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L’un est brun, barbu, la quarantaine, l’autre a les cheveux blanchis par l’âge. Point commun : le métro et le RER sont leur lieu de travail. Ni le brun, ni le blond ne sont salariés de la RATP ou d’un sous-traitant. Ils tentent de gagner leur vie en faisant appel à la générosité des usagers.
L’homme brun est sans doute Roumain, il est vraisemblablement exploité et a une mission : déposer ses petites cartes jaunes à-côté des passagers. Ces cartons changent régulièrement, couleur comprise, mais le contenu chante à peu près toujours le même refrain :
bonjour,
J’ai 2 enfants et je suis sans-abri.
Aidez moi et ma famille s’il vous plait.
Que Dieu vous bénisse et votre famille.
1 ticket restaurant.
A droite de ces supplications, il est marqué d’une écriture maladroite : 1 pièce. Souvent, s’y ajoute une photo de mauvaise qualité noircie par la photocopie.

Ces papiers ont certainement fait le tour des sièges de plusieurs lignes de métro et de RER. Mais le ![]()
doit être particulièrement rentable : les distributions y sont fréquentes, et le réseau y est implanté depuis un moment. Les personnes qui le composent - parfois des femmes et des adolescents – agissent en particulier Nation et La Varenne. Ils montent dans la dernière voiture des MS 61, et changent de voiture à chaque gare jusqu’à ce qu’ils aient remonté tout le train. Un train long les occupera donc pendant 9 intergares, en démarchant une voiture à chaque fois. De ce point de vue, le ![]()
offre un avantage certain : les intercirculations du MI 79 permettent de remonter la rame sans temps mort.
Fruit de centaines d’heures de « trajet », leur mode opératoire est manifestement bien rodé. Ils montent dans la voiture, attendent la fermeture des portes et vérifient qu’aucun agent (police, GPSR, contrôleur, voire agent de station en tenue) ne se trouve à bord. Au moindre uniforme suspect, ils se fondent dans la masse des voyageurs. Sinon, ils entament la distribution, habituellement sans un mot (l’essentiel est écrit sur le carton, de toute façon !) mais en se composant une expression aussi miséreuse que possible, et passent une deuxième fois ramasser les copies avant de descendre.
Il arrive quand même qu’ils se fassent arrêter par la police des transports à qui ils promettent, bien sûr, de ne pas recommencer. Mais, en général insolvables, et parfaitement interchangeables pour le réseau qui les « emploie », ils ne risquent en fait pas grand chose, et le savent bien : dix minutes plus tard, les revoilà avec leurs cartons. A moins qu’ils ne se soient reconvertis entre temps : auparavant, il y avait eu les campagnes « Je suis sourd-muet », avec vente de pin’s Mickey en option, qui avaient un certain succès auprès des touristes compatissants en route pour Disneyland sur la branche Marne-la-Vallée.
En tout cas, les 35 heures et la « réduction du temps de travail », ils ne connaissent pas. Leur truc, c’est plutôt « l’extension du domaine de la lutte » : ils vont au charbon tous les jours de la semaine, et leur « contrat d’objectif » les rend parfois très insistants...
L’autre homme est joueur de flûte traversière. Comme ses prédécesseurs, violonistes ou accordéonistes, il ne maîtrise pas tellement son instrument - mais suffisamment pour que la majorité des voyageurs puissent facilement reconnaître quelques airs célèbres, tels la musique du Grand blond avec une chaussure noire (il paraît que c’est du Vivaldi). Contrairement au barbu, le musicien reste plusieurs stations en notre compagnie, notamment sur le tronçon central, certainement parce que l’étendue de son répertoire (de son talent ?) met plusieurs minutes à s’exprimer. Une fois son concert terminé, c’est avec un étui à lunettes qu’il passe dans l’allée pour nous rappeler son triste sort.
Un troisième larron fait aussi partie des habitués de la ligne. Adhérant manifestement complètement au credo de la RATP - rendre « utile » le temps de transport - il dispense des cours de relaxation gratuits. Sa prestation se termine invariablement par : « et maintenant, vous fermez vos petits yeux, vous mettez votre main dans votre poche et sortez une petite pièce, un gros billet ou un ticket restaurant »... Et ça marche !
Il faut dire que, face aux sollicitations multiples, la concurrence est rude, et pour gagner leur journée le moins mal possible, nos voyageurs-acteurs doivent devenir créatifs. Car si, du Roumain, du joueur de flûte et du maître de tai-chi, chacun n’est jamais qu’intermittent du spectacle, le voyageur, lui, est à certaines heures spectateur à plein temps.
Or comme pour la pub, l’argumentaire traditionnel est usé et ne fait plus guère recette ; et pour arracher le public à l’indifférence dans laquelle il a appris à s’enfermer, ici aussi, il n’y a parfois plus de meilleure solution que de susciter un sourire. Tant pis si l’éventuel talent du musicien finit par être moins bien récompensé que l’imagination du bonimenteur !
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Dernier : 17/07/2012, 09h17 • felix
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L’hiver est là !
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Dernier : 17/07/2012, 09h17 • felix
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Vu et vécu dans l'année
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Sportifs, prenez le métro !
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