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Carnets du voyageur

Gens du voyage en V.O. 30 avril 2002

Avec les beaux jours qui arrivent, ils sont partout. Du parvis de Notre-Dame à la place de l’Etoile, en passant par le Louvre et le Sacré Cœur - et en n’oubliant évidemment pas le métro, pour aller de l’un à l’autre. D’ailleurs, ils sont parmi les rares à l’envier, le métro parisien. Efficace et commode, de l’avis unanime. Propre, pour la majorité. Et la « chaleur humaine » des heures de pointe, ma foi ! fait partie de l’aventure.

Même si je maudis parfois certaines de leurs manies (se planter subitement derrière les composteurs pour chercher sur leur plan de métro quelle direction prendre, tiens, par exemple), je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine tendresse pour eux. Ils réintroduisent la vie, l’insouciance, l’exotisme dans le train-train quotidien. Regardez-les se prendre en photo sur le quai d’Hôtel de Ville. Recalculer une nouvelle fois si c’est à la prochaine station ou à la suivante qu’il faudra descendre. S’émerveiller lorsque la rame traverse Louvre-Rivoli ou Tuileries. Arborder presque avec fierté les armes de la maison Mickey au retour de Disneyland Paris. Rire en chœur au milieu d’une foule pleine d’expressions les plus neutres possibles, ou de têtes absorbées par leur journal. S’enchanter sur ce qui n’est plus, pour nous, qu’insipides banalités.

Entre deux stations ou sur le quai d’en face, j’aime bien essayer de deviner d’où ils viennent. Le challenge est évidemment d’y réussir avant qu’ils n’aient ouvert la bouche ! Mais il n’y a guère qu’une catégorie pour laquelle ça marche à tout coup - les jeunes Américains, a fortiori lorsqu’ils sont en famille, en groupe ou en class trip avec un prof. Quasi-systématiquement dénoncés par leurs vêtements (T-shirt, short, chaussettes blanches, baskets), l’allure Spice Girl des filles du groupe (minutieusement maquillées, et dont l’une au moins est strawberry blonde), le guide et les appareils-photo ; il ne reste plus qu’à attendre la confirmation à travers leur accent (voire en déduire de quelle partie des Etats-Unis ils sont originaires. Paraît que c’est possible, je me suis promis d’y arriver un jour)...

Pas grand mérite non plus pour les Japonais, même si on les croise plus facilement en voyage organisé en surface qu’en petit groupe dans les souterrains. Leur taux d’équipement en appareils photos et caméscopes numériques ultracompacts suffirait. Par contre, pour les Européens, ça tient régulièrement de la loterie. Celui-là, que j’aurais juré Espagnol, parle italien à sa compagne ; tel autre Allemand apostrophe d’un coup son voisin en flamand ; et elle, Anglaise, ou pas ? Je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai tout faux mais peu importe : voilà la preuve que l’Union Européenne est une réalité justifiée, et non une chimère de politiques décadents.

En les écoutant, j’aime même à rêver, l’espace d’un instant, que c’est moi qui suis en visite chez eux et non l’inverse. Revigorant : en une demi-douzaine de stations sur la ligne 1, il y a de quoi faire le tour du monde.

Je leur sais gré d’être là. J’espère que le résultat des élections, dimanche, ne leur coupera pas l’envie de (re)venir.

Sans les touristes, Paris est morne.

Dernière mise à jour
30 avril 2002  00h00
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