : selon leur nature, elles peuvent autoriser la reprise normale de la circulation, ou au contraire confirmer la présence de personnes dans les emprises, ce qui entraîne évidemment le maintien des mesures de sécurité (marche prudente ou arrêt complet).
Parallèlement, les services de Police (ou de Gendarmerie), la Surveillance Générale SNCF (« SUGE »), et un agent du service « Voie » sont dépêchés sur place pour tenter d’intercepter les intrus, les uns par la voie publique, les autres via les emprises ferroviaires. Il va sans dire que l’ensemble de ces mesures est source de très fortes perturbations sur la ligne concernée, au même titre qu’un incident d’exploitation plus « classique ». Des actions à plus longue haleineOutre ce dispositif purement curatif (sinon répressif !), diverses actions sont entreprises en parallèles pour s’efforcer de prévenir ce phénomène « à la source » - c’est à dire éviter ces intrusions intempestives dans les emprises. Dans l’absolu, la meilleure arme pour enrayer toute intrusion demeure l’installation de kilomètres de clôtures. La solution est onéreuse, mais a fait ses preuves, tant dans les zones urbaines qu’en dehors des villes, où on y a de plus en plus souvent recours. Bien entendu, l’ingéniosité des promeneurs contraint les agents SNCF à diverses rondes pour réparer les clôtures régulièrement cassées ou percées.
A proximité immédiate des gares se déploie également une signalétique spécifique (panneaux « Danger », de mise en garde, d’interdiction, signalétique directionnelle) à l’intention, entre autres, des voyageurs désireux de s’aventurer hors des sentiers battus (et fléchés). Ceci est principalement valable sur les cheminements piétons permettant l’accès dans les zones voyageurs des gares à partir de parkings ou encore de la voie publique. A ce titre, une collaboration avec les collectivités locales peut également aboutir à la construction d’ouvrages nouveaux (pont, passerelle) qui, prenant en compte l’environnement local à risque (parkings, lotissements, établissements scolaires) dans les zones où la gare se retrouve enclavée, créeraient pour les piétons un passage tout aussi naturel et moins dangereux. Cette collaboration « externe » peut également s’appuyer sur des opérations de sensibilisation directement auprès des personnes les plus à risque dans les écoles et collèges de la région. En attendant...Beaucoup de facteurs (sociaux, environnementaux, historiques) entrent en compte pour apprécier ce fléau qui aboutit parfois à des drames. Les actions préventives destinées à dissuader les intrusions sont manifestement les mieux à même de réduire ce phénomène des plus urbains. En attendant, la circulation ferroviaire, qui recherche toujours un environnement à la sécurité maximale, apprécie très peu ces nombreuses intrusions. Les clôtures et pancartes qui s’élèvent un peu partout en réaction, mieux encore que les retards qu’il engendre régulièrement, témoignent de l’ampleur du problème. |
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Jeff :o) Dernière mise à jour le [1] On gardera certainement en mémoire, et pour longtemps, l’incident de Villeneuve-Triage. Exemple caractéristique qui rappelle une nouvelle fois qu’il n’est jamais complètement sûr de cheminer le long des voies, même lorsque tout laisse croire le contraire. [2] Une nouvelle fois, l’incident de Villeneuve-Triage fournit un exemple (ou plutôt un contre-exemple) parfait : un arrêt complet des circulations dans le secteur, le temps que les voies soient évacuées, aurait suffi à l’empêcher. |
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