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RERBD
Carnets du voyageur
Pas d’inquiétude, la police a un « plan »

Vigirigolade 6 janvier 2005

Un voyageur qui monte un peu vite dans une rame de RER en oubliant une partie de ses affaires, et c’est la routine du « colis suspect » qui est activée. « Routine », vous avez dit ? Malgré la répétabilité de ce genre d’incident, tout n’est pas - encore - visiblement rodé.

Un grand classique

Vers 17h00, en pleine heure de pointe du samedi soir, alors que les Franciliens souhaitent rentrer chez eux après être allé flâner dans les magasins de la capitale, un colis est repéré sans propriétaire sur le quai du RERD direction Melun / Malesherbes en gare de Châtelet-Les Halles. Le quai est évacué. La prochaine mission RIVA en provenance de la banlieue Nord est retenue à Gare du Nord, alors que des annonces sont faites en station indiquant aux voyageurs que les trains du RERD en direction de Melun / Malesherbes ne marquent pas l’arrêt en gare de Châtelet-Les Halles.

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Attentifs, ensemble

Le quai de cette direction est donc vide de voyageurs. Mais si le sac explose, il ne limitera pas ses dégâts au quai du RERD, qui plus est dans une seule direction. L’autre quai de la ligne est donc évacué à son tour. Même un samedi soir, ce n’est pas un tour de force incommensurable [1]. Quelques missions RER passent sans arrêt en direction de la banlieue Nord. L’annonce par haut-parleurs est modifiée en conséquence. Il n’échappera à personne que, le sac étant visible depuis le quai du RERB direction Robinson / St-Rémy, il peut également être très imprudent de fréquenter ce quai si ce colis « suspect » s’avérait piégé. Las, la stratégie adoptée par les forces de l’ordre a eu de quoi laisser pantois.

Symbolique

Des banderoles de chantier (« rubalises ») rouges et blanches, ou vertes et blanches, sont tendues en travers quai du RERB afin d’en interdire l’accès sur la partie située face au colis abandonné. Cela correspond à la longueur d’un élément MI 79, situé côté « tête des trains » de la ligne B. L’autre partie du quai, desservie par le RERA et par le second élément des rames du RERB n’est pas concernée. Reculé de 3 mètres, le voyageur peut ainsi se sentir nettement plus protégé contre une éventuelle déflagration que s’il s’était trouvé à la bordure du quai, d’autant que la banderole de chantier a un effet bouclier bien connu... Et ceux empruntant le RERA, de l’autre côté du même quai, ne sont pas concernés par cette agitation puisqu’ils tournent le dos à la scène. On ne perturbe pas sans raison vraiment valable la première ligne urbaine d’Europe !

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MI 79 sans arrêt à Châtelet
Le colis suspect est juste derrière ce train, sur la gauche. Déguerpis vite, MI ! Sinon...

Que comptait obtenir la police en ne condamnant en définitive qu’un quart du quai 1 (direction Robinson / St-Rémy et Boissy-St-Léger / Marne-la-Vallée) ? Probablement une scène surréaliste comme à l’arrivée de SPAC 94, composé de deux éléments MI 79 [2]. SPAC 94 déverse ses voyageurs bien évidement sur la totalité du quai, y compris la partie « condamnée ». Un CRS fait naïvement mine aux voyageurs attendant derrière la banderole de ne pas bouger. Peine perdue : la banderole a déjà vécu. Certains CRS, GPSR et agents RATP se font la remarque qu’il ne faut plus que les trains s’arrêtent également sur ce quai, sans quoi leur périmètre « de sécurité » se réduira à peau de chagrin à chaque mission le desservant. Bel éclair de lucidité, qui n’était visiblement pas venu immédiatement à l’esprit de tout ce beau monde.

Une autre, tout autant frappée !

Le PCC de Denfert est avisé, et l’annonce par haut-parleurs également modifiée en conséquence. Le périmètre de sécurité est à peu près rétabli une nouvelle fois sur la moitié du quai concerné. PEPE 94 passe donc la gare souterraine la plus fréquentée d’Europe sans arrêt ! De quoi (même si c’est habituel en pareil cas) rester sceptique sur une telle gestion de crise : si le sac venait à exploser lors du passage de la rame, qu’elle soit arrêtée ou en mouvement, il y aurait des dégâts... Pleins d’entrain, les agents de la force de l’ordre évacuent cette fois la totalité du quai côté RERB. Jusqu’à ce que KROL 94 arrive... et s’y arrête ! Le sprint d’un agent RATP, poussé par l’énergie du désespoir, pour dire au conducteur de continuer sa marche fut vain : les portes sont débloquées, et tout est à refaire !

Les forces de l’ordre, tous corps confondus, commencent à être affligées et plusieurs émettent à haute voix l’idée qu’ils n’empêcheront plus les voyageurs de se déplacer. Il est vrai que la présence d’un exploitant différent à la gare en amont (Gare du Nord) donne du fil à retordre et rend les communications difficiles : le PCC de Denfert, informé du souhait des agents en gare de ne plus faire s’arrêter à Châtelet les trains du RERB se dirigeant vers le Sud, doit contacter le poste 1B de Paris-Nord (qui gère le canton radio englobant les quais de Gare du Nord), afin qu’il prévienne à son tour les conducteurs RATP prenant possession de leur train dans cette gare, pour leur demander notamment de faire les annonces voyageurs nécessaires !

La loi de masse

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Accès de quai
Au nombre de huit pour atteindre les voies des RER A et B, leur neutralisation n’est pas aisée, les policiers l’ont redécouvert à leurs dépens

La communication n’est donc pas simple... Mais pas impossible puisque SPAC 96, comme le souhaite les forces de l’ordre, ne marque pas l’arrêt à Châtelet-Les Halles. Il est 17h20 et il est décidé d’évacuer l’ensemble du quai, RERA et B confondus. Lucidité d’un responsable ? Toujours est-il que les policiers demandant aux voyageurs de remonter vers la salle d’échanges se comptent sur les doigts d’une main, rendant la tâche en fait impossible. Certains accès sont bloqués au niveau salle d’échanges par d’autres policiers. Les voyageurs retenus en haut constatent pourtant qu’il y a du monde au niveau des quais, qui n’a pas l’air de s’affoler. Face à une foule blasée par ces alertes aux bagages « oubliés » en tous genres, l’évacuation est même annulée trois minutes plus tard. Affligeant !

The end

Pendant ce temps, PEPE 96 et KROL 96 passent sans s’arrêter, sans doute immunisés eux aussi contre les risques d’explosion par leur vitesse au droit du sac.

Les démineurs sur place depuis 5 minutes ont parallèlement mis en branle leur dispositif « d’ouverture » du sac, et à 17h33, une explosion sourde signale la fin des hostilités et l’éventrement du sac. A 17h35, l’incident est annoncé comme terminé ; pourtant SPAC 98 passe encore sans arrêt à 17h36. Ce sera le dernier... Mais cela laisse à penser qu’il n’a pas été retenu le moins du monde à Gare du Nord lors de la tentative d’explosion du sac. Ensuite, deux missions RIVA du RERD desservent enfin coup sur coup le quai 3 où se trouvait le sac perdu, et PEPE 98 en fait de même sur son quai respectif.

Tout redevient alors très vite normal, puisque la circulation n’a jamais été vraiment interrompue - seul le RERD en direction de la banlieue Sud aura souffert d’un hiatus de 25 minutes.

Mais que se serait-il passé si le sac avait été réellement piégé ? L’amateurisme constaté quant à la gestion de la situation par les forces de l’ordre en présence d’un colis suspect n’est pas très rassurant. Quelqu’un de malintentionné ayant réellement volonté de nuire n’aura aucune difficulté pour provoquer des dégâts importants. A l’heure des exercices gigantesques et spectaculaires des secours, le plan Vigipirate en vigueur depuis... 1995 reste une vaste plaisanterie !

Dernière mise à jour
6 janvier 2005  01h21
8 messages ont été postés à la suite de cet article
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Notes

[1] Contrairement aux quais des lignes RERA et B qui drainent nettement plus de voyageurs, il suffit de poster deux agents de sécurité à chaque accès, et de diriger les individus présents sur le quai vers les escaliers ; en fonction de l’empressement de chacun, quelques minutes peuvent suffire.

[2] Une telle composition, inhabituelle le week-end, était justifiée par le match de Rugby France – Nouvelle-Zélande se déroulant ce soir-là au Stade de France.

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8 message(s) a (ont) été posté(s) à la suite de cet article, dans 2 discussion(s) :
1. Colis suspect : un lampiste éclairé
2 juin 2006, par Cramos
2. > Vigirigolade
6 janvier 2005, par Lechat78

Engager une nouvelle discussion

 
Colis suspect : un lampiste éclairé
2 juin 2006, 23:36 • par Cramos  

Il s’agissait en faite d’une lampiste : la conductrice de ZHAN81.

Ce jour, j’ai surpris cette conversation entre le PCC du et cette conductrice :

ZHAN81 arrive à Nation. Un message de l’informateur à tous les conducteurs indique alors que suite à un colis suspect, les trains du ne marquent plus l’arrêt à Châtelet - Les-Halles sur la voie 2. Il est même précisé à la mission XOUD qui arrive à Châtelet de ne pas s’y arrêter. La conductrice du ZHAN81 demanda alors à l’informateur de bien vouloir répéter. Il lui confirma ce qu’elle avait entendu, en lui précisant de faire une annonce voyageur à la Gare de Lyon (comme si cela n’allait pas de soit !).

Elle demanda alors des précisions sur la position du colis suspect dans la gare. Je n’entendis pas correctement la position décrite par le PCC mais toujours est-il qu’après, la conductrice annonça qu’elle allait utiliser son droit de retrait et qu’elle ne repartirait pas de la Gare de Lyon. Pendant ce temps en station, une annonce sonore prévient les voyageurs de la non-desserte de Châtelet - Les-Halles.

La réponse faite immédiatement à la conductrice est : « L’incident est terminé, XOUD qui arrive à Châtelet, tu peux t’arrêter à Châtelet, l’incident est terminé, l’incident est terminé ! ... » Et à peine l’annonce précédente finie en gare de Nation, une nouvelle annonce faite dans la foulée indiquait la fin de l’incident. Au moins l’info circule vite !

Tout ceci s’est déroulé en moins de deux minutes. Le propriétaire du sac a donc finalement été retrouvé !

Conclusion : Enfin un conducteur de train qui n’aime pas que l’on se fiche de lui. Si le colis est suspect, on ne s’y approche pas, dans le cas contraire, on s’y arrête. On fait les choses bien, ou on ne les fait pas du tout ! Et on remarquera que la conductrice annonça tout de suite la couleur afin de ne pas prendre de courtle PCC, celui-ci pouvant alors retenir les trains circulant derrière ZHAN81 dans les stations situées en amont.

> Vigirigolade
6 janvier 2005, 13:32 • par Lechat78  

J’ai vu trois fois cela aussi : une fois à Hausmann St Lazare, c’était en 2000. Nous étions retenu par un cordon de CRS en haut des escaliers. Si le colis était veritablement suspect, je pense que malgré que nous étions à l’étage nous aurions eu des repercutions quand même !

La seconde en 2004 gare du Nord. Alors que j’arrive voie 36 pour prendre mon train, je trouve un colis abandonné contre un pilier. Je prend mes jambes à mon coup et je court en tête prévenir le conducteur. Celui ci a prévenu par sa radio, et nous sommes parti. Un de mes collègues passé 10 minutes après n’a rien remarqué au niveau de la voie 36, pas de périmètre de sécurité, pas d’équipe de déminage rien... Ca m’étonnerai qu’ils aient pu tout faire en moins de 10 minutes !

Enfin la troisième, et celle que je trouve la plus abérante, j’ai trouvé un sac abandonné dans un train. Je préviens le conducteur qui attrappe un chef de quai qui passait à ce moment la. Le conducteur sort de sa cabine sans évacuer la rame et en compagnie du chef de quai vont la ou j’ai indiqué avoir trouvé le sac. Ils ressortent quelques secondes plus tard avec le sac. Dangereux non ? J’en suis resté bouche bée !


> Vigirigolade
6 janvier 2005, 16:08 • par Marc(LG)  
Effectivement, en ce qui concerne les sacs oubliés et autres colis suspect, il n’y a, à l’heure où j’écris, aucune procédure au niveau des agents d’xécution ! De plus, je peux témoigner qu’en 2001, au moment où toute farine était présumée toxique, les agents de l’Escale d’une grande gare parisienne m’ont demandé (conducteur...)de dégager une valise oubliée dans mon train pour pouvoir faire une évo ! J’en suis resté bouche bée, jusqu’à ce qu’un jeune cadre "dynamique" vienne rechercher son "colis" en ralant, tout juste si ce n’était pas ma faute !! Y’a des fois où on aimerait que les bagages oubliés soient détruits plus vite, il y aurait beaucoup moins d’oublis...

> Vigirigolade
16 janvier 2005, 04:26 • par Patrick  

Bonjour

Pour les problèmes de colis suspects, il faut privéligier le principe de précautions, dans la majorité des cas les colis sont inoffensifs, mais, il serait criminel de prendre le risque à la légère. Il se trouve bien évidement des carrièristes imbéciles et inconscients du danger. Certains préfèrent privilégier le trafic en oubliant le risque. Je n’écris pas pour faire un cours sur les explosifs et le déminage, mais ces formations sont très peu diffusées, la diffusion de telles connaissance pourrraient être dangereuses, la FRANCE n’est pas en état de guerre, et la portée du danger n’est pas toujours présente dans les cultures d’entreprises de transport. Sans divulguer les mesures prises, il y a néanmoins quelques prises de consciences, et les jeunes cadres dynamiques qui prennent des risques inconsidérés pour servir leur plan de carrière ne sont pas forcément récompensés, pour la promotion vers un poste à responsabilités, je doute que l’inconscience criminelle soit un critère favorable. Il est vrai que dans le plan vigipirate, il y a quelques incohérences mon propos n’est pas de les énoncer, mais c’est mieux que de rien avoir. Plusieurs de ces incohérences ont déjà été exposées, mais l’inertie administrative et les succeptibilités de quelques responsables ralentissent les corrections. Mais, ça reste toujours moins dangereux d’emprunter le RER que de circuler à vélo dans PARIS. Je peux comprendre l’inquiétude de voyageurs, qui voient le retrait d’un colis sans précaution, il ne faut pas oublier les victimes de quelques attentats, la tragédie de MADRID nous le rappelle.


> Vigirigolade
9 février 2005, 14:38 • par Marc P.  
Je ne partage pas du tout ce point de vue : sur le réseau Transilien, il y a eu plus de 1500 cas de soit-disant "colis supects" en 2004, qui se sont avérés toujours innofensifs. Compte-tenu des délais d’intervention des 2 seuls services de déminage (l’un à Paris 15eme pour les départements 75, 92, 93 et 94, l’autre à Versailles pour 91, 77, et 95), cela a généré des pertes de temps énormes pour les usagers. Il me semble que l’équilibre entre le principe de précaution et les nécessités d’exploitation d’un réseau urbain dense n’est pas trouvé. Il faut probablement revoir les procédures d’une part pour définir ce qu’est vraiment un colis supect et d’autre part pour traiter efficacement les colis suspects restants.

> Vigirigolade
10 février 2005, 01:57 • par patrick  
Il y a un choix un choix à faire précaution ou carnage. Le premier but du terrorisme est la subvertion par la terreur. Cette exploitation de la terreur conduit à une désorganisation de systèmes structurés pour affaiblir une société Pour la rentabilité, il faut négliger le risque, si un engin explose de temps en temps sur les heures perdues, ça peut être rentable, c’est une question de choix. Si les responsables des réseaux, préfèrent privélégier la rentabilité, plus exactement leur carrière, il faut simplement souhaiter ne pas se compter ou ses proches parmis les victimes du carnage. Je souhaiterai que l’on puisse établir une liste des adeptes de la rentabilité pour ramasser les survivants et ranger les morceaux de cadavres dans les sacs poubelles, qu’ils puissent mesurer le prix de la rentabilité.

> Vigirigolade
2 mars 2005, 10:23  

en lisant tous ces messages.... la seule remarque qui me vient à l’esprit concernat le traitement d’une telle situation : on veut que 10 pauvres fonctionnaires gèrent 20 000 personnes... avec aucune procédure définie... et après on dit que c’est du n’importe quoi... oui....

emmanuel(93)


> Vigirigolade
2 mars 2005, 12:49 • par Jeff :o)  

la seule remarque qui me vient à l’esprit concernat le traitement d’une telle situation : on veut que 10 pauvres fonctionnaires gèrent 20 000 personnes... avec aucune procédure définie

Disons plutôt qu’on aimerait que des procédures soient effectivement définies et surtout connues et appliquées pour qu’en cas de besoin le bon nombre d’agents soit rapidement à pied d’oeuvre et sache gérer la situation correctement. Pour votre information, une vingtaine d’agents peut parfaitement gérer 25 à 30.000 personnes (c’est courant les soirs de manifestation à La Plaine-Stade de France RERB), et pour avoir vu ce qu’une telle foule représente, je doute sérieusement qu’il y ait autant de monde à tout instant à Châtelet-Les Halles (même en heure de pointe, il y transite certes 150.000 personnes, mais ça ne veut bien sûr pas dire qu’à l’instant T il y a ce nombre-là).

A tout le moins, si c’est effectivement matériellement impossible, qu’on cesse de faire semblant. A moins de vouloir démontrer au final que le plan Vigipirate est surtout un grand numéro de clowns.

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