| MétroPole > Actualités > Carnets du voyageur > 2008 |
XML
|
![]() |
Mission du jour : Vincennes - Etoile et retour. La bonne nouvelle, c’est que la ligne 
fonctionne sur ce parcours, « presque normalement » dit la radio, avec 4 rames sur 5 en circulation, précise la RATP sur les écrans à l’entrée des stations. Ce qui correspond à un intervalle d’environ 3 minutes, traduit-on. Bref, ça semble jouable.
La mauvaise nouvelle, c’est que le 
, lui, ne circule pas du tout. Ce qui veut dire quelques voyageurs en moins sur ce grand axe Est-Ouest (tous ceux qui auront renoncé à venir par leurs propres moyens depuis Boissy-St-Léger ou Marne-la-Vallée), mais surtout une offre de transport beaucoup plus faible puisque le RER transporte en temps normal, à lui tout seul, 60.000 voyageurs par heure et par sens.
Or, aidés des différentes lignes de bus (où ça ne roule pas si mal), les habitants de la proche banlieue se sont rabattus sur le métro. Métro aussi pour ceux qui viendront des quelques RER et des quelques trains de Grande couronne maintenus à l’arrivée à Gare de Lyon. Métro encore pour ceux qui viendront des lignes en correspondance dans Paris. Métro enfin pour tous ceux qui veulent aller travailler à La Défense en venant de Paris, de la banlieue Nord, de la banlieue Est, ou de la banlieue Sud. Autant hier, la RTT avait connu son heure de gloire, et les quais étaient déserts car tout le monde avait préféré rester 24 heures à la maison... Autant aujourd’hui, qui n’était pas a priori un jour de grève, chacun va essayer de se rendre à son travail. Ça va faire du monde.
Deux solutions stratégiques : essayer de passer avant ou après la foule. Avant, solution à la mode, mais risquée : « la France qui se lève tôt », celle qui a l’air majoritaire depuis quelques mois, aura sûrement eu la même idée. Va donc pour la deuxième option : viser plutôt la fin de la pointe du matin, ce que le jargon appelle le « flanc de pointe ». Et quitte à passer — mais à juste titre, vous en conviendrez désormais — pour un tire-au-flanc.
8h45, Porte de Vincennes. L’ambiance devient chaleureuse, puisque la foule est comme prévu au rendez-vous sur la ligne 
. Mais si la fréquence est bien « presque normale », la circulation des trains, elle, l’est beaucoup moins. Premiers ralentissements en tunnel entre Porte de Vincennes et Nation. Signe que ça coince devant, à cause d’arrêts anormalement longs pour laisser monter et descendre en station. En temps normal, c’est plutôt à partir de Champs-Elysées — Clemenceau que le phénomène se produit, à cause de « sur-stationnements » à Etoile.
8h54, Gare de Lyon. Premier grand remue-ménage. Nombreux sont ceux qui descendent, pour aller travailler dans les quelques tours qui ornent la rue de Bercy, et surtout pour aller prendre la ligne 
, au fonctionnement imperturbablement normal. Une solution de remplacement parfaitement acceptable pour atteindre les bureaux, les magasins vers Pyramides, Opéra, Madeleine, Auber et St-Lazare. Un peu moins nombreux ceux qui montent, habitants du quartier ou banlieusards juste descendus du train. Au gré de ces montées-descentes, ceux qui restent en profitent pour s’organiser, de façon plus disciplinée qu’à l’habitude : ceux qui ont encore un long trajet à faire avant de descendre se reculent dans les allées entre les sièges, formant un bloc compact sans place perdue, pour dégager les plate-formes.
9h06, Hôtel de Ville. La circulation reste difficile, avec de longs arrêts en station (deux minutes pour admirer les nouveaux sièges « A Kiko » de la station St-Paul, par exemple), entrecoupés de ralentissements, voire d’arrêts aux signaux dans le tunnel. Journaux et romans sont de sortie, en nombre encore plus impressionnant que d’habitude. Au bas mot une dizaine de ce côté-ci, et les lectures sont assez éclectiques (du 20 Minutes, bien sûr, mais aussi Libération, un gros roman policier qui a l’air captivant, un mémo en plusieurs pages qui l’est visiblement moins...). Les lecteurs sont sans doute encore plus nombreux de l’autre côté, mais faute de pouvoir se tourner, c’est impossible à confirmer dans l’immédiat.
9h11, Châtelet. « Tassée » mémorable. La « tassée », dans le jargon du métro, c’est quand la rame est tellement pleine qu’il faut laisser du monde sur le quai. Là, c’est plusieurs centaines de personnes qui n’ont pas pu monter. Preuve que les lignes en correspondance doivent plutôt bien rouler, sans quoi la foule n’aurait pu venir jusqu’ici... L’échange voyageurs dure quand même deux bonnes minutes, et le conducteur a la bonté de laisser faire. Du coup, comme la rame suivante ne tardera pas, personne n’essaie d’entrer en force une fois que la rame est manifestement pleine. Et les portes sont fermées sans difficulté.
Quand le métro repart, il reste plusieurs rangées de voyageurs sur le quai, comme au bon vieux temps du RER A (mais c’est toujours plus ou moins le cas à Châtelet — Les Halles pendant l’hyper-pointe). Ceux qui étaient assis sur les sièges en vis-à-vis n’ont pas bougé, toujours abîmés dans leur lecture, tandis que le métro s’arrête une nouvelle fois aux signaux dans l’interstation Châtelet — Louvre.
9h16, Palais-Royal. Certains commencent à trouver le temps long. Une dame se fait sèchement rappeler à l’ordre par sa voisine : « Vous pouvez arrêter de danser, s’il vous plaît ? ». La cinquantenaire baba-cool, casque sur les oreilles, se déhanche en effet depuis quelques minutes au rythme de la musique de djeun’s qui suinte à travers ses écouteurs. Et à côté, où il est déjà assez périlleux de garder son équilibre comme ça, on apprécie modérément le cours de swing et les quelques notes que commence à fredonner la malapprise. Qui hasarde en réponse un « Mais je n’ai pas de place... ». Sans succès : cette fois, ils sont deux à répondre que « Personne n’a de place, de toute façon » et que « Ce n’est pas une raison pour faire profiter tout le monde de sa danse du ventre ». Du coup, l’autre se tient coite et ne pipe plus mot jusqu’à ce qu’elle descende.
9h19, Concorde. L’épisode a créé des liens. La mère fouettard, que les autres voyageurs remercient silencieusement, commence à partager son expérience avec son voisin. Elle vient d’Aulnay-sous-Bois, où le RER était déjà bondé. Lui vient de Maisons-Alfort, où ça a aussi été la lutte pour embarquer tellement il y avait de monde dans les trains. Tous deux tombent d’accord sur le fait que c’était inévitable, « à partir du moment où la radio a dit que ça reprenait. Et puis de toute façon, les gens ont déjà pris un RTT hier, ils allaient pas recommencer aujourd’hui. On va pas consommer quinze jours de vacances juste pour la grève, hein ? »
9h25, George V. Des voyageurs sont également restés sur le quai à Palais-Royal (ce qui confirme que la ligne 
roule bien, elle aussi : trois terminus sur les quatre ont en effet voté la reprise du travail en assemblée générale hier midi), puis à Concorde (où des annonces précisent qu’en revanche, sur les lignes 

, c’est moins enthousiasmant), à Champs-Elysées — Clemenceau et à Franklin D. Roosevelt. Mais à George V, pour la première fois, ça descend bien plus que ça ne monte. Les voyageurs s’extirpent à grand peine des sièges ou des allées, en se faufilant comme ils peuvent à travers les plate-formes pour descendre du métro. Sur le quai, ceux qui sont descendus remettent leur pelisse pour affronter la brise froide des Champs-Elysées, celles qui sont descendues effectuent une dernière retouche de style (la mèche, le foulard, le sac à main) avant d’arriver au bureau.
9h27, Etoile. Abandon sans regret de ceux qui continuent vers La Défense et qui, à vue de nez, en ont encore pour un bon quart d’heure. Le métro continue à jouer tant bien que mal son rôle de palliatif au 
, et les rames croisées dans l’autre sens semblent à peine moins chargées. Après avoir repris quelques forces au grand air, rendez-vous en fin d’après-midi pour le match retour.
![]() |
Dernier : 16/11/2007, 00h03 • Cramos
|
![]() |
Un tableau de maître
|
![]() |
Dernier : 16/11/2007, 00h03 • Cramos
|
![]() |
Vu et vécu dans l'année
|
![]() |
Silence, on lit !
|
|
7 message(s) a (ont) été posté(s) à la suite de cet article,
dans 4 discussion(s) :
|
|