En dépit de l’ouverture affichée par la CFDT, la CGT et l’État, finalement disposés à discuter ensemble des modalités de réforme des « régimes spéciaux », le trafic va rester perturbé sur les réseaux RATP et SNCF ce week-end.
La tendance est certes à l’amélioration, notamment sur les Grandes Lignes, et la mobilisation diminue un peu. Mais une partie des agents, cheminots ou « régistes », considèrent que les annonces (et notamment la lettre ouverte de Xavier Bertrand, envoyée mercredi) sont encore trop imprécises pour mettre un terme à la grève.
Cela explique que les assemblées générales aient massivement voté la poursuite du mouvement pour la deuxième fois consécutive aujourd’hui. Les grévistes semblent prêts à continuer la démonstration de force jusqu’à mardi 20 novembre. C’est en effet la date retenue de longue date par d’autres professions (fonctionnaires, enseignants...) pour faire valoir également leur mécontentement concernant « les salaires, l’emploi et le service public ». Bref, montrer au gouvernement que sa politique actuelle ne leur convient pas.
De deux choses l’une en effet : soit les grèves s’arrêtent d’ici lundi, et les agents de la RATP et SNCF resteront nécessairement identifiés aux yeux du grand public comme arc-boutés sur des privilèges catégoriels (par définition indûs : depuis 1789, le « grand public » estime que tous les privilèges doivent être abolis. Sauf les siens, éventuellement). Soit la grève dure jusqu’à mardi au moins, et peut espérer faire l’amalgame avec celle des autres secteurs en s’inscrivant dans une logique plus présentable d’opposition « sociale ». Compte-tenu de la proximité de la date, la poursuite d’une grève au moins partielle jusqu’à mardi est l’hypothèse la plus logique, et la plus vraisemblable.
Dans l’immédiat en tout cas, les trains, bus et métros circuleront un peu mieux ce week-end ; mais le trafic restera fortement perturbé au moins jusqu’à lundi matin.
A la RATP, on prévoit un trafic assuré aux deux tiers sur la ligne 
(intervalles de 7 à 8 minutes en journée), à hauteur de 20 à 25% en moyenne sur les autres lignes (intervalles de 15 à 20 minutes au mieux, certaines lignes pourront rester fermées une partie de la journée), sauf bien sûr sur la ligne 
où le trafic sera normal.
Quant au RER, une toute petite embellie est possible sur les deux lignes 
et
puisque le trafic y est annoncé « très fortement perturbé » (et donc pas totalement nul). En tout cas, même si des trains y circulent, les lignes resteront exploitées « chacun pour soi » sans interconnexion à Nanterre-Préfecture ni Gare du Nord.
Côté bus et tramway, la circulation devrait être assurée à 40%. Mais il s’agit d’une moyenne, qui recouvrira forcément des situations assez disparates selon les lignes et les dépôts.
Comme à la RATP, les premières assemblées générales de cheminots ont reconduit la grève à la SNCF, parfois directement jusqu’à lundi (c’est le cas à Nantes par exemple).
La situation reste tendue sur le terrain, comme en témoigne l’ambiance parfois houleuse autour des piquets de grève et les opérations commando menées par quelques grévistes ce matin : des pétards et des fumigènes placés sur la voie (des agrès de sécurité qui imposent réglementairement l’arrêt immédiat du train) ont perturbé la sortie du dépôt de Clichy-Levallois, et donc certaines dessertes prévues au départ de la gare St-Lazare. Des signaux ont été fermés manuellement aussi à Val d’Argenteuil, Château-Thierry, St-Quentin, Lille ou Sarreguemines, perturbant là encore la circulation des trains. « Ce qui est scandaleux et absolument inacceptable », a fulminé le DG de la SNCF, Guillaume Pepy, sur France Inter ce matin, « c’est qu’un certain nombre de grévistes incontrôlés, ou d’éléments extérieurs à l’entreprise, ont mis le désordre en mettant des torches sur les voies, des pétards, des détonateurs qui sont des instruments de sécurité qu’on met sur la voie pour empêcher des trains de circuler ». Pas vraiment du « sabotage » — selon un terme également employé par la direction — mais en tout cas de l’obstruction de la part de gens qui savent ce qu’ils font...
On relevait pourtant aujourd’hui une amélioration sur les dessertes TER de certaines régions et sur les Grandes Lignes du réseau national (environ 150 TGV et 60 Corail prévus ce vendredi). Mais en Île-de-France, le trafic Transilien restera loin de la normale durant tout le week-end. Les prévisions détaillées par réseau doivent être établies par la SNCF dans les prochaines heures.
Ambiance sport
Ce vendredi soir, un « plan de transport spécial » assurera la desserte du Stade de France à l’occasion du match amical France-Maroc, où quelque 70 000 spectacteurs sont attendus. Les lignes 
et
assureront un service limité de navettes entre la Gare du Nord et La Plaine-Stade de France ou Stade de France-St-Denis à partir de 18 heures. Au retour, les derniers trains partiront du Stade de France à 0h50 sur le 
et 1h00 sur le 
, dont les trains « descendront » jusqu’à Châtelet—Les Halles.
La ligne 
, palliatif habituel du RER au sud de Gare du Nord, va donc une fois de plus se trouver extrêmement chargée — d’autant qu’il n’y circule toujours qu’une rame sur deux, soit un métro toutes les 5 minutes environ.
A contrario, pour éviter les mouvements de foule alors que le nombre de rames en circulation y reste très faible, la ligne 
ne desservira plus le Stade de France (ni donc, par effet collatéral, St-Denis...) à partir de 19 heures : les trains seront limités toute la soirée à Guy Môquet.