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Sur le 
, il est des incidents plus ou moins courants (colis suspects, rails cassés, défaillances caténaires). Ces incidents engendrent des modifications de desserte pour lesquelles la RATP est rodée, qu’elles soient classiques (interruption du tronçon central entre Nation et Auber), ou plus rares mais avec un schéma de transport provisoire construit sur des bases connues (interruption en bout de ligne).
Forte de cette expérience, la Régie jouit d’une bonne réputation en matière de transport de masse et d’exploitation réactive. Cependant, un incident au départ classique (problème d’alimentation électrique) va créer, le soir du mardi 25 janvier 2005, une situation que les régulateurs de la ligne n’ont pas à gérer souvent : la mise à voie unique du tronçon Vincennes-Fontenay - Bry-sur-Marne.
Bien que la fin d’après-midi ait déjà été difficile sur le 
(colis suspect découvert à 16h50 à Gare de Lyon, ayant nécessité l’interruption du trafic entre Nation et Auber), et qu’à 19h30 le retard cumulé soit d’une vingtaine de minutes sur toute la ligne, le plus dur restait à venir pour les voyageurs de la branche Marne-la-Vallée — avec des conséquences sur les deux antennes du 
en zone SNCF, Cergy et Poissy. Avec au premier plan de la scène, les choix qu’auront eu à faire les régulateurs de la ligne.

A 19h30, alors que le retard est à peu près le même pour tous les trains, ce qui permet une exploitation sans trop de heurts malgré l’interconnexion, le câble porteur de la caténaire voie 1 à la sortie de Neuilly-Plaisance donne des signes de faiblesse [1]. Ce type d’incident rend très risqué le frottement des pantographes sur la caténaire, avec pour conséquence éventuelle l’arrachage de celle-ci. La solution de facilité en attendant une réparation durant la nuit est de faire circuler les trains pantographes baissés dans la zone concernée. Puisque cette zone est située juste en sortie de la gare de Neuilly-Plaisance, les trains desservant l’établissement n’auraient pas pu en repartir ; pendant trois quarts d’heure, la solution adoptée fut donc la non-desserte de cette station, les voyageurs descendant à Bry-sur-Marne et reprenaient un train dans l’autre sens pour rejoindre leur destination finale.
Mais ensuite, l’utilisation de la voie 1 fut carrément proscrite à cet endroit. Le PCC de Vincennes avait alors soit le choix d’interrompre la circulation dans les deux sens entre les deux gares adjacentes permettant le retournement des rames (Vincennes et Bry-sur-Marne), soit de faire circuler les trains dans les deux sens sur une seule voie, en utilisant les installations permanentes de contresens à disposition sur toute la branche Marne-la-Vallée. Probablement vue l’heure relativement avancée dans la soirée, et en prévision du nombre de trains en circulation en baisse, c’est la deuxième solution qui fut retenue. Et c’est à partir de ce moment là que les choses vont se compliquer sérieusement.
Le dernier train à circuler de manière classique voie 1 est QYAN 88 qui, accusant un retard de 23 minutes, dessert Bry-sur-Marne à 20h26. Le convoi suivant (QUDO 90) circule à contresens sur la voie 2, des appareils de voies de la divergence de Fontenay (PK 32) à ceux de Bry-sur-Marne (PK 37,5).
L’IPCS permet à un train circulant à contresens d’atteindre la vitesse maximale autorisée par la ligne. La sortie de la zone à contresens est annoncée par un signal « A » ; mais l’IPCS se caractérise par un seul et unique canton pour le train circulant à contre-sens. En conséquence, un deuxième train ne pourra normalement s’engager à contresens que lorsque le précédent en sera sorti. Dans le cas présent, QUDO 90 pénètre sur la voie 2 à 20h34, et sort du contresens en arrivant à Bry-sur-Marne à 20h42.
A ce moment là, le chef de régulation du PCC de Vincennes peut alors décider, soit d’expédier un nouveau train à contresens (QYAN 92, retardé de 26 minutes — dont une vingtaine dues au colis suspect de la Gare de Lyon), soit de faire circuler dans la direction inverse et sur sa voie normale TETE 01, qui stationne à Bry-sur-Marne depuis 12 minutes. C’est finalement TETE 01 qui repart de Bry-sur-Marne (retard de 19 minutes), suivi de près (dans ce sens là, c’est possible) par UPIR 03 (retard de 6 minutes) qui était également retenu à Noisy-le-Grand. UPIR 03 dégage les aiguilles de communications v1/v2 de Fontenay à 20h52. Et QYAN 92 peut alors circuler à son tour à contresens. A 20h53, il a alors accumulé un retard de 36 minutes et a stationné 10 minutes à la divergence.

C’est précisément à cette heure là que la desserte passe théoriquement à un train au quart d’heure sur la branche Marne-la-Vallée. Mais le colis suspect de la Gare-de-Lyon ayant entraîné des retards de 20 minutes, ce n’est pas encore le cas ce soir-là, et les trains s’accumulent toujours derrière QYAN 92 au rythme d’un toutes les dix minutes à Vincennes et Fontenay. A cette heure précise, en théorie, quatre autres trains auraient déjà dû circuler vers Torcy et Chessy.
Arrivé à Bry-sur-Marne à 21h01, QYAN 92 libère donc la voie à QUDO 94, prochain candidat à circuler à contresens. Pendant ce temps, TETE 07 attend à Bry que ET QYAN 92 ET QUDO 94 aient dégagé la voie 2. Il est ainsi mis en évidence que la présence d’un unique canton à contre-sens sur la voie 2 ne permet pas un débit satisfaisant. Après QUDO 94, TETE 07 s’élance vers Paris à 21h10 (retard de 17 minutes). Il ne sera pas suivi par UPIR 09 qui, assuré par réutilisation à Marne-la-Vallée d’une rame en provenance de Paris et accusant déjà un retard à cause de l’incident de la Gare de Lyon, n’est pas parti à l’heure.
C’est ensuite OPEN 96 qui passera dès que TETE 07 aura dégagé la voie 2 (21h17). Après que OPEN 96 arrive à Bry-sur-Marne à 21h25 (retard 41 minutes), c’est UPIR 09 qui peut repartir vers Paris et qui arrive à la convergence à Fontenay à 21h33 (retard de 17 minutes).
A ce moment-là, patientent depuis déjà plusieurs dizaines de minutes QUDO 98 (retard 47 minutes), OPUS 02 (retard pour le moment de 34 minutes) et QURE 06 (retard de 19 minutes) ! QUDO 98 stationne sur la voie 1 juste en amont du signal 1331 [2], les deux autres trains sur la voie A (faisceau de garage de Fontenay). Derrière ces trains, OPUS 08 arrive à Vincennes (13 minutes de retard), suivi de près par QURE 12 et OPUS 14 à l’heure.
Il n’y a donc plus aucun moyen de garer tous ces trains afin de laisser circuler sans encombre ceux se dirigeant vers Boissy-St-Léger, la deuxième voie centrale à Vincennes (voie B) étant comme d’habitude utilisée pour le garage de deux rames toute la nuit [3]. Cerise sur le gâteau : QUDO 98, UM de MI 2N, ne dégageait pas l’aiguille de la divergence lorsqu’il stationnait devant le signal 1331, bloquant alors un NEMO vers Boissy qui aurait pu s’en passer !

Malgré le départ à contresens de QUDO 98 sur ces entrefaites, le nombre de train s’accumulant devient inquiétant. Une solution encore inédite pour la soirée fut alors entreprise par le chef de régulation : OPUS 02 et QURE 06 circuleront immédiatement derrière QUDO 98, sans attendre que ce dernier ne dégage le canton en arrivant à Bry-sur-Marne. Ce qui nécessite non seulement la délivrance d’une autorisation à ces deux missions, qui devront franchir le signal 1331 fermé (au carré), mais aussi une marche à vue jusqu’à la sortie du canton. OPUS 02 et QURE 06 vont donc se traîner à 30 km/h maximum sur 5,5 km.
En rajoutant la desserte de Val de Fontenay et de Neuilly-Plaisance [4], il a fallu alors 15 minutes à chacun des deux trains pour parcourir la voie 2, après qu’ils ont été expédiés les uns derrière les autres avec une intervalle de 5 minutes ! Vingt minutes pour atteindre Bry après que le train précédent ait pénétré à contresens voie 2... c’est plus qu’en ayant attendu le dégagement du canton, et en laissant ensuite circuler le train à pleine vitesse jusqu’à Bry (dans ce cas, 15 minutes suffisent). Ce n’est donc qu’à 22h03 que QURE 06 arrive à Bry-sur-Marne, libérant TETE 13 dont le conducteur commençait à s’impatienter [5] (retard 40 minutes). Le comble fut que TETE 13 eut sa course ralentie par un train en provenance de Boissy-St-Léger, comme si son retard à lui n’autorisait pas à en infliger un petit sur l’autre train à l’heure (ZEMA 25) !
Une fois que TETE 13 eut passé la convergence pour de bon à 22h12, OPUS 08 fut alors libéré en sens inverse, avec un retard de 43 minutes. Il aura fallu 30 minutes à ce train pour parcourir deux kilomètres ! Mais cela n’a pas démonté son conducteur qui, bien qu’il se demande quand il allait bien finir sa journée, faisait des annonces régulières en prenant le risque à chaque fois d’annoncer dans combien de temps le train allait repartir [6]. Et ceux stationnant derrière lui sur la voie A (QURE 12, dont le retard est maintenant de 29 minutes, et OPUS 14) qui demandaient (en implorant presque) s’ils allaient pouvoir circuler dans la foulée derrière, n’eurent qu’une réponse désespérée du régulateur — dans le texte : « Ça va être difficile, j’ai tout essayé, un ou deux trains dans chaque sens en alternance, plusieurs en même temps à contresens, mais le temps de donner les numéros d’ordre et la marche à vue qui s’en suit, ça passe vraiment très très mal ». Le régulateur ne fait pas dans la litote ! Pendant ce temps, QURE 18 arrive à Vincennes... encore à l’heure. Les trains continuent donc de s’accumuler à Vincennes-Fontenay.

Et lorsque OPUS 08 parvient à Bry à 22h22, il laisse la place sur la voie 2, non pas à QURE 12 qui aurait déjà tant aimé passer derrière (le retard de ce train étant alors de 39 minutes), mais à UPIR 15 (retard 44 minutes) et TETE 19 (retard 31 minutes) dans le sens normal ! Ce n’est donc qu’après le passage à la convergence du deuxième — TETE 19 — à 22h32 que QURE 12 peut repartir à pleine vitesse vers son terminus, avec un retard monté à 48 minutes ! Il sera suivi par OPUS 14 et QURE 18... en marche à vue. L’alternat entre Fontenay et Bry continuera de la même manière jusqu’à la fin de service, après suppression tout de même de quelques trains (dont UPIR 21 et OPUS 26), le retard pris par ceux patientant aux extrémités de la portion de ligne exploitée en voie unique étant devenu trop important.
Le graphique des circulations de la zone concernée, de Vincennes à Noisy-le-Grand, fait apparaître de nombreux traits horizontaux (dans cette représentation espace-temps, plus le trait est horizontal plus le train va lentement, plus il est vertical plus il va vite) correspondant aux attentes aux extrémités de la zone à voie unique : QURE 18 arrivé à 22h12 à Vincennes, a perdu plus de 34 minutes à Fontenay et après une marche à vue (représentée en rouge) jusqu’à Bry-sur-Marne, a donc mis 49 minutes pour effectuer 8 kilomètres — soit 40 de plus que prévu à l’horaires et une vitesse moyenne inférieure à 10 km/h !

L’exploitation en IPCS de la portion de ligne comprise entre la divergence de Fontenay-sous-Bois et Bry-sur-Marne est rare, rendant le retour d’expérience difficile. Le PCC de Vincennes l’a certainement appris à ses dépens, le choix de faire circuler en marche à vue des trains à contresens sur la voie 2 n’étant finalement pas une bonne solution — car ces trains arrivaient à la fin de la zone en voie unique plus tard que s’ils avaient attendu le dégagement normal de la voie pour partir. L’absence d’un signal de cantonnement intermédiaire aux environs de Val-de-Fontenay, créant alors deux cantons au lieu d’un, ce qui aurait permit un meilleur débit, s’est fait cruellement sentir.
Alors, que faire ? Il aurait sans doute mieux valu attaquer les horaires au quart d’heure le plus vite possible en supprimant certains trains. Cette solution aurait ainsi vu passer sur la voie unique un alternat simple entre une rame venant de Marne-la-Vallée et dégageant la voie à une autre s’y dirigeant, et ainsi de suite. Aucun retard n’aurait été à signaler, le temps d’effectuer un « aller-retour » sur cette portion de voie unique étant presque exactement de 15 minutes [7], ce qui correspond tout juste à l’intervalle entre deux trains de même sens.

Pour atteindre ce rythme d’un train par quart d’heure et par sens, la suppression de certains trains à Vincennes aurait été obligatoire et aurait permis d’éviter de faire patienter trente minutes les voyageurs sur le faisceau de garage de Fontenay. Le nombre de voyageurs présents dans chaque train aurait permis cette réduction de l’offre. Les rames des trains supprimés auraient été garées sur ce faisceau, ou à défaut à Joinville ou au-delà. Les fins de service des conducteurs de Torcy se seraient alors faites avec le même retard, mais les voyageurs auraient gagné de précieuses minutes : le conducteur, après avoir abandonné sa rame à Joinville, serait rentré « en voyageur » jusqu’à Vincennes et serait ensuite reparti en direction de Torcy par un OPUS ou QURE non supprimé, qui aurait donc circulé normalement ou presque.
Plusieurs paramètres ont, c’est vrai, dissuadé de supprimer ces trains : tout d’abord, le retard généralisé de 20 minutes — qui aurait nécessité encore plus de suppressions et rendait aléatoire les heures d’arrivée des trains sur la zone exploitée en voie unique, et ce, dans chaque sens — et ensuite la récupération de ces rames pour la prise de service dès le lendemain matin qui aurait été délicate.
Quoi qu’il en soit, la RATP ne sort pas grandie de la gestion de cette « crise », qui tranche nattement avec ce qu’elle arrive à faire d’habitude. Ce soir-là, c’est sûr, la voiture et l’autoroute A4 auraient présenté moins de difficulté que le voyage en RER.
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Dernier : 1er/10/2005, 00h55 • Lechat78
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[1] Ce qui correspond à la zone en aval de celle du sectionnement automatique, en pleine ligne, du point kilométrique 36,7.
[2] C’est le signal 1331 qui protége les communications v1/v2 de la divergence de Fontenay.
[3] C’est en fait habituellement l’autre, la voie A, qui sert de repos nocturne à deux UM.
[4] Val de Fontenay et Neuilly-Plaisance ont été desservis par tous les trains circulant à contre-sens, les écrans SIEL de ces deux gares n’affichant que le traditionnel message en pareille situation : « Nous avons établi une circulation dans les 2 sens sur une seule voie. Veuillez rester attentifs aux annonces sonores », les tableaux indicateurs de desserte étant éteints.
[5] Après avoir vu passer QUDO 98 à 21h41, il a vu croiser OPUS 02 à 21h53 puis enfin QURE 06 à 22h03 — de quoi se sentir oublié !
[6] Lors de la troisième annonce disant cette fois qu’il fallait encore patienter enfermé dans la rame au moins 8 minutes — il est 22h — des clameurs se sont quand même dégagées de la rame...
[7] 7 minutes dans le sens normal de circulation, 8 dans l’autre sens, le franchissement à 60 km/h des communications v1/v2 et les arrêts prolongés en station majorant légèrement le temps de parcours.
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