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La petite halte des Champs Forts, sur la ligne Esbly — Crécy du réseau Transilien de Paris Est 
, a cessé d’être desservie par les trains : elle a été fermée le 29 septembre à la demande plutôt exceptionnelle... du collège qu’elle desservait !

Chaque « changement de service » apporte habituellement son lot de nouveautés sur le réseau ferré national et régional. Changements d’horaires, inaugurations ou fermetures de gares voire de lignes, la liste est plus ou moins longue et dépend désormais principalement de la volonté de l’autorité organisatrice. Mais parfois, sans attendre un changement officiel des horaires, des décisions du même ressort sont prises. On se souvient de la fermeture de la ligne de Coulommiers à La Ferté-Gaucher où les circulations des autocars ont été officialisées quelques mois après leur mise en service « provisoire ». L’année écoulée aura réservé une situation similaire, bien que de portée totalement différente : sur la ligne Esbly — Crécy (
), le modeste point d’arrêt baptisé Les Champs Forts a cessé d’être desservi le 29 septembre 2008.

Située en périphérie d’Esbly au point kilométrique 1,06 de la ligne, cette gare — ou plutôt cette halte — a été ouverte en septembre 1976 pour desservir le collège Louis Braille [1] tout proche. Conséquence de cette vocation scolaire : les trains n’y marquaient l’arrêt qu’aux heures d’entrée et de sortie des classes (arrêts vers 8h45, 11h20, 12h15, 13h10 et 13h45 du lundi au samedi, puis 15h10, 16h10, 17h10 du lundi au vendredi seulement). À voie unique, la ligne Esbly — Crécy était desservie depuis longtemps sous le régime de la « navette » (un seul train en ligne à la fois, pas de possibilités de croisement). La halte des Champs Forts a donc été aménagée a minima avec un quai simple construit le long de la voie unique, un auvent en tôle, et de rares sièges. On y a également ajouté un indicateur de direction (hors service depuis longtemps) et une caméra pour améliorer la visibilité côté Crécy lors de la fermeture des portes.
Pendant une trentaine d’années, Les Champs Forts ont ainsi vécu dans une certaine monotonie sans aucune modification remarquable, simplement au rythme des collégiens traînant des pieds avant d’entrer en classe, et s’égayant dans le désordre une fois sauvés par le gong. La principale évolution est intervenue en 1980 côté matériel roulant : l’électrification de la ligne s’est accompagnée du remplacement des autorails X 3800 « Picasso » par des rames inox (RIB) couplées à des locomotives BB 17000.
Une routine qui a assez abruptement pris fin sitôt fini l’été, le 29 septembre 2008. Et contre toute attente, à la demande même des utilisateurs de l’arrêt ! La demande de fermeture émanait en effet de la direction du collège, qui s’était faite insistante sur le sujet et avait reçu le soutien de la Maire d’Esbly, Valérie Pottiez-Husson. Les collégiens de Louis Braille étaient en effet turbulents, chahutant sur le quai en attendant l’arrivée du train, commettant régulièrement des dégradations, et se promenant sur les voies par inconscience ou par bravade.


La fermeture de la halte était par ailleurs proposée depuis le début 2007 par le Plan Local de Déplacements (PLD) élaboré par les 19 communes de la vallée du Grand Morin. Mais la justification avancée dans le document était paradoxalement une fréquentation trop faible, à cause des cars scolaires ! Le PLD fait ainsi état de 6 entrants/jour aux Champs Forts, contre 78 à Montry - Condé, 130 à Couilly - St-Germain - Quincy, 64 à Villiers - Montbarbin, 300 à Crécy-en-Brie - La Chapelle et 3 100 à Esbly [2]. Reste qu’une demande de fermeture émanant de la municipalité directement concernée est tout à fait inhabituelle : partout ailleurs, les communes se battent plutôt pour la réouverture ou la création d’arrêts, et ont bien souvent énormément de mal à obtenir gain de cause !

Il faut dire que rien n’a été fait pour essayer de dynamiser cette halte. Outre une desserte très médiocre, empêchant les riverains de l’utiliser pour aller à Paris par exemple, elle avait même du mal à assurer sa vocation première, la desserte du collège. De nombreuses destinations étaient ainsi déjà desservies par autocar, y compris là où on aurait pu s’appuyer sur le train : par exemple Montry ou St-Germain-sur-Morin (accessibles directement), voire Condé-Ste-Libiaire ou Quincy-Voisins (avec correspondance). Résultat : la fréquentation suffisamment faible donnait un excellent prétexte pour ne surtout pas chercher à améliorer la situation.
Endossant son costume d’exploitant-prestataire de service qui fait ce que réclame la foule, la direction Transilien SNCF n’a d’ailleurs pas posé d’objection (vu la fréquentation modeste de la halte, elle n’était pas tenue de faire une contre-proposition au STIF) et a au contraire appuyé cette demande auprès de l’autorité organisatrice. Compte-tenu des motivations avancées — il a dû être question de « sécurité » plusieurs fois dans les documents, et bien malin qui s’opposerait à une suggestion améliorant la sécurité, à fortiori quand il s’agit d’enfants — la décision de fermeture a finalement été validée par le STIF, avec effet dès que possible. Le couperet a même été placé dès le 29 septembre 2008, alors que les ouvertures/fermetures d’arrêts sur le réseau ferré national interviennent traditionnellement au changement de service annuel de mi-décembre, ou plus exceptionnellement au début de la période d’été (premier week-end de juillet).
La décision, de portée extrêmement locale, a été communiquée au public via des annonces sonores en gare et un affichage sur la ligne la semaine précédente et la semaine suivante, soit du 22 septembre au 5 octobre. L’information a cependant été faite de manière bien plus discrète que dans d’autres cas similaires [3] : l’association des usagers de la ligne Paris — Meaux / Crécy, pourtant en bons termes avec la SNCF, n’a par exemple pas été avertie officiellement, ni par la SNCF, ni par le STIF. Et une partie des voyageurs n’a vraisemblablement pris conscience de la fermeture que par déduction, en découvrant deux mois après les nouvelles fiches horaires où la halte ne figure plus.

La décision de fermeture a d’ailleurs été prise de manière suffisamment hâtive pour n’avoir pas été intégrée aux nouveaux horaires entrés en vigueur le 14 décembre : les trains Esbly — Crécy qui desservaient anciennement Les Champs Forts mettent donc toujours 15 minutes au lieu de 13 pour faire le parcours. Bien sûr, les horaires, ou plutôt les sillons, doivent être commandés plusieurs mois à l’avance à RFF. Mais sur une ligne exploitée en navette et sans aucune interférence avec l’extérieur, rien n’empêchait d’ajuster les heures de passage même à la dernière minute. Un manque de réactivité d’autant moins compréhensible que la SNCF se targue par ailleurs d’être un « partenaire » et un « conseiller » avisé et connaissant bien les réalités du terrain pour ses clients, les Régions. Bah, qu’importent deux minutes, direz-vous ? C’est qu’à la fin de l’année, et multipliées par le nombre de voyageurs concernés, les minutes se cumulent. Souvenons-nous que la RATP avait ainsi dépensé 1,4 M€ pour réduire d’1 min 30 le temps de correspondance à Montparnasse - Bienvenüe. Et que des travaux d’un montant de 45 M€ viennent de s’achever sur la ligne du Bourbonnais pour autoriser le 200 km/h sur une cinquantaine de kilomètres et diminuer le temps de parcours Paris — Clermont-Ferrand de... deux minutes. Ici, les minutes étaient gratuites.

La desserte du collège Louis Braille est désormais assurée exclusivement par autocar, par des services à vocation scolaire sur les lignes 4, 6, 7, 13, 14, 17 et 57 de Marne-et-Morin. Les quelques riverains qui utilisaient cet arrêt non pas pour arriver au collège, mais pour partir travailler, auront dû quant à eux s’organiser avec les lignes d’autocar régulières du secteur — à peu près le même tirage du loto, mais avec des arrêts et des horaires différents.
Côté ferroviaire, l’accès à la halte a simplement été condamné et « sécurisé », notamment pour mettre fin aux promenades sauvages sur les voies.

Contactée fin décembre, la Direction de ligne Transilien indique que « les retours sur cette fermeture ont été positifs jusqu’à aujourd’hui ». Et se veut rassurante face aux rumeurs qui ont tôt fait d’y voir un mauvais présage, un premier par vers une fermeture complète de la ligne à moyen terme.
En l’occurrence, malgré la fréquentation relativement modeste de la ligne (environ 960 voyageurs/jour), son équipement assez sommaire, et l’inadaptation assez évidente des rames tractées pour une desserte en antenne avec des arrêts fréquents, il n’est nullement question de fermer la ligne. La Direction de ligne assure au contraire « travailler à une amélioration pérenne dans les années à venir » dont « la première étape finalisée consistait à [créer] la correspondance quai à quai à Esbly » (par construction d’une nouvelle voie terminus le long du quai 2 Meaux — Paris, et abandon de l’ancien terminus voie 3 située dans la cour de la gare).

À moyen terme, il est désormais évoqué une possible transformation de cette petite ligne en tram-train, à la manière de ce qui a été fait sur Bondy — Aulnay (devenu le 
). En réunion publique le 4 février dernier, la SNCF a en effet annoncé qu’elle étudiait, dans une première phase, le remplacement du matériel actuel (une RIB [4] tractée par une locomotive électrique BB 17000) par une rame Avanto de Siemens, circulant actuellement sur la ligne 
. Sur cette ligne, la SNCF indique en effet pouvoir se passer de deux rames (tout en assurant correctement le service), ce qui est largement suffisant : le service actuel ne nécessite qu’une rame. Cette première phase (remplacement du matériel sans modification de l’offre de transport) pourrait voir le jour dès le mois de décembre 2010, sous réserve de validation par l’EPSF [5]. La SNCF espère ainsi regagner une partie de la clientèle perdue sur cet axe (-18 % depuis 2005), grâce à ce matériel plus fiable, et donc des horaires mieux respectés.
Cette hypothèse tram-train est d’autant plus intéressante que ce matériel est également conçu pour circuler sur le réseau principal : il pourrait donc assurer une desserte interconnectée et prolongée jusqu’à Meaux, voire se rendre pour entretien aux ateliers déjà construits pour le 
à Noisy-le-Sec sans nécessiter la construction d’un nouveau dépôt.
La ligne resterait vraisemblablement à voie unique, même à long terme ; mais la recréation d’un point de croisement est envisagée à Couilly - St-Germain - Quincy pour pouvoir a minima donner une correspondance vers Crécy à tous les trains Paris — Meaux, ce qui reviendrait à doubler la desserte actuelle (un train toutes les 15 minutes en heure de pointe, toutes les 30 minutes en heure creuse et le week-end). Les emprises sont déjà réservées pour cette voie supplémentaire, mais le projet n’est pas encore financé.
La conversion en tram-train pourrait également donner l’occasion de rouvrir un jour la halte des Champs Forts, à la manière des deux arrêts du 
qui desservent des lycées (Allée de la Tour - Rendez-Vous pour le lycée Schweitzer du Raincy, et surtout Lycée Henri Sellier, nouvellement créé pour les élèves du lycée polyvalent de Livry-Gargan). La hauteur des quais du tram-train et surtout les excellentes performances de freinage du matériel changent en effet complètement la donne en matière de « sécurité ». Et surtout, le tram-train se caractérise en principe par des passages nettement plus fréquents, au lieu de la vingtaine d’allers-retours actuels : autant de risques en moins de créer des attroupements de collégiens à la sortie des classes, et de les inciter à se défouler sur le mobilier ou sur leurs petits camarades en attendant le prochain train prévu dans vingt minutes…
Et même si elle a été conçue spécialement pour desservir le collège Louis Braille d’Esbly, la halte est située en limite de la commune de Coupvray. Rouverte à des horaires plus normaux, elle pourrait constituer « le » point d’accès ferroviaire de la commune, qui n’est actuellement desservie que par des autocars à destination des gares d’Esbly, Marne-la-Vallée - Chessy ou Val d’Europe. Un rabattement plutôt performant, constitué par la ligne 6 du réseau Pep’s... mais le transport routier reste soumis à la congestion routière d’une part, et aux aléas climatiques d’autre part. Cet hiver 2009 plutôt rigoureux l’aura amplement montré.
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Dernier : 4/03/2009, 07h28 • Cramos
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[1] Louis Braille était natif de Coupvray, la commune voisine.
[2] À Esbly, la plupart des « entrants » utilisent en fait la ligne Paris — Meaux, et non l’antenne de Crécy.
[3] Et notamment ceux de Port-Villez, Ménerville et Gilles - Guainville, dont la fermeture était annoncée depuis février.
[4] Rame Inox Banlieue.
[5] Établissement Public de Sécurité Ferroviaire.
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