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Au bas des escaliers mécaniques qui conduisent sur le quai du RER à La Défense, les voyageurs sont accueillis par une annonce dont la teneur exacte se perd la première fois dans le brouhaha, et la précipitation de ceux qui descendent les marches quatre à quatre de peur de rater leur train.
Tout juste comprend-on qu’il est question de « quai A » ; comme les trains en direction de Paris sont normalement reçus quai 1, voilà qui annonce de l’action.
De fait, voie A, une rame MI 84 est à quai. Rien d’extraordinaire en soi : la voie A sert couramment à réguler le trafic lors de petits incidents en ligne, à faciliter la convergence des deux branches Cergy et St-Germain, et à expédier les trains origine La Défense. Seulement, à l’horaire, le dernier train OLAF qui démarre de La Défense est parti depuis longtemps.
Un coup d’œil au-delà des piliers, vers le quai 1, révèle qu’il est à peu près désert, et que les tableaux lumineux de desserte (ceux où les petites lumières indiquent, d’un motif qu’on apprend rapidement à reconnaître à distance, la liste des « gares desservies ») sont complètement éteints. Voilà qui commence à sentir l’inhabituel.

D’ailleurs, c’est surtout la fumée d’un feu de bois, que l’on commence à sentir. Pas de feu de bois à l’horizon, forcément : l’univers de la gare RER de La Défense est trop minéral pour que ce soit réaliste. Mais l’odeur de fumée, elle, n’est pas qu’une impression. Il y a bien, quelque part à proximité, quelque chose qui doit brûler. D’ailleurs, deux pompiers sont penchés au bord du quai 1, en train de scruter les dessous du nez de quai avec leur torche, l’air assez perplexe.
Pourtant, on ne voit rien, et personne ne semble s’inquiéter. Voie A, le train qui est parti n’a pas tardé à être remplacé par un autre, duquel les voyageurs montent et descendent comme si de rien n’était. La circulation est simplement déviée, mais le trafic continue comme à la normale.
Maintenant que la situation a perdu tout mystère, la voix reprend ses annonces. « Les voyageurs actuellement sur le quai 1 sont invités à se rendre sur le quai A. Je répète : à la suite d’un incident d’exploitation, les voyageurs sur le quai 1 sont invités à se diriger vers le quai A ». Merci du renseignement... Quoique, par la force de l’habitude, une partie des voyageurs s’était directement dirigée vers le quai 1 aux bas des escaliers, alors que tout indiquait manifestement (carré en sortie, TLD éteint, affluence anormalement faible, prochain train annoncé par les écrans SIEL voie A) qu’il fallait choisir l’autre côté.

Avez-vous remarqué comment, contrairement à ce que l’on imagine parfois, les termes des annonces sonores sont soigneusement choisis ? Même pour ordonner une évacuation, il est indispensable de ne pas alarmer la foule. Certains mots, comme « incendie », « feu », « bombe », « explosion » ne doivent donc jamais, jamais être utilisés dans un message sono. Alors que tout démontre qu’il y a, en ce moment, un début d’incendie quelque part dans la gare, dont les pompiers n’ont toujours pas trouvé la source, la voix récidive donc : « suite à un incident d’exploitation... ». Les pompiers s’occupent de tout sauf des incidents d’exploitation !
Le sous-quai n’a pas encore livré son secret. L’un des pompiers descend donc sur la voie (Saint-PCC, faites que la protection de voie ait été demandée. Encore que ce soit probable, vu la situation : début d’incendie nécessitant le déplacement des pompiers de la gare, et TLD mis hors-service), et entreprend quelques allers-retours pour flairer d’où vient le problème en laissant crisser le ballast sous ses pas. De ce bout du quai, on sent bien qu’il se passe quelque chose, mais la majorité des voyageurs auront transité par La Défense ce soir sans rien remarquer : aucune fumée visible, l’odeur s’estompe vite quand on se déplace sur le quai, et c’est une odeur douceâtre qui pourrait émaner des cageots que font brûler dans leur poêle de fortune les vendeurs de marrons grillés. Rien d’électrique avec des câbles et des gaines en plastique qui se consument, en tout cas.
« Les voyageurs sur le quai 1... ». Les gradés d’exploitation sont descendus rejoindre les pompiers sur le quai, mais l’enquête n’a pas l’air d’avancer beaucoup. Alors il ne reste plus qu’à se perdre dans le flot des voyageurs qui rentrent machinalement chez eux, aviser une place libre dans le MI 84 qui vient d’arriver quai A, et se laisser emporter à toute vitesse dans le tunnel.
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Dernier : 21/09/2004, 13h30 • Lechat78
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Un fauteuil tout-terrain
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Dernier : 21/09/2004, 13h30 • Lechat78
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Vu et vécu dans l'année
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J’écoute aux portes
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