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Un déraillement crée à nouveau la panique sur la ligne A

Tel la gangrène, le mal s’étend... 17 juin 2002

Un déraillement à Sucy-Bonneuil, un frein de secours à Noisy-le-Grand, et une chaleur terrible à bord des trains... En quelques heures, la ligne A, complètement désorganisée, a viré à l’enfer.

Malgré un préavis de grève déposé par la CGT, la matinée s’est déroulée globalement sans encombre sur les réseaux RATP [1]. L’après-midi, en revanche, n’a pas commencé sous les meilleurs auspices : deux voitures d’un élément MS 61 ont déraillé à Sucy-Bonneuil, obligeant à interrompre le trafic entre La Varenne-Chennevières et Boissy-St-Léger, et à recourir à un service de substitution par bus.

L’incident aurait pu rester confiné à cette extrémité de ligne ; hélàs, survenu juste avant la grande vague de dégarages pour la pointe du soir, il a, entre autres, perturbé la reformation des rames en trains longs. Du coup, les rames n’étant pas mises à disposition normalement, l’ensemble de la desserte St-Germain - Boissy a rapidement été contaminé par ricochet.

image 270 x 247Ce premier incident avait occasionné des retards et quelques difficultés d’écoulement du trafic, essentiellement dans le sens Ouest-Est. Est venu s’y superposer, peu avant 17h30, le non-déblocage d’un frein de secours à Noisy-le-Grand : en perturbant l’autre branche et l’autre sens, avec un trou de plus de 15 minutes sur les dessertes Marne-la-Vallée - Cergy / Poissy, ce « sur-incident » a achevé de désorganiser la ligne.

C’est le fameux - et tant redouté - effet « boule de neige » : en amont du problème, les rames sont volontairement plus espacées, de façon à éviter de créer un trou de desserte trop important. Ce qui veut dire, naturellement, que chacune embarque également plus de voyageurs, rendant les stationnements plus longs, l’écoulement du trafic aléatoire... Et le confort à l’intérieur des plus précaires. Parallèlement, les conducteurs finissent par arriver au terminus trop en retard pour pouvoir en repartir à l’heure - problème qui se pose avec une acuité particulière à Nanterre-Préfecture : il faut y effectuer une relève entre agents SNCF et RATP. Si l’agent RATP n’arrive pas à temps pour effectuer la relève prévue, le train a toutes les chances de rester à quai... Donc, à très court terme, de bloquer complètement la ligne. Pour éviter d’en arriver là, chef de régulation et agents d’exploitation à pied d’œuvre mettront tout en œuvre, en aval de l’incident, pour faire passer les trains le plus rapidement possible. Au risque cette fois-ci d’en faire trop : le SACEM, conçu pour un intervalle moyen de deux minutes, permet de descendre exceptionnellement à 1’45. Mais au-delà, ralentissements et stationnements sous tunnel deviennent inévitables.

Ce soir fut, hélàs, un cas d’école. Vers Marne-la-Vallée et La Varenne, la fréquence des trains, légèrement inférieure à l’ordinaire, a créé les pires difficultés pour faire face à l’affluence. Vers 18h30, il fallait par exemple plus de 10 minutes de La Défense à Etoile, et quasiment autant ensuite jusqu’à Châtelet. En sens inverse, les rames se succédaient de façon extrêmement irrégulière, et celles pour Cergy et Poissy étaient particulièrement chargées.

Dans un sens comme dans l’autre, la situation des voyageurs à bord des trains s’est trouvée singulièrement compliquée par la température tropicale qui y régnait - conséquence d’une journée passée sur les garages de Torcy, La Varenne, Rueil ou Achères. Sauf à avoir eu la patience d’attendre un MI 2N à « ventilation réfrigérée », la traversée des profondeurs de la capitale prenait vite des allures de voyage au centre de la Terre. Cet après-midi, les records de chaleur ont bel et bien été pulvérisés, mais en souterrain [2]...

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Affluence à Auber voie 1, avec un MI 84 pour Marne-la-Vallée

« Quand ça veut pas, ça veut pas »

Les jours difficiles, il y a une fonction particulièrement peu enviable : celle de chef de régulation. Même en admettant que l’adrénaline le stimule, il doit être concentré et mobilisé à 110 %, et la plus minime des erreurs risque de créer une situation critique. Et quand, comme ce soir, il faut déjà gérer simultanément les retournements à La Varenne, la confluence des courants Marne-la-Vallée et Boissy, la régulation du tronçon central pour minimiser les arrêts sous tunnel, et les relèves à Nanterre-Préfecture, le tout au milieu d’horaires complètement bousculés, la seconde d’inattention est très vite arrivée.

C’est comme cela qu’un deuxième trou de desserte d’un quart d’heure s’est produit, cette fois sur voie 1 (Ouest-Est). A 18h40, comptant sur le petit délai nécessaire au changement de conducteur sur une mission interconnectée QRAB à Nanterre-Préfecture, le PCC a choisi d’expédier deux trains St-Germain - La Varenne coup sur coup. Malchance : la conductrice du deuxième (une mission NAGA), qui effectuait un service mixte (d’après-midi), terminait à Nanterre-Préfecture et sa relève était absente. Du coup, les deux voies à quai se sont trouvées bloquées, la voie 1 par un train MS61 avec un signal à voie libre, mais sans conducteur, et la voie 1C par une rame MI84 avec conducteur, mais arrêté devant un carré fermé. Et comme on ne referme pas comme ça un signal devant un train (et qu’on a d’abord essayé de trouver l’agent manquant), cette situation ubuesque a duré un bon quart d’heure, de 18h40 à 18h55 - au grand dam des voyageurs des deux trains (et des suivants bloqués sous tunnel), condamnés bien malgré eux à une séance de sauna gratuite.

Il faut ajouter que, pour ne pas trop perturber le roulement des rames (et probablement aussi pour éviter des pénalités du STIF pour suppression de train), les 6 « trains YPER [3] » avaient été envoyés en ligne eux aussi, malgré les difficultés de circulation sur le tronçon central : il va sans dire que le respect d’un intervalle théorique de 2 minutes entre rames relevait ce soir de la pure fiction, et qu’on se serait bien passé de ces trains de renfort.

Dans l’ensemble, pourtant, les perturbations sont restées relativement maîtrisées malgré les apparences. De La Varenne au Vésinet et à St-Germain, par exemple, le service a pu être assuré quasi-normalement, ce qui représente compte-tenu des conditions une belle performance ; les missions habituelles étaient simplement remplacées par des ZRZZ et XRZZ rendues omnibus.

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Une mission « en Z » (signe de perturbations sur la ligne !) à Nanterre-Préfecture : XRZZ 13, pour Le Vésinet-Le Pecq

Et pour ne pas faire de jaloux...

Loi des séries aidant, il n’y a pas que la ligne A a avoir connu une pointe du soir infernale : cette journée de grosses chaleurs a aussi occasionné incidents et retards à plusieurs autres endroits du réseau. Le plus sérieux a été une chute de caténaire, survenue à 17h24 dans l’avant-gare Grandes Lignes de la Gare du Nord ; le trafic Grandes Lignes, TGV et grande banlieue a en conséquence été interrompu jusque vers 18h45, occasionnant des retards importants jusqu’en fin de soirée. Compure temporaire de courant et mesures de protection du personnel travaillant aux réparations ont impacté aussi le trafic des lignes B et D du RER, où les trains circulaient avec un retard d’environ un quart d’heure, avec, là encore, d’importantes difficultés de circulation sur le tronçon central.

De Chars à Gisors, ensuite, la vitesse des trains a été réduite de façon préventive pour éviter d’endommager la voie, tout juste renouvelée et pas encore totalement stabilisée.

Quant au métro, le préavis de grève déposé par la CGT a fini par entraîner quelques perturbations en fin d’après-midi, d’abord sur les lignes 2, 6, 11 (environ 2/3 du trafic normal sur chacune) et 3 (avec 3/4 du trafic normal), la ligne 10 étant à son tour concernée dans la soirée. A la clé, à nouveau, de sérieux coup de chaud dûs à l’affluence, tout spécialement sur les lignes « pneu »...

En somme, une de ces journées où l’on regrette amèrement son sort de migrant pendulaire, au lieu de profiter du même soleil et de la même température sur une plage des îles !

P.S.: La circulation des trains sur les lignes B et D est revenue à la normale en début de soirée, une fois le trafic de la pointe écoulé. Côté banlieue et grande banlieue, en revanche, le service ne sera complètement rétabli au mieux que demain matin.

Dernière mise à jour
10 avril 2005  18h47
2 messages ont été postés à la suite de cet article
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Notes

[1] En exceptant évidemment les petits incidents habituels, style actionnement de frein de secours sur les lignes B et 6...

[2] Météo France a relevé 34°C à l’ombre à sa station de Montsouris dans l’après-midi, égalant quasiment un record vieux de cinquante ans.

[3] 6 trains effectuant le trajet Torcy - Rueil à la pointe du matin, comme mission YPER, garés à Rueil au milieu de la journée, et retournant de La Défense à Torcy pendant la pointe du soir sous le code mission OLAF. Ils servent de renfort pendant l’heure de pleine pointe où l’intervalle des trains est abaissé de 2’30 à 2’.

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2 message(s) a (ont) été posté(s) à la suite de cet article, dans 1 discussion(s) :
1. > A. Tel la gangrène, le mal s’étend...
12 juillet 2003

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> A. Tel la gangrène, le mal s’étend...
12 juillet 2003, 02:00  

Je lis dans l’article : "Malchance : la conductrice du deuxième (une mission NAGA), qui effectuait un service mixte (d’après-midi), terminait à Nanterre-Préfecture et sa relève était absente."

Je ne comprends pas pourquoi on effectue une relève pour une mission NAGA en gare de Nanterre-Préfecture au lieu de le faire au terminus en gare de Saint-Germain-en-Laye. C’est bien à ma connaissance la RATP qui gère entièrement l’axe Boissy - Saint-Germain-en-Laye de la ligne A ?


Relèves en milieu de ligne
12 juillet 2003, 02:34 • par Jeff :o)  

Je ne comprends pas pourquoi on effectue une relève pour une mission NAGA en gare de Nanterre-Préfecture au lieu de le faire au terminus en gare de Saint-Germain-en-Laye. C’est bien à ma connaissance la RATP qui gère entièrement l’axe Boissy - Saint-Germain-en-Laye de la ligne A ?

Bien sûr. Mais l’organisation des services (et en particulier la nécessité d’utiliser au mieux les conducteurs sans déborder de leur amplitude limite de travail) conduit régulièrement à organiser des relèves ailleurs qu’aux extrémités des lignes.

C’est vrai du RER, RATP et SNCF confondues (il y a en particulier des relèves possibles à Denfert-Rochereau, sur la ligne B). C’est vrai aussi de certaines lignes de métro, où il subsiste parfois d’importants « dépôts » de conducteurs (on dira « attachements » ou « terminus ») ailleurs qu’aux extrémités de la ligne, pour des raisons historiques (ligne 7 à Porte de la Villette).

En l’occurrence, une fin de service à Nanterre-Préfecture permettait probablement d’utiliser au maximum les deux conducteurs dans la limite de leur temps de travail (le premier aurait eu une journée anormalement courte s’il avait laissé son train dès St-Germain, le second n’aurait peut-être pas eu le temps de faire exactement N allers-retours si sa prise de service avait été anticipée à St-Germain). Evidemment, cette organisation, comme tout ce qui vise à optimiser quelque chose, est un peu sensible aux perturbations...

Proche de Rueil-Malmaison (où étaient probablement affectés les deux conducteurs en question), Nanterre-Préfecture offre en plus l’avantage, par rapport à St-Germain ou Rueil, d’être déjà un point de relève pour les trains interconnectés. Autrement dit, il peut y avoir plus de facilité à trouver une solution de secours pour remplacer un conducteur en retard ou absent si les relèves s’effectuent à Nanterre (où il y a en permanence quelques conducteurs entre deux trains, venant de tous les dépôts de la ligne) plutôt qu’en bout d’une branche.

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