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La Gare de Lyon respire encore des effluves du passé. Certes le bâtiment voyageurs, son campanile à la splendeur retrouvée, la marquise et le célèbre Train Bleu incitent depuis toujours au rêve et au voyage, mais ce mois de mai 2005 a été particulièrement riche avec la visite, à plusieurs reprises, d’un monstre sacré du patrimoine ferroviaire national : la Pacific 231 K 8. De quoi écarquiller les yeux des passionnés avertis autant que des badauds et voyageurs occasionnels qui ont croisé au hasard d’une arrivée ou d’un départ les bielles de la bête.

Peut-on véritablement parler de travail lorsqu’aux premières heures du dimanche 1er mai, journée chômée pour des millions de Français, l’équipe de conduite de la 231 K 8 s’affaire autour de sa monture ? La passion prime naturellement à ce moment où les représentants du MFPN, l’association chargée de l’exploitation de la Pacific, vont s’atteler à un véritable challenge à l’initiative d’un organisateur britannique, The Railway Touring Company. Un long périple d’une semaine attend alors plus de 160 voyageurs passionnés qui ont pris place à bord de la rame historique de l’AJECTA pour joindre, au fil des kilomètres, Paris à la cité phocéenne via le Massif Central (ligne des Cévennnes), avec un retour par la capitale des Gaules et l’axe historique du PLM. Le départ, à 10h03 précises, entraîne la rame vers le Sud pour quitter le territoire de la région parisienne sur l’axe du Bourbonnais, peu après Nemours.


1700 kilomètres plus tard, le retour s’avère des plus festifs le vendredi suivant : la gare de Lyon réserve à l’équipe de conduite, au moment où elle descend de « sa » machine, un accueil digne du périple qu’elle vient d’achever. Le cuistot qui a pendant tout ce temps œuvré dans la voiture restaurant de l’AJECTA n’est pas en reste de compliments, tout aussi mérités nous dit-on. La scène d’une Pacific hors d’âge se faufilant entre les rames Duplex présentes ce soir-là valait le coup d’œil pour nombre de curieux, la vedette de la journée étant naturellement plus fumante qu’électrique.
Cette balade baptisée Mediterranean Steam Express offrait ainsi à deux reprises l’occasion aux rares Franciliens présents dans l’enceinte de la gare de Lyon de découvrir cet ensemble historique d’un autre temps, mais toujours aussi fascinant.
L’opération « J’aime le Train » proposée pour le seconde année consécutive par la SNCF constituait une occasion supplémentaire de voir à nouveau la « K 8 » en chauffe : le mercredi 11 mai, elle était présentée sur la voie 5 de la gare de Lyon, en compagnie de quelques voitures de la luxueuse rame du Pullman Orient Express ainsi que de deux locomotives — électriques, mais témoignant elles aussi des riches heures du Chemin de fer français — les CC 7102 et CC 6558.

Une nouvelle occasion pour de nombreux amateurs, mais aussi des curieux novices, d’approcher la 231 K côté quai et côté cabine... et de constater combien la fière équipe du MFPN avait l’enthousiasme communicatif pour présenter « leur » locomotive dont le riche passé mérite, lui aussi, un coup de projecteur. Intéressant état d’esprit en 2005.
Une carrière sous toutes les latitudes
La carrière de la locomotive 10851 débute en mars 1912 dans les ateliers Henschel & Sohn en Allemagne. Immédiatement affectée au réseau PLM, elle y est immatriculée 6208, et destinée à assurer un service de trains express au départ de Paris vers Laroche, Lyon et Vallorbe. Début 1925, elle prend l’appellation de 231 C 8 avant de passer de dépôts PLM en dépôts PLM. L’année 1947 s’avère décisive pour elle, techniquement radicalement transformée dans des ateliers de Marseille pour devenir la 231 K 8 connue de tous.
A partir de 1950, l’électrification galopante du réseau PLM pousse les Pacific à s’expatrier sur d’autres axes, la K 8 gagnant le réseau Nord pour assurer la traction de nombreux train dont le fameux « Flèche d’Or » qui va la faire définitivement rentrer dans la légende, et surtout épouser une carrière atypique à succès. Mais là aussi, le progrès rattrape les Pacific et l’électrification de la région Nord réduit à nouveau les parcours des locomotives à vapeur. Ses états de service déclinent irrémédiablement, et la 231 K 8 cesse définitivement ses activités en janvier 1971 après 59 ans de route et plus d’un million de kilomètres parcourus depuis 1941. Le dernier train tracté par une Pacific quitte Paris-Nord le 26 mai 1971 : la 231 K 82 amène alors son convoi à Calais, où l’attend déjà la K 8, qui est alors mise en affectation spéciale et réservée aux trains affrétés et aux tournages de films.
De trains spéciaux en apparitions cinématographiques [1], d’expositions en périodes de repos, la vie de la K 8 n’épouse en rien celle de ses sœurs pour qui le chalumeau opère déjà -trop- rapidement.

La K 8 en retraite n’intéresse plus la SNCF, son propriétaire depuis 1938, qui souhaite alors s’en débarrasser. La Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires (FACS) se porte donc acquéreur (en mars 1975) et décide d’une remise en service complète. Ces travaux sont confiés à un groupe de cheminots du dépôt de Paris La Chapelle, l’association de Modélisme Ferroviaire de Paris-Nord (MFPN) qui assurera dès lors l’exploitation de la machine. La K 8 gagne en 1986 les Ateliers du Matériel de Paris-Sud-Est implantés à Villeneuve St Georges (AMPSE), plus habitués à voir passer des TGV flambants neufs. Après 5 ans de travaux menés par cette poignée de bénévoles dont l’unique but avoué est de revoir rouler leur Pacific, les premiers essais en ligne sont entrepris lors de l’été 1991 sur le réseau Paris Sud-Est entre l’AMPSE et Malesherbes (le 27 juillet) puis Laroche-Migennes (le 24 août) ; à leur suite, la 231 K 8 alliée à son tender 38 A 1 sont enfin déclarés aptes à reprendre du service, pour le plus grand bonheur des passionnés de vapeur et surtout de l’équipe MFPN... et ses 16.700 heures de travail bénévole. Le miracle a eu lieu !

P.S.: Les informations sur la carrière de la 231 K 8 proposées dans cet article sont issues de l’ouvrage « La Pacific 231 K 8 » proposé par FACS/MFPN aux Editions de l’Ormet.
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[1] Elle participe en 1974 au tournage du film de Jacques Deray « Borsalino and Co » avec Alain Delon, principalement en région parisienne.
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