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La gaudriole du duplex de l’ex-Ministre de l’Economie, loué bien sûr à l’insu de son plein gré, et la folle semaine qui s’est ensuivie, avec des mensonges à géométrie variable en réponse aux révélations de la presse, et une démission passée de « pas à l’ordre du jour » au bureau du Premier Ministre en 18 heures, cachait plus que des vertus thérapeutiques.
Passées les cinq minutes de rire quotidien recommandées par les médecins, en effet, le feuilleton avait l’intérêt d’un cours d’économie, la syntaxe incompréhensible de la Loi de Finances en moins.
Grâce à lui, on entrevoit mieux aujourd’hui pourquoi l’Etat était dans l’impérieuse nécessité de renier sa parole, et ses engagements contractuels avec les Régions en faveur des transports publics - une application jamais vue jusqu’ici de la continuité de l’Etat, et le démenti le plus formel que les déclarations régulières sur le « développement durable » et la « priorité donné au ferroviaire » sont surtout de grands discours creux.
L’explication était bien cachée dans un carton de déménagement, lui-même perdu dans les 600 m² du domicile d’Hervé Gaymard. Si l’aventure a tourné court, et que l’ex-Ministre, contraint par la tournure des événements, a promis-juré de rembourser « personnellement » tous les frais occasionnés, un rapide calcul permet effectivement d’évaluer les dépenses qu’a failli supporter la Princesse.

L’aménagement du duplex, d’abord, a ainsi occasionné 31.833 € de travaux, selon les derniers chiffres rendus publics par le Groupement Foncier Français, qui est le propriétaire. Le bail signé par le secrétariat général du gouvernement prévoyant de remettre les lieux en l’état au départ du Ministre, il faut nécessairement ajouter dans la balance un montant équivalent pour le deuxième round de travaux.
Sans oublier le principal, bien sûr : les fameux 14.000 € mensuels de loyer, sachant que ce fidèle serviteur (du Président) de la République aurait dû rester à son poste, et donc dans ses modestes pénates de « fils d’un cordonnier-marchand de chaussures », le plus longtemps possible. Ne déplore t-on pas dans les gazettes économiques l’instabilité chronique des patrons de Bercy (six Ministres des Finances en six ans [1]), censée porter préjudice à la crédibilité de la France, et qui doit à tout le moins nuire à sa politique économique ? Dans ce contexte, Hervé Gaymard avait toutes les cartes en main pour ne pas déménager avant quelque 29 ou 30 mois, et le grand chelem électoral de la mi-2007.
Tout compris, les goûts simples du Ministre et de son épouse étaient finalement susceptibles de coûter à l’Etat plus de 483.000 €, que le secrétariat général du gouvernement était disposé à régler rubis sur l’ongle, « conformément aux procédures en vigueur » [2].
Autant dire qu’il relevait d’une saine gestion des deniers publics que d’anticiper ce genre de dépenses incontournables bien en amont. La dernière chose à faire, et assurément indigne d’hommes politiques « droits dans leurs bottes » et « propres comme un sou neuf », eût été de laisser se creuser les déficits publics à cause de telles peccadilles. A la place, l’Etat a appliqué les méthodes éprouvées de gestion du privé : on coupe les crédits, et on provisionne. Et on embauche quelques crânes d’œuf supplémentaires pour expliquer tout ça aux citoyens-clients (Delors 12 - Gaymard 61 : en nombre de conseillers, les anciens perdent haut la main !)
Adieu donc veaux, vaches, cochons, la réouverture de Chartres-Orléans (12 M€ à apporter par l’Etat), la moitié des projets inscrits au Contrat de Plan Etat-Région Île-de-France 2000-2006 (où plus de 50 % des réalisations prévues ne sont toujours pas engagées), et de manière générale toutes les subventions de nature à accélérer la réalisation des projets de transport en commun en province (238 M€) - à une poignée d’oboles près, certes, dont celles nécessaires à l’élection des petits copains (seconde phase du tramway de Bordeaux).
480.000 €, c’est en tout cas le prix d’un nouvel ascenseur en libre-service sur le réseau RER, ou de l’équipement complet SIEL (information temps réel) d’une ligne de métro. C’est aussi un cinquième d’une rame Citadis, ou trois minibus Oreos 22, ou deux autobus standard Irisbus Agora S, ou 3,15 m de tunnel Météor, ou 800 mètres d’un site propre intégral Mobilien.
Moins d’inquiétude heureusement pour les crédits routiers. La famille Gaymard n’avait t-elle pas besoin d’autoroutes pour se faire conduire par son chauffeur en villégiature, en bord de mer à Trégunc (Finistère) ou aux sports d’hiver à Bourg-St-Maurice-Les Arcs (Savoie) ? Un simple calcul de retour sur investissement suffit à trancher : d’un côté, des dépenses pour les transports publics qui ne profiteraient qu’au peuple ; de l’autre, des crédits utiles à la France d’en-bas et au(x) ministre(s) !
Et le pire reste peut-être à venir : si les huit enfant du couple Gaymard sont aussi « désintoxiqués de la dépense publique » que leurs parents, il y aurait même intérêt à serrer encore plus la vis - en prévision des dépenses non moins incontournables à assumer s’ils devenaient tous d’aussi brillants serviteurs de l’Etat. D’ici là, la compression des crédits est plus que jamais une réalité, et la réduction du train de vie de l’Etat fait toujours autant figure de fiction.
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Dernier : 9/07/2005, 12h15 • Christobal
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[1] La formule est de Hans Heichel, ministre allemand de l’Economie, en poste depuis... 1999.
[2] Extrait du communiqué du Premier Ministre au soir des révélations du Canard Enchaîné, le 15 février, supprimé des archives du site Internet depuis. Voilà qui a heureusement sauvé les apparences !
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N’oublie pas ton bonnet en sortant !
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Dernier : 9/07/2005, 12h15 • Christobal
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Vu et vécu dans l'année
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Interconnexion non assurée
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