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Entre optimisation du parc de matériel roulant et fréquentation d’une ligne, l’exploitant a la possibilité de faire varier la longueur de ses trains suivant les heures, les jours ou les périodes. Lumières sur une pratique d’exploitation souvent mal perçue des voyageurs.
Dans les années 20, l’arrivée des premières automotrices entraînait une révolution dans les pratiques d’exploitation : l’adaptation facile de l’offre de transport à la fréquentation d’une ligne.
L’avenir appartient aux experts en économie
Depuis l’origine, le service banlieue était assuré par des rames tractées et des locomotives à vapeur. Adapter la composition à la demande de transport était compliqué, coûteux en manœuvres (donc en personnel) et en temps (donc en capacité dans les grands terminus). Afin d’éviter la multiplication des circulations de matériel à vide, les réseaux préféraient jouer sur la fréquence des trains (rendue très faible en période creuse) plutôt que sur la longueur des convois. Hors pointe, les services de banlieue devenaient ainsi peu attractifs, et par conséquent de plus en plus concurrencés par les autobus alors peu gênés par le trafic automobile.
La flexibilité n’a que des avantages, la preuve !

- Attelage automatique « Scharfenberg »
- Ce système permet de coupler et de découpler 2 éléments en un temps record. L’attelage automatique permet d’assurer la continuité électrique et pneumatique entre 2 éléments tout en assurant une liaison mécanique.
Plus légères que les rames tractées, beaucoup plus économiques (grâce à la traction électrique), réversibles en bout de ligne sans manœuvre particulière, les automotrices ont presque immédiatement bénéficié d’autocoupleurs - ou « attelages automatiques » - qui permettent de coupler ou découpler plusieurs éléments de façon simple et surtout quasi-instantanée. Les éléments, composés de façon figée (ou « indéformable ») d’une automotrice seule ou d’une motrice et d’une remorque, pouvaient donc constituer des « unités multiples » (UM) de 2, 3, voire 4 éléments (2 à 8 voitures) au gré des besoins.
Le directeur du Réseau de l’État, Raoul Dautry, partisan de trains très courts au besoin mais toujours fréquents, fut le premier à instaurer sur ses lignes suburbaines des grilles de desserte extrêmement denses (fréquence aux 10 minutes en pointe, 20 minutes en heures creuses, radicalement à l’opposé des habitudes d’autres grands réseaux), en profitant de cette souplesse offerte par les automotrices. La CMP, inspirée en plus par son expérience « Métro », appliqua également cette politique lorsqu’elle s’engagea dans l’exploitation de la « ligne de Sceaux » en 1937 [1]. La « petite banlieue St-Lazare » (ex-État) et la ligne de Sceaux serviront, plus tard de référence pour imaginer le futur RER.
Les élèves dépassent le maître, à l’exception près
L’innovation des automotrices couplables à volonté a été largement généralisée aux générations de matériel suivantes, au point qu’on imagine aujourd’hui difficilement une desserte banlieue efficace et attractive autrement que sous forme d’éléments automoteurs. À la RATP comme à la SNCF, la majorité des rames reste composée d’une ou plusieurs unités indéformables, et les circulations s’établissent selon les besoins en unité simple (US), en unité multiple (UM) double (« UM2 »), triple (« UM3 », par exemple avec les éléments MS 61), ou plus exceptionnellement quadruple (« UM4 » testée un moment avec les Z 5300 du réseau Paris-Sud-Est).
Dans quelques cas, la pénurie de matériel roulant moderne a conduit la SNCF à rallonger certains éléments pour obtenir une capacité plus élevée en pointe sans mobiliser deux automotrices pour autant (Z 20500 à 5 caisses, Z 5600 « Evolys » à 6 caisses sur le  ). Mais ces éléments ne peuvent plus entreprendre de service commercial en UM (les quais sont trop courts), et se révèlent aujourd’hui à la fois trop peu capacitaires pour les pointes, et déserts en soirée au point que les voyageurs ne s’y sentent plus en sécurité. Même aujourd’hui, on mesure ainsi combien les compositions fixes sont un handicap !

- Bry-sur-Marne
 
- A chaque composition son point d’arrêt ! Trois « tête de train » différentes pour cette station où l’accès est totalement excentré : le premier pour une unité simple de MI ou MS, le second pour une UM2 de MS (tous deux « trains courts ») et le troisième pour les « trains longs » : UM2 de MI et UM3 de MS.
La subtile gestion du matériel
Le matériel roulant ferroviaire est comparable à une voiture : de l’entretien doit être réalisé à intervalle kilométrique régulier. Ainsi, plus un matériel circule, plus il est coûteux en entretien, et plus il vieillit vite ; au bout d’un certain temps, de l’ordre d’une vingtaine d’années, la maintenance courante - si minutieuse soit-elle - ne suffit plus, et le matériel doit faire l’objet d’importants travaux de révision (« RG », opérations « mi-vie », « OPCE » ou autres « modernisations ») pour préserver son potentiel [2].
L’exploitant, RATP ou SNCF, qui s’efforce de ne pas gaspiller ses ressources et d’immobiliser le moins possible ses rames en atelier, vise donc le « juste nécessaire » en adaptant l’offre de transport au plus près des variations de la fréquentation. Ainsi, très souvent des trains courts circulent en milieu de journée, ainsi qu’en début et fin de service. En revanche, en période de pointe, les rames sont allongées au maximum permis à la fois par le matériel et la longueur des quais, afin d’offrir la capacité de transport maximale.
Qui est qui ?
Sur chaque ligne, on appelle habituellement « train long » celui qui a une composition maximum (ou très proche du maximum) - par exemple 3 éléments MS 61, 2 éléments MI 84 ou 2 éléments MI 2N sur le  . Par opposition, le « train court » correspond à toute combinaison ostensiblement moins longue que les quais - une rame en solo (US), bien sûr, mais aussi une UM2 de Z 5300 (8 caisses) sur la banlieue Sud-Est ( ), où les quais s’étendent sur 315 mètres (12 voitures).

Exemples de formation sur quelques lignes
| Ligne | Type | Formation | Voit. | Annoncé comme... | Période de circulation générale |
 | MS 61 | US | 3 | train court | ZEMA 51 et 53 au service d’hiver, derniers trains St-Germain / Boissy de soirée en août |
 | MS 61 | UM2 | 6 | train court | missions St-Germain / Boissy : mi-journée et soirée, toute la journée samedis et dimanches |
 | MS 61 | UM3 | 9 | train long | pointe du matin et du soir en semaine |
 | MI 84 | US | 4 | train court | derniers trains interconnectés de soirée en semaine |
 | MI 84 | UM2 | 8 | train long | toutes missions interconnectées sauf les dernières du soir en semaine |
 | MI 2N | US | 5 | train court | derniers trains interconnectés de soirée en semaine |
 | MI 2N | UM2 | 10 | train long | toutes missions interconnectées sauf les dernières du soir en semaine |
 | MI 79/84 | US | 4 | train court | mi-journée et soirée et toute la journée des samedis et dimanches, sauf événement exceptionnel ou vacances scolaires |
 | MI 79/84 | UM2 | 8 | train long | pointe du matin et du soir en semaine, toute la journée si évenement exeptionnel (Stade de France, Parc des Expositions...), vacances scolaires |
 | MI 79/84 | UM3 | 12 | | interdit en service voyageur |
 | Z 2N | US | 4 | train court | missions Massy - Rungis - Pontoise/Argenteuil : avant 7h et après 20h en semaine, et les week-ends. Missions St-Quentin - Etampes / Dourdan : les week-ends |
 | Z 2N | UM2 | 8 | train long | missions Massy - Rungis - Pontoise/Argenteuil : de 7h à 20h en semaine. Missions St-Quentin - Etampes / Dourdan : en semaine |
 | Z 5600 « Evolys » | US | 6 | train court sur le télépancartage, train long sur les écrans Infogare | missions circulaires Versailles RG - Versailles-Chantiers via Juvisy |
 | Z 2N | US | 5 | train court |
 | Z 2N | UM2 | 10 | train long |
 | Z 5300 | UM2 | 8 | train court | missions Gare de Lyon - Combs-la-Ville en heures creuses, quelques missions Gare de Lyon - Melun de soirée la semaine |
 | Z 5300 | UM3 | 12 | train long | trains « dérogataires » de pointe(ZUCK/DUCA) [3] |
 | MI 2N | US | 5 | train court | soirée et dimanches, quelques missions Villiers-sur-Marne en pointe |
 | MI 2N | UM2 | 10 | train long | du lundi au samedi sauf en soirée |
 | Z 5600 | UM2 | 12 | train long | missions Paris - Montereau / Montargis |
Dans certaines gares SNCF (Gare du Nord, ...), l’appellation « train court » ou « train long » peut être remplacée sur le télépancartage par l’indication du nombre exact de voitures composant le train. Cet affichage, qui correspond à l’ancienne norme, a tendance à disparaître au profit d’un classique « train court/train long ».
Quand les Gremlins jouent au petit train...
La longueur des trains est planifiée à l’avance selon le trafic habituel de chaque ligne, mais d’une journée à l’autre, divers facteurs peuvent la faire varier.
1. La fréquentation
Des différences de fréquentation d’un jour à l’autre en semaine, peuvent amener l’exploitant à jouer sur la longueur des trains. Les creux de fréquentation des lundis et mercredis soir incitent par exemple la RATP à proposer des trains courts plus tôt le soir après la pointe. C’est une des raisons qui font qu’une mission « courte » le lundi peut être « longue » le mardi. Inversement, la pointe de fréquentation du vendredi soir, dûe aux départs en week-end, peut contraindre l’exploitant à allonger la période de pointe et reporter plus tard dans la soirée le découplage des UM.

- Tête des trains courts
- S’aventurer au-delà de cette pancarte en heure creuse imposera sûrement une volte-face rapide lorsque le train desservira la gare !
Le calendrier scolaire agit également sur la consistance des dessertes et la longueur des trains. Si la période des vacances d’été en est l’exemple le plus évident, avec la mise en place de grilles horaires particulières, les « ponts » permettent souvent de voir circuler des trains longs toute la journée. Plus subtilement, les « petites vacances » (Toussaint, Noël, hiver, Pâques) peuvent être prétexte à faire varier la longueur des trains - souvent à la baisse, mais éventuellement aussi à la hausse : à ces périodes, le  est ainsi desservi par des trains longs même en heures creuses.
Des manifestations ponctuelles entraînent des fréquentations inhabituelles. La desserte du Stade de France par les  et en est un bon exemple : les jours de matches ou de manifestations, la SNCF et la RATP proposent systématiquement des trains longs et des modifications de desserte afin d’y acheminer - et d’en évacuer - un maximum de monde en un minimum de temps [4].
2. Les contraintes d’exploitation
L’acheminement d’une rame vers l’atelier de maintenance peut se faire aisément en couplant la-dite rame avec une autre effectuant son service normal. L’ensemble ainsi constitué fait alors terminus à la station du dépôt, quitte à transborder les voyageurs dans une autre rame pour terminer la mission. C’est ce qui se passe parfois à Massy-Palaiseau, où se situe l’atelier de maintenance principal du  .
Le besoin de repositionner des rames pour préparer la pointe, des marches spéciales, ou des missions particulières en cas de travaux ou manifestations à desservir aura également une influence : plutôt que de faire des circulations haut-le-pied [5], l’exploitant choisira probablement de faire circuler des missions normalement US en UM.
L’absence d’une unité pour réaliser l’UM, déjà mobilisée ailleurs ou indisponible... laissant ainsi le train US !

- Bry-sur-Marne
 
- Moniteurs et miroir de contrôle « EAS sol » pour le conducteur. Situés avant l’extrémité du quai, ils permettent au « train court » de s’arrêter au plus près des accès de la gare. Des repères placés entre les rails permettent aux conducteurs de stopper leur rame à l’endroit souhaité.
3. Les incidents
Les incidents sont les principales causes des modifications de la composition des rames :
Les trains sont transformés de trains courts en trains longs et inversement aux terminus. Sur le  , le graphique des circulations prévoit par exemple une marge de 20 à 30 minutes pour réaliser l’opération. En cas de perturbation, ne pas découpler les rames permet de gagner du temps, aidant ainsi à résorber les retards accumulés [6]. La décision est prise par le régulateur du Poste de Contrôle Centralisé de la ligen, et transmise aux conducteurs par radio : « Message général : suite aux perturbations, les conducteurs ne désaccoupleront pas les MS à Boissy et St-Germain. Vous continuerez de circuler avec 3 éléments toute la journée ». Dans ce cas, tous les MS 61 engagés sur les missions St-Germain-en-Laye - Boissy-St-Léger circulent exceptionnellement en UM3 en période creuse.
Lorsque l’exploitant craint des accouplements difficiles, par exemple à cause de la neige qui a tendance à obstruer les coupleurs des attelages automatiques malgré les protections en place, il peut également prendre la décision de ne pas découpler, et de faire circuler toute la journée des trains longs.
Il peut arriver aussi que des rames soient encore en US sur le tronçon central d’une ligne RER en pleine pointe, souvent à la suite d’un incident survenu un peu plus tôt et qui les a empêchées de gagner le terminus pour être transformées à temps en UM.
Quand vous arrivez sur un quai, consultez donc systématiquement les panneaux de desserte : ils annoncent toujours la longueur des trains. Vous déjouerez ainsi les plans du Gremlin malicieux qui avait projeté de vous faire piquer un cent-mètres sur le quai au saut du lit !
P.S.: Un article séparé traitera en détail du repérage des points d’arrêt des trains.
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