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Drôle de jour. J’ai un arrière-goût amer dans la bouche, et à voir le calme étonnant dans les rues, la ruée sur les kiosques à journaux, et la mine mi-déconfite, mi-incrédule des voyageurs du métro qui se sont réfugiés dans la lecture de leur journal, je me dis que je ne dois pas être le seul.
J’avais prévu de (re)commencer aujourd’hui la publication de mes tribunes et articles d’actualités sur les transports franciliens, mais tout ça paraît soudainement bien futile. Quasiment ridicule. Eclipsé par l’impensable. Où trouver le courage et l’envie de parler des projets de tramway ou des mises en service de métro tant que l’avenir du pays est en jeu ?
Sans même parler de son image à l’étranger... Ca va être une drôle de croix à porter, ça, ambassadeur d’une nation d’irresponsables qui font confiance aux sondages comme à la météo, vivent « l’insécurité » avant tout par J.T. interposé, et jouent avec leur bulletin de vote sans réfléchir. Comme d’autres s’amusent à monter dans les métros pendant que les portes se ferment, tiens. Vendredi dernier, une voyageuse comme-vous-et-moi s’y est essayé à la station George V. Elle a été traînée sur 45 mètres au départ de la rame. Si elle s’en est tirée indemne, c’est bien grâce à un miracle. Sauf que des miracles, à force, il n’y en aura peut-être pas pour tout le monde.
Le pays, la République, eux aussi, sont au bord de « l’accident de personne ». Un simple bout de papier peut encore suffire à l’éviter. Alors, indépendamment de vos convictions, le 5 mai, votez. Ce n’est plus une affaire de convictions, ni d’homme. C’est une question de dignité, face au monde. De salut public, contre l’extrémisme xénophobe et liberticide. Le 5 mai, plébiscitons la démocratie face au populisme fasciste. Il sera bien temps de reprendre un vrai débat d’idées sur des bases plus saines ensuite.
Et méditez cette leçon, petits sauvageons : à force de jouer avec le feu, on finit par allumer des incendies. A cause de celui-ci, le débat démocratique sera interrompu pendant au moins deux semaines. Les électeurs sont invités à se racheter à la prochaine station. La France est confondue par la gêne occasionnée.
Et la lecture d’un journal n’apaise ni n’exorcise rien, ni la rage, ni la honte ; j’ai vérifié.