Tenue dans le plus grand secret durant des semaines, la nouvelle identité visuelle de la SNCF était finalement dévoilée par le Président Louis Gallois le 17 mars dernier - une mue destinée à propulser la Société Nationale de plain pied dans le XXIème siècle. Difficile de passer au travers de cette vaste et très agressive opération de communication puisque l’ensemble des médias étaient réquisitionnés pour l’occasion. L’activité Transilien SNCF n’échappe pas à ce matraquage et l’on découvre déjà, ici et là, les nouveautés destinées à booster la quête de modernisme de l’entreprise nationale.
De nouveaux outils
Le symbole le plus visible de cette nouvelle image voulue par la société nationale est son nouveau logo, censé connoter le dynamisme, le changement, la créativité et la modernité de la SNCF. Sa forme rappelle, nous assure t-on, la détermination et le mouvement, sa couleur la connivence et le changement et sa typographie relation et fluidité. Tant d’éléments abstraits qu’il est amusant de chercher à transposer au monde ferroviaire Transilien.
Une nouvelle identité sonore est également apparue, maintenant commune aux différents supports (spot publicitaire, annonces sonores en gare, accueil téléphonique, etc.).

- L’élément Z20554 surpris à Paris-Est
Enfin, un nouveau slogan « SNCF, donner au train des idées d’avance » est destiné à envelopper l’ensemble de cette opération historique. Bien sûr, quelques esprits malicieux ont déjà commencé à pointer la dualité entre ces « idées d’avance » et les minutes de retard rencontrées quotidiennement par de nombreux clients... De quoi se sentir replongé quelques années en arrière, lorsque le slogan « SNCF, c’est possible » était lui aussi régulièrement détourné au gré des mésaventures rencontrées par les clients d’alors.
Le réseau Transilien n’échappe pas au raz de marée
En Île-de-France, l’application de la nouvelle identité visuelle ne s’est pas fait attendre : depuis le mois de mars, elle s’immisce peu à peu dans l’environnement quotidien des migrants, avec une présence renforcée de semaine en semaine. Pour les besoins de l’opération initiale de lancement, les grandes gares parisiennes se sont rapidement parées des nouvelles couleurs ; mais même en banlieue, le nouveau logo apparaît doucement ici et là. A ce titre, la gare de Lieusaint-Moissy (Seine-et-Marne) sur le 
, récemment inaugurée après une remise à neuf complète, propose la panoplie intégrale de l’habillage visuel de la SNCF moderne : panneaux, stickers, bornes d’accès, distributeurs de billets flambants neufs, dûment décorés, accueillent désormais les clients partout en gare.
En outre, le matériel roulant est lui aussi naturellement utilisé comme vitrine de cette campagne, puisqu’il porte traditionnellement les couleurs de l’exploitant. Deuxième preuve que, visuellement parlant, la SNCF n’est pas « à deux vitesses » : si le nouveau logo a, immédiatement, commencé à être appliqué aux rames TGV, les automoteurs franciliens n’ont pas tardé à suivre. Actuellement, ce sont essentiellement les éléments Z 2N 20500 qui s’y collent... Ce qui n’est pas sans provoquer d’étonnantes confrontations de styles, entre une livrée Île-de-France souvent défraîchie et des autocollants flambants neufs et tout en couleur. Il faut bien sûr se féliciter que la SNCF n’oublie pas d’offrir aux Franciliens leur part du gâteau, mais le résultat laisse une triste impression de malaise.
Le nouveau logo concerne actuellement la plupart des Z 20500 hybrides du réseau St-Lazare, environ une moitié des éléments du réseau Est, et une proportion plus faible d’éléments 
et
— d’où, déjà, des problèmes de cohérence, entre le nouveau logo apposé à la place de l’ancien aux extrémités des rames (sous la cabine de conduite) et la mention « RER SNCF » qui fait appel à l’ancien lettrage (maintenue juste au-dessus à côté des vitres des cabines)...

- L’élément Z5323 fraîchement rénové arbore le nouveau logo
- (photo R. Martin)
Il sera également appliqué sur les Z 5300 rénovées au bénéfice de la grande banlieue Sud-Est (dont la première, la Z 5323, circule depuis le début juillet). Ici aussi, le message risque d’apparaître brouillé au voyageur : malgré leur révision technique, et le réaménagement des intérieurs devenus sensiblement plus confortables, les Z 5300 tant honnies conservent le même aspect extérieur et les mêmes performances médiocres... Qui ont peu de chances de les faire jamais accepter comme du matériel avec « des idées d’avance » !
Malgré un rythme d’équipement rapide, il semble acquis que la totalité du parc roulant (et notamment les rames en fin de carrière) ne portera pas la nouvelle identité visuelle. A noter qu’elle reste d’ailleurs totalement absente actuellement des rames modernes et/ou rénovées déjà au standard Transilien (VB 2N, Z 20900, Z 6400, MI 2N).
En prélude à la Noël
Ainsi, l’environnement ferroviaire francilien se caractérise désormais par une multitude de logos et de signes distinctifs : « marque » Transilien, repérage des modes, des lignes ou des réseaux, visuels de chaque entreprise, touche identificatrice rajoutée par le STIF ou la région... Avec des nuances dans les versions, les couleurs, le lettrage, qui permettent des combinaisons presque à l’infini.
Ainsi, tant le matériel roulant que les installations fixes et les établissements recèlent (et pour un moment encore, puisque la « mise aux normes » visuelles de l’ensemble prend plus de temps que les changements d’identité !) bien des diversités, pour le plus grand plaisir des photographes... et vraisemblablement un peu moins pour celui des contribuables et de la Cour des Comptes, qui manque totalement de fantaisie. Mais pour conclure avec un rêve d’avance : puisse cette nouvelle identité déclinée au niveau régional apporter concrètement aux millions d’utilisateurs du réseau Transilien ce sentiment de renouveau, de progrès, et de dynamisme qui irait de pair avec le discours malheureusement décalé des officiels et des professionnels de la communication d’entreprise. Ce serait en tout cas une occasion à ne pas manquer (peut-être la dernière avant un divorce en bonne et dûe forme des activités ?) pour démontrer que les discours et l’image de l’entreprise ne sont plus d’abord au service des activités nobles des trains à grand parcours.