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Les travaux d’installation d’un « tapis roulant à grande vitesse » doivent commencer ces jours-ci à Montparnasse-Bienvenüe. Développé en partenariat par la RATP et la CNIM, le Gateway (c’est son nom de baptême) devrait entrer en service début 2002.
On ne peut pas dire que l’idée d’un « tapis roulant rapide » soit nouvelle. Elle date en effet du début du siècle, mais n’a pour l’instant guère été jalonnée que d’échecs cuisants ; on se souvient en particulier des efforts déployés par la RATP entre 1975 et 1983 pour développer le TRAX, trottoir roulant accéléré qui devait conquérir le marché mondial, mais qui a à peine dépassé le stade de projet.
Subitement, le sujet semble revenu à la mode, puisque ce sont pas moins de six systèmes différents qui sont actuellement en cours de développement à travers le monde : trois au Japon, un en Australie, un en Finlande et un en France. A en croire les spécialistes, c’est le procédé français qui semblerait le plus prometteur, grâce à sa simplicité et à ses performances. Et le premier exemplaire au monde va en être installé, d’ici l’an prochain, dans le couloir de correspondance de la station Montparnasse-Bienvenüe.
Cinq ans d’études auront été nécessaires pour le mettre au point, en partenariat avec la CNIM, le principal fabricant d’escaliers mécaniques français, installé à La Seyne-sur-Mer (Var). Le problème était surtout de trouver un système qui fasse accélérer le tapis progressivement afin de ne pas déséquilibrer les piétons. Il a été résolu en séparant les fonctions : le tapis roulant proprement dit, fonctionnant à vitesse élevée mais constante (3 m/s, soit 11 km/h), est précédé et suivi de variateurs de vitesse permettant d’accéder, puis de quitter le trottoir. Une main courante est disposée de chaque côté du trottoir sur toute sa longueur.
L’utilisation est comparable à celle d’un trottoir roulant classique. Le passager entre en marchant sur le trottoir, puis est accéléré sur un peu plus de 10 mètres, de 0,75 m/s (3 km/h, vitesse des tapis roulants conventionnels) juqu’à la vitesse de 3 m/s. Le passager est ensuite transporté à vitesse constante jusqu’au décélérateur, qui le ramène à la vitesse de 0,75 m/s avant la sortie.
Les variateurs de vitesse sont constitués d’une succession de petits rouleaux cannelés, imbriqués les uns dans les autres et tournant à des vitesses croissantes ou décroissantes au fur et à mesure que l’on s’approche ou que l’on s’éloigne de la zone à grande vitesse. Le transport à grande vitesse est réalisé par l’intermédiaire d’une bande transporteuse classique en caoutchouc. Les transitions accélérateur/bande et bande/décélérateur seront assurées par des plaques munies de billes, sur lesquelles « glissera » le passager.
Les mains courantes ressemblent à des chenilles : elles s’allongent en phase d’accélération et se rétractent en phase de décélération, pour être toujours en synchronisme avec le trottoir.
Après vérification de la conformité aux règlements en vigueur, et deux campagnes d’évaluation du confort, un comité composé de représentants de consommateurs, et la commission de sécurité du Ministère des Transports ont donné leur accord pour une expérimentation en vraie grandeur.
C’est donc le couloir de correspondance de Montparnasse qui a été retenu. Avec ses 200 mètres et 90.000 utilisateurs quotidiens, il se place au premier rang du métro avec celui de Châtelet-les-Halles. Aujourd’hui, la distance est parcourue en 3 minutes environ ; l’an prochain, le temps de trajet sera réduit de moitié. « Pour un usager quotidien, ce sera 15 minutes de gagnées par semaine et 10 heures chaque année, a expliqué au Journal du Dimanche Anselme Cote, spécialiste des Escalator à la RATP. Avec les moyens modernes de transport, la sensibilité au temps " perdu " dans les correspondances s’accroît. A terme, cela peut être une source d’insatisfaction réelle pour nos clients ».
Le trottoir rapide remplacera le trottoir central. Un trottoir à faible vitesse sera conservé dans chaque sens, et le service grande vitesse sera utilisable par les personnes qui le souhaiteront. Dommage quand même que les travaux d’installation n’aient pu se faire en même temps que la rénovation du couloir de correspondance, l’an dernier...
L’industriel a pris en charge le coût de développement (estimé à 40 MF, soit 6,1 M€), la RATP va financer l’achat du prototype (9 MF, soit 1,4 M€, l’équivalent d’un tapis roulant classique) et son installation, qui durera environ un an.
Pour la RATP, intéressée financièrement à la réussite de l’entreprise, les enjeux sont réels. En arrivant le premier sur le marché devant ses concurrents, le tapis de Montparnasse sera une belle vitrine commerciale pour le Gateway. Les clients potentiels sont nombreux : métros, aéroports, parc d’expositions, centres de congrès... La RATP envisage d’ailleurs déjà d’acheter d’autres tapis rapides à son partenaire, notamment pour ses stations d’Auber, Châtelet et Invalides.
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