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Un voyageur qui monte un peu vite dans une rame de RER en oubliant une partie de ses affaires, et c’est la routine du « colis suspect » qui est activée. « Routine », vous avez dit ? Malgré la répétabilité de ce genre d’incident, tout n’est pas - encore - visiblement rodé.
Vers 17h00, en pleine heure de pointe du samedi soir, alors que les Franciliens souhaitent rentrer chez eux après être allé flâner dans les magasins de la capitale, un colis est repéré sans propriétaire sur le quai du 
direction Melun / Malesherbes en gare de Châtelet-Les Halles. Le quai est évacué. La prochaine mission RIVA en provenance de la banlieue Nord est retenue à Gare du Nord, alors que des annonces sont faites en station indiquant aux voyageurs que les trains du 
en direction de Melun / Malesherbes ne marquent pas l’arrêt en gare de Châtelet-Les Halles.

Le quai de cette direction est donc vide de voyageurs. Mais si le sac explose, il ne limitera pas ses dégâts au quai du 
, qui plus est dans une seule direction. L’autre quai de la ligne est donc évacué à son tour. Même un samedi soir, ce n’est pas un tour de force incommensurable [1]. Quelques missions RER passent sans arrêt en direction de la banlieue Nord. L’annonce par haut-parleurs est modifiée en conséquence. Il n’échappera à personne que, le sac étant visible depuis le quai du 
direction Robinson / St-Rémy, il peut également être très imprudent de fréquenter ce quai si ce colis « suspect » s’avérait piégé. Las, la stratégie adoptée par les forces de l’ordre a eu de quoi laisser pantois.
Des banderoles de chantier (« rubalises ») rouges et blanches, ou vertes et blanches, sont tendues en travers quai du 
afin d’en interdire l’accès sur la partie située face au colis abandonné. Cela correspond à la longueur d’un élément MI 79, situé côté « tête des trains » de la ligne B. L’autre partie du quai, desservie par le 
et par le second élément des rames du 
n’est pas concernée. Reculé de 3 mètres, le voyageur peut ainsi se sentir nettement plus protégé contre une éventuelle déflagration que s’il s’était trouvé à la bordure du quai, d’autant que la banderole de chantier a un effet bouclier bien connu... Et ceux empruntant le 
, de l’autre côté du même quai, ne sont pas concernés par cette agitation puisqu’ils tournent le dos à la scène. On ne perturbe pas sans raison vraiment valable la première ligne urbaine d’Europe !

Que comptait obtenir la police en ne condamnant en définitive qu’un quart du quai 1 (direction Robinson / St-Rémy et Boissy-St-Léger / Marne-la-Vallée) ? Probablement une scène surréaliste comme à l’arrivée de SPAC 94, composé de deux éléments MI 79 [2]. SPAC 94 déverse ses voyageurs bien évidement sur la totalité du quai, y compris la partie « condamnée ». Un CRS fait naïvement mine aux voyageurs attendant derrière la banderole de ne pas bouger. Peine perdue : la banderole a déjà vécu. Certains CRS, GPSR et agents RATP se font la remarque qu’il ne faut plus que les trains s’arrêtent également sur ce quai, sans quoi leur périmètre « de sécurité » se réduira à peau de chagrin à chaque mission le desservant. Bel éclair de lucidité, qui n’était visiblement pas venu immédiatement à l’esprit de tout ce beau monde.
Le PCC de Denfert est avisé, et l’annonce par haut-parleurs également modifiée en conséquence. Le périmètre de sécurité est à peu près rétabli une nouvelle fois sur la moitié du quai concerné. PEPE 94 passe donc la gare souterraine la plus fréquentée d’Europe sans arrêt ! De quoi (même si c’est habituel en pareil cas) rester sceptique sur une telle gestion de crise : si le sac venait à exploser lors du passage de la rame, qu’elle soit arrêtée ou en mouvement, il y aurait des dégâts... Pleins d’entrain, les agents de la force de l’ordre évacuent cette fois la totalité du quai côté 
. Jusqu’à ce que KROL 94 arrive... et s’y arrête ! Le sprint d’un agent RATP, poussé par l’énergie du désespoir, pour dire au conducteur de continuer sa marche fut vain : les portes sont débloquées, et tout est à refaire !
Les forces de l’ordre, tous corps confondus, commencent à être affligées et plusieurs émettent à haute voix l’idée qu’ils n’empêcheront plus les voyageurs de se déplacer. Il est vrai que la présence d’un exploitant différent à la gare en amont (Gare du Nord) donne du fil à retordre et rend les communications difficiles : le PCC de Denfert, informé du souhait des agents en gare de ne plus faire s’arrêter à Châtelet les trains du 
se dirigeant vers le Sud, doit contacter le poste 1B de Paris-Nord (qui gère le canton radio englobant les quais de Gare du Nord), afin qu’il prévienne à son tour les conducteurs RATP prenant possession de leur train dans cette gare, pour leur demander notamment de faire les annonces voyageurs nécessaires !

La communication n’est donc pas simple... Mais pas impossible puisque SPAC 96, comme le souhaite les forces de l’ordre, ne marque pas l’arrêt à Châtelet-Les Halles. Il est 17h20 et il est décidé d’évacuer l’ensemble du quai, 
et
confondus. Lucidité d’un responsable ? Toujours est-il que les policiers demandant aux voyageurs de remonter vers la salle d’échanges se comptent sur les doigts d’une main, rendant la tâche en fait impossible. Certains accès sont bloqués au niveau salle d’échanges par d’autres policiers. Les voyageurs retenus en haut constatent pourtant qu’il y a du monde au niveau des quais, qui n’a pas l’air de s’affoler. Face à une foule blasée par ces alertes aux bagages « oubliés » en tous genres, l’évacuation est même annulée trois minutes plus tard. Affligeant !
Pendant ce temps, PEPE 96 et KROL 96 passent sans s’arrêter, sans doute immunisés eux aussi contre les risques d’explosion par leur vitesse au droit du sac.
Les démineurs sur place depuis 5 minutes ont parallèlement mis en branle leur dispositif « d’ouverture » du sac, et à 17h33, une explosion sourde signale la fin des hostilités et l’éventrement du sac. A 17h35, l’incident est annoncé comme terminé ; pourtant SPAC 98 passe encore sans arrêt à 17h36. Ce sera le dernier... Mais cela laisse à penser qu’il n’a pas été retenu le moins du monde à Gare du Nord lors de la tentative d’explosion du sac. Ensuite, deux missions RIVA du 
desservent enfin coup sur coup le quai 3 où se trouvait le sac perdu, et PEPE 98 en fait de même sur son quai respectif.
Tout redevient alors très vite normal, puisque la circulation n’a jamais été vraiment interrompue - seul le 
en direction de la banlieue Sud aura souffert d’un hiatus de 25 minutes.
Mais que se serait-il passé si le sac avait été réellement piégé ? L’amateurisme constaté quant à la gestion de la situation par les forces de l’ordre en présence d’un colis suspect n’est pas très rassurant. Quelqu’un de malintentionné ayant réellement volonté de nuire n’aura aucune difficulté pour provoquer des dégâts importants. A l’heure des exercices gigantesques et spectaculaires des secours, le plan Vigipirate en vigueur depuis... 1995 reste une vaste plaisanterie !
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Dernier : 2/06/2006, 23h36 • Cramos
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[1] Contrairement aux quais des lignes 
et
qui drainent nettement plus de voyageurs, il suffit de poster deux agents de sécurité à chaque accès, et de diriger les individus présents sur le quai vers les escaliers ; en fonction de l’empressement de chacun, quelques minutes peuvent suffire.
[2] Une telle composition, inhabituelle le week-end, était justifiée par le match de Rugby France – Nouvelle-Zélande se déroulant ce soir-là au Stade de France.
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Souffler n’est pas jouer
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Dernier : 2/06/2006, 23h36 • Cramos
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Vu et vécu dans l'année
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Au secours !
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