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Carnets du voyageur
Et pourtant, elle tourne...

S’il n’y en a qu’une, c’est la « une » 19 octobre 2007

Mission du jour : Vincennes - Etoile et retour. La bonne nouvelle, c’est que la ligne Métro1 fonctionne sur ce parcours, « presque normalement » dit la radio, avec 4 rames sur 5 en circulation, précise la RATP sur les écrans à l’entrée des stations. Ce qui correspond à un intervalle d’environ 3 minutes, traduit-on. Bref, ça semble jouable.

La mauvaise nouvelle, c’est que le RERA, lui, ne circule pas du tout. Ce qui veut dire quelques voyageurs en moins sur ce grand axe Est-Ouest (tous ceux qui auront renoncé à venir par leurs propres moyens depuis Boissy-St-Léger ou Marne-la-Vallée), mais surtout une offre de transport beaucoup plus faible puisque le RER transporte en temps normal, à lui tout seul, 60.000 voyageurs par heure et par sens.

Or, aidés des différentes lignes de bus (où ça ne roule pas si mal), les habitants de la proche banlieue se sont rabattus sur le métro. Métro aussi pour ceux qui viendront des quelques RER et des quelques trains de Grande couronne maintenus à l’arrivée à Gare de Lyon. Métro encore pour ceux qui viendront des lignes en correspondance dans Paris. Métro enfin pour tous ceux qui veulent aller travailler à La Défense en venant de Paris, de la banlieue Nord, de la banlieue Est, ou de la banlieue Sud. Autant hier, la RTT avait connu son heure de gloire, et les quais étaient déserts car tout le monde avait préféré rester 24 heures à la maison... Autant aujourd’hui, qui n’était pas a priori un jour de grève, chacun va essayer de se rendre à son travail. Ça va faire du monde.

Deux solutions stratégiques : essayer de passer avant ou après la foule. Avant, solution à la mode, mais risquée : « la France qui se lève tôt », celle qui a l’air majoritaire depuis quelques mois, aura sûrement eu la même idée. Va donc pour la deuxième option : viser plutôt la fin de la pointe du matin, ce que le jargon appelle le « flanc de pointe ». Et quitte à passer — mais à juste titre, vous en conviendrez désormais — pour un tire-au-flanc.

8h45, Porte de Vincennes. L’ambiance devient chaleureuse, puisque la foule est comme prévu au rendez-vous sur la ligne Métro1. Mais si la fréquence est bien « presque normale », la circulation des trains, elle, l’est beaucoup moins. Premiers ralentissements en tunnel entre Porte de Vincennes et Nation. Signe que ça coince devant, à cause d’arrêts anormalement longs pour laisser monter et descendre en station. En temps normal, c’est plutôt à partir de Champs-Elysées — Clemenceau que le phénomène se produit, à cause de « sur-stationnements » à Etoile.

8h54, Gare de Lyon. Premier grand remue-ménage. Nombreux sont ceux qui descendent, pour aller travailler dans les quelques tours qui ornent la rue de Bercy, et surtout pour aller prendre la ligne Métro14, au fonctionnement imperturbablement normal. Une solution de remplacement parfaitement acceptable pour atteindre les bureaux, les magasins vers Pyramides, Opéra, Madeleine, Auber et St-Lazare. Un peu moins nombreux ceux qui montent, habitants du quartier ou banlieusards juste descendus du train. Au gré de ces montées-descentes, ceux qui restent en profitent pour s’organiser, de façon plus disciplinée qu’à l’habitude : ceux qui ont encore un long trajet à faire avant de descendre se reculent dans les allées entre les sièges, formant un bloc compact sans place perdue, pour dégager les plate-formes.

9h06, Hôtel de Ville. La circulation reste difficile, avec de longs arrêts en station (deux minutes pour admirer les nouveaux sièges « A Kiko » de la station St-Paul, par exemple), entrecoupés de ralentissements, voire d’arrêts aux signaux dans le tunnel. Journaux et romans sont de sortie, en nombre encore plus impressionnant que d’habitude. Au bas mot une dizaine de ce côté-ci, et les lectures sont assez éclectiques (du 20 Minutes, bien sûr, mais aussi Libération, un gros roman policier qui a l’air captivant, un mémo en plusieurs pages qui l’est visiblement moins...). Les lecteurs sont sans doute encore plus nombreux de l’autre côté, mais faute de pouvoir se tourner, c’est impossible à confirmer dans l’immédiat.

9h11, Châtelet. « Tassée » mémorable. La « tassée », dans le jargon du métro, c’est quand la rame est tellement pleine qu’il faut laisser du monde sur le quai. Là, c’est plusieurs centaines de personnes qui n’ont pas pu monter. Preuve que les lignes en correspondance doivent plutôt bien rouler, sans quoi la foule n’aurait pu venir jusqu’ici... L’échange voyageurs dure quand même deux bonnes minutes, et le conducteur a la bonté de laisser faire. Du coup, comme la rame suivante ne tardera pas, personne n’essaie d’entrer en force une fois que la rame est manifestement pleine. Et les portes sont fermées sans difficulté.

Quand le métro repart, il reste plusieurs rangées de voyageurs sur le quai, comme au bon vieux temps du RER A (mais c’est toujours plus ou moins le cas à Châtelet — Les Halles pendant l’hyper-pointe). Ceux qui étaient assis sur les sièges en vis-à-vis n’ont pas bougé, toujours abîmés dans leur lecture, tandis que le métro s’arrête une nouvelle fois aux signaux dans l’interstation Châtelet — Louvre.

9h16, Palais-Royal. Certains commencent à trouver le temps long. Une dame se fait sèchement rappeler à l’ordre par sa voisine : « Vous pouvez arrêter de danser, s’il vous plaît ? ». La cinquantenaire baba-cool, casque sur les oreilles, se déhanche en effet depuis quelques minutes au rythme de la musique de djeun’s qui suinte à travers ses écouteurs. Et à côté, où il est déjà assez périlleux de garder son équilibre comme ça, on apprécie modérément le cours de swing et les quelques notes que commence à fredonner la malapprise. Qui hasarde en réponse un « Mais je n’ai pas de place... ». Sans succès : cette fois, ils sont deux à répondre que « Personne n’a de place, de toute façon » et que « Ce n’est pas une raison pour faire profiter tout le monde de sa danse du ventre ». Du coup, l’autre se tient coite et ne pipe plus mot jusqu’à ce qu’elle descende.

9h19, Concorde. L’épisode a créé des liens. La mère fouettard, que les autres voyageurs remercient silencieusement, commence à partager son expérience avec son voisin. Elle vient d’Aulnay-sous-Bois, où le RER était déjà bondé. Lui vient de Maisons-Alfort, où ça a aussi été la lutte pour embarquer tellement il y avait de monde dans les trains. Tous deux tombent d’accord sur le fait que c’était inévitable, « à partir du moment où la radio a dit que ça reprenait. Et puis de toute façon, les gens ont déjà pris un RTT hier, ils allaient pas recommencer aujourd’hui. On va pas consommer quinze jours de vacances juste pour la grève, hein ? »

9h25, George V. Des voyageurs sont également restés sur le quai à Palais-Royal (ce qui confirme que la ligne Métro7 roule bien, elle aussi : trois terminus sur les quatre ont en effet voté la reprise du travail en assemblée générale hier midi), puis à Concorde (où des annonces précisent qu’en revanche, sur les lignes Métro812, c’est moins enthousiasmant), à Champs-Elysées — Clemenceau et à Franklin D. Roosevelt. Mais à George V, pour la première fois, ça descend bien plus que ça ne monte. Les voyageurs s’extirpent à grand peine des sièges ou des allées, en se faufilant comme ils peuvent à travers les plate-formes pour descendre du métro. Sur le quai, ceux qui sont descendus remettent leur pelisse pour affronter la brise froide des Champs-Elysées, celles qui sont descendues effectuent une dernière retouche de style (la mèche, le foulard, le sac à main) avant d’arriver au bureau.

9h27, Etoile. Abandon sans regret de ceux qui continuent vers La Défense et qui, à vue de nez, en ont encore pour un bon quart d’heure. Le métro continue à jouer tant bien que mal son rôle de palliatif au RERA, et les rames croisées dans l’autre sens semblent à peine moins chargées. Après avoir repris quelques forces au grand air, rendez-vous en fin d’après-midi pour le match retour.

Dernière mise à jour
19 octobre 2007  12h31
7 messages ont été postés à la suite de cet article
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Dernier : 16/11/2007, 00h03 • Cramos
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7 message(s) a (ont) été posté(s) à la suite de cet article, dans 4 discussion(s) :
1. Record battu ?
16 novembre 2007, par Cramos
2. ..., voire « quatre »
19 octobre 2007, par JB
3. S’il n’y en a qu’une, c’est la « une »
19 octobre 2007, par Pat
4. S’il n’y en a qu’une, c’est la « une »
19 octobre 2007

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Record battu ?
16 novembre 2007, 00:03 • par Cramos  

Record battu ?

Ce soir, j’ai attendu une rame qui à 20h44 était annoncée dans 11 minutes à Champs-Elysées — Clemenceau vers Vincennes. Cela signifie qu’elle se trouve à l’esplanade de la Défense. Elle en est donc partie au plus tard à 20h43 de La Défense.

L’afficheur SIEL égrainait les minutes deux fois plus lentement qu’il n’aurait du (chaque minute durait en fait deux minutes). Puis il est resté bloqué à 2 minutes de 21h02 à 21h07. Arrivée à 21h09 à Champs-Elysées — Clemenceau, la rame a desservi Nation à... 21h40 ! Le problème n’était pas qu’il y avait d’autres métros devant qui n’avançaient pas, mais le fait que la fermeture des portes de ce métro était extrêmement problématique en raison de l’énorme surcharge. On a laisser du monde sur le quai partout jusqu’à Gare de Lyon.

Cette rame de métro a donc fait Champs-Elysées — Clemenceau -> Nation en 31 minutes au lieu de 17. Le trajet La Défense -> Champs-Elysées — Clemenceau ayant été lui réalisé en 26 minutes au lieu de 12 ! Cette même rame est probablement arrivée au Château de Vincennes vers 21h45 (elle n’était plus pleine à craquer à partir de Reuilly — Diderot), soit un trajet de bout en bout réalisé en un peu plus d’une heure contre 35 minutes en temps normal. +27 minutes ! Presque le double !

..., voire « quatre »
19 octobre 2007, 13:32 • par JB  

Situation fortement similaire sur la soeur jumelle du Métro1 : Qui dit pas de RERB, dit également report important sur le Métro4.

Après les diverses échaufourées sur lors des échanges voyageurs (et semble-t-il quelques personnes qui y ont laissé des traces), l’échange à Chatelet était aussi assez cocasse : Comment descendre sur quai déjà bondé (déjà en jour normal, le quai atteint ses limites), depuis une rame qui déborde de voyageurs, le tout avec l’escalier de correspondance avec le Métro14 qui n’arrive pas à évacuer les personnes avant l’arrivée d’une nouvelle rame ...
Et le tout avec un intervalle de 7 à 10 minutes en pointe.

C’est dans ces conditions que l’on prend conscience des limites atteintes tous les jours par les différentes lignes de Paris, et ce certainement pas que sur le Métro13 !

S’il n’y en a qu’une, c’est la « une »
19 octobre 2007, 12:58 • par Pat  
Ce matin c’était un peu la même chose pour la ligne 4 vis-à-vis du RER B intramuros. 7h10 : Montée massive à Gare du Nord avec beaucoup de personnes restées à quai. Grosse bousculade aux Halles et à Chatelet puis vidage progressif jusqu’à Denfert.

S’il n’y en a qu’une, c’est la « une »
19 octobre 2007, 12:54  
Hallucinant de publier des articles sur le fait que des lignes de métro fonctionnent presque normalement.

S’il n’y en a qu’une, c’est la « une »
19 octobre 2007, 13:32 • par Jeff :o)  
Ce n’était pas exactement l’objet de ce texte, pourtant...

S’il n’y en a qu’une, c’est la « une »
19 octobre 2007, 14:13 • par Cécile  
Chaud bouillant, la 13 ce matin. Aucune desserte sur la branche Asnières. Qu’c’est dont chouette de monter à Châtillon (seul endroit pour avoir des places assises), même si aujourd’hui il fallait une solide expérience de plaçage sur le quai pour espérer seulement entrer dans la rame... Conducteur sympa, il fait radio trafic. Au moins ça calme les p’tits nerfs échaudés des pauvres sardines.

Vitesse divisée par deux = "presque normale" ?
19 octobre 2007, 22:34 • par Cramos  

Hallucinant de publier des articles sur le fait que des lignes de métro fonctionnent presque normalement

.Voilà une lumière qui a tout compris : faire le trajet Porte de Vincennes à Etoile en 42 minutes, c’est presque 20 de trop par rapport à une marche normale d’heure de pointe (marche A qui doit prévoir 23 minutes).

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