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Après deux années de travaux intensifs, le week-end pascal a été l’occasion de mettre en service le nouveau Poste d’Aiguillage Informatisé (PAI) de Melun. A ce titre, un service allégé était prévu tout au long de ces trois jours pour permettre de mener à terme cette étape décisive en toute sécurité. Ou comment de vulgaires mais désormais incontournables clics de souris vont détrôner une technologie devenue antique.

La mise en service du Poste d’Aiguillage Informatisé (PAI) de Melun est un événement majeur pour nombre d’opérateurs de la fonction Exploitation de la Région SNCF de Paris Sud-Est, puisqu’il est l’aboutissement de nombreuses années d’études et de travaux, et d’attente maintes fois prolongée avant de pouvoir profiter d’un outil dernier cri de gestion des circulations.
C’est que le PAI était attendu de pied ferme, à la fois par les opérateurs locaux et régionaux mais également par les clients ; ces derniers perçoivent ainsi la concrétisation de certaines promesses émises par la SNCF de réduire les motifs de retards et de désagréments inhérents à la zone de Melun, ce qui n’est pas une mince affaire pour le petit monde du 
.
Evénement redouté par les techniciens et les agents-circulation - qui ont encore à l’esprit la naissance très cahotique en 2001 du PRCI de Marseille-St-Charles, d’une technologie voisine - la mise en service minutieusement préparée du PAI melunais s’est déroulée conformément au programme. Tout juste les travaux ont-ils été rendus avec quelques minutes de retard à l’aube du lundi 28 avril. Depuis, les installations donnent satisfaction, et de nouveaux itinéraires sont progressivement ajoutés, pour étoffer les capacités du PAI et l’amener à son régime de croisière.

Pour les opérateurs habitués aux antiques postes 1 et 2, hors d’âge et remplacés par le PAI, la technologie informatique procure une intéressante fiabilisation des infrastructures qu’ils utilisent ainsi que de leur outil de travail quotidien, au prix d’un bouleversement radical de leur méthode de travail.
En effet, les postes 1 et 2 de Melun, datant tous deux de 1926, étaient de type Thomson-Houston [1] à combinateur mécanique et barres d’itinéraires ; comme son nom l’indique, leur technique était totalement mécanique, avec des poignées à tirer, pousser ou tourner pour tracer les itinéraires d’un point à l’autre de l’entrelacs des voies.

Parallèlement, l’ergonomie et le confort du travail ont fait un bond de 80 ans : désormais, on travaille assis dans des locaux modernes, au lieu d’être debout la plupart du temps, s’affairant d’un levier à l’autre comme devant la console d’un orgue gigantesque, au sommet d’une vigie qui avait déjà des allures de musée.
Toutefois, cette évolution ne s’est pas opérée sans douleur : il a fallu une (lourde mais indispensable) mise à niveau de l’ensemble des opérateurs pour qui la technologie informatique appliquée au domaine ferroviaire était jusque là totalement méconnue. Ainsi, des cours théoriques et pratiques distillés depuis plus d’un an ont permis une prise en main optimale de ce nouvel outil dès les premières heures d’exploitation.
Le regroupement des opérateurs en un seul point permet une gestion plus pratique de la circulation que l’antique et parfois conflictuel partage de la zone en deux secteurs circulation distincts (le poste 1 pour l’accès Nord de la gare, le poste 2 pour l’accès et les garages Sud), avec annonces ou échanges de dépêches pour les circulations traversantes et les travaux. Dorénavant, le PAI abrite deux aiguilleurs qui se partagent les flux de trafic, toujours selon un découpage Nord/Sud. Ils sont tous deux supervisés par un Coordinateur Local, et épaulés par un agent gérant le téléaffichage et les annonces sonores de la gare de Melun et de l’ensemble des établissements situés entre Melun et Corbeil.

Ce nouveau poste unique doit permettre de soulager le nœud ferroviaire que constitue la gare de Melun, où se croisent tous les types de trafics qui empruntent le réseau Sud-Est (
, banlieue Sud-Est 
, Grandes Lignes, TER, Fret). Le PAI autorise une meilleure fluidité des circulations dans la zone grâce à sa visibilité de bout en bout, à l’utilisation de la commande informatique (interface de commande et de contrôle MISTRAL), et grâce à une légère réfection du plan de voie optimisant les capacités de mouvements dans la zone.

Unique vestige du passé, le Poste à Manettes de Voies (PMV) qui gère les itinéraires des deux faisceaux de garage des rames a été transféré dans l’enceinte du PAI ; il complète ainsi la commande centralisée de l’ensemble de la zone de la gare.
Le paysage ferroviaire de la gare de Melun est donc amené à évoluer, avec en premier lieu l’apparition du nouveau bâtiment abritant le PAI au nord de la gare. Parallèlement, les deux anciens postes PLM semblent être promis à un avenir radicalement divergent, selon les dernières informations disponibles. Alors que le bâtiment de l’ex Poste 2, au sud de la gare, doit être maintenu en l’état afin éventuellement d’accueillir des agents de surveillance chargés de veiller sur les faisceaux de garage du matériel banlieue, le Poste 1 est d’ores et déjà voué à la destruction : à son emplacement actuel sont prévues quelques aiguilles de complément pour parfaire le plan de voies.

Rappelons que seule une demi-douzaine de PAI est actuellement en exploitation sur le réseau ferré français. Cette technologie se prête très bien à la réalisation de postes à très grands rayons d’action, puisqu’elle peut (télé)commander des modules de campagne jusqu’à une quarantaine de kilomètres. Ainsi, la zone d’action du poste unique de Melun pourrait s’étendre et englober à la fois le secteur de Moret et surtout celui de Combs-la-Ville ; le poste est d’ailleurs préparé pour une telle évolution.
Les férus de l’ancienne école ainsi que certains des opérateurs les plus nostalgiques du bruit, de l’odeur et du toucher d’un poste d’aiguillage Thomson-Houston pourront toujours, et pour bien des années encore, se consoler en épaulant leurs collègues de la gare de Paris-Lyon - où les postes 1 et 2 de surface, datant de 1933-34, utilisent toujours des poignées d’itinéraires similaires. Passion, quand tu nous tiens !

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Dernier : 11/10/2007, 20h43
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[1] La compagnie française Thomson-Houston excella dans le domaine des postes à leviers d’itinéraires, mais construira aussi différents matériels de signalisation et d’équipements de block automatique.
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