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Elle n’a jamais figuré dans les horaires. Pourtant, la halte de Fontainebleau - Forêt est desservie tous les week-ends depuis plus de 60 ans. Épargnée par la refonte des horaires intervenue en décembre — lors du cadencement
Bourgogne - Nord et Transilien
— cette gare fantôme bénéficiera même d’une desserte accrue à partir de l’hiver prochain. Enfilez vos chaussures de randonnée...
La gare de Fontainebleau - Forêt n’en est pas vraiment une : c’est plutôt une simple « halte », ou « point d’arrêt non géré » (PANG) dans le jargon cheminot. Pas de bâtiment, pas de signalétique... et à peine un quai ! Ce n’est pas une figure de style : il n’y a en effet qu’un seul quai bas, même pas goudronné (il est simplement gravillonné), dans le sens Paris — province (voie 1).


Créée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la halte est située sur la ligne classique Paris — Marseille (souvent surnommée « PLM » par tradition). Cela correspond sur le réseau Transilien à la ligne 
Paris — Montereau par Moret. Rajouté après coup au début des années 1950, le quai est positionné au point kilométrique (PK) 55,05 — à mi-chemin entre les gares de Bois-le-Roi (PK 50,896) et Fontainebleau - Avon (PK 58,941).
Outre cette absence de signalétique, unique en Île-de-France, la halte de Fontainebleau - Forêt possède le douteux privilège... d’être la moins fréquentée du réseau. La fréquentation est en effet évaluée sur la base des voyageurs « entrants » (dans la majeure partie des cas, il suffit donc simplement de compter les validations). Ce qui donne pour Fontainebleau - Forêt une fréquentation de... zéro ! L’arrêt est en effet réservé à la descente. Et ne dessert de toute façon aucune habitation dans un rayon de plusieurs kilomètres.
Comme son nom l’indique, cette halte atypique permet en effet de commencer une randonnée en pleine forêt. En descendant du train, on se trouve à proximité de la route dite « d’Aumale », à mi-chemin entre deux points bien connus des promeneurs : le rocher de Samois et le carrefour de la Croix de Toulouse.
Les randonneurs se trouvent ainsi directement à pied d’œuvre. Arrivés par le train en milieu de matinée, ils peuvent ensuite musarder dans la forêt par le chemin de leur choix, puis reprendre le train dans l’une des gares encadrantes (Bois-le-Roi ou Fontainebleau - Avon).
Grâce à l’arrêt en forêt, on peut donc faire une randonnée sans revenir à son point de départ, sans parcourir obligatoirement de grandes distances... et surtout en évitant un fastidieux trajet d’approche sur le bitume des villes limitrophes.
Côté tarifaire, la halte de Fontainebleau - Forêt est assimilée à sa voisine, Fontainebleau - Avon. Pour s’y rendre, il suffit donc d’être muni d’un abonnement (journée, semaine, mois, année...) valable en zone 6, ou bien, pour les voyages à l’unité, d’un ticket « banlieue » à destination de Fontainebleau - Avon.
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Discrète sur le terrain, la halte de Fontainebleau - Forêt sait aussi se faire très discrète vis-à-vis d’éventuels voyageurs intéressés.
D’abord, compte-tenu de sa vocation spécifique et de sa desserte limitée (quelques trains les week-ends, dans un seul sens seulement, et qui laissent des voyageurs sans en prendre), la halte n’a jamais figuré sur un plan de réseau.

Dans les années 1950, cela ne l’empêchait pas d’être très fréquentée : plus de 500 voyageurs par train les dimanches, le jour qui était le plus chargé dans les gares parisiennes. À l’époque, on ne partait pas encore en week-end : le Parisien en quête d’évasion s’offrait tout juste un dimanche au grand air, généralement en train faute de voiture particulière. Une grande majorité de la population habitait également en zone très urbaine (Paris ou proche banlieue), d’où l’attrait d’un dimanche en forêt.
Ce qui était vrai il y a un demi-siècle ne l’est évidemment plus : on part plus volontiers deux jours, de préférence en voiture (vers la maison de campagne), en TGV (voir la grand-mère) ou en avion (entre copains à Barcelone). Et pour beaucoup de ceux qui restent en région parisienne, le barbecue dans le jardin a avantageusement remplacé les expéditions en famille dans la forêt.
La halte de Fontainebleau - Forêt n’est donc plus connue qu’au sein d’un petit cercle d’initiés. Quant aux horaires des trains qui s’y arrêtent, il est encore plus difficile de les trouver : absente des plans, la halte n’apparaît pas davantage dans les fiches horaires. Certaines années, les trains qui marquent l’arrêt ont été repérés par une astérisque. Mais d’une année sur l’autre, l’astérisque pouvait être indiquée ou non, en oubliant certains trains ou non... Exemple : sur les fiches horaires Transilien du début 2008, seul le premier train du dimanche matin était repéré. Les deux autres arrêts (un le samedi, un le dimanche) étaient oubliés. Sur les dernières éditions de septembre, l’astérisque avait totalement disparu.
De son côté, « l’indicateur officiel » SNCF banlieue, du temps où il existait encore, n’oubliait rien mais se contentait d’un renvoi un peu énigmatique (« Les voyageurs munis d’un billet pour Fontainebleau - Avon peuvent quitter ce train à Fontainebleau - Forêt, desservi environ 5 minutes après l’arrêt de Bois-le-Roi. »). N’essayez pas de consulter les moyens d’information qui l’ont théoriquement remplacé : le serveur Hafas (DB), le logiciel RIHO et encore moins voyages-sncf.com. En fait, outre la tradition orale parmi les groupes de randonneurs, le principal moyen de deviner quels trains marquent l’arrêt est... d’observer finement les horaires entre Bois-le-Roi et Fontainebleau - Avon (ce sont les trois trains du week-end qui mettent trois minutes de plus entre les deux gares).
Pour ceux qui avaient réussi à trouver l’information malgré tout, il fallait également un peu d’audace : sur les écrans Infogare indiquant la desserte des trains, l’arrêt n’était pas toujours précisé non plus ! Indiqué à Melun, oublié à Paris - Gare de Lyon...
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Comment s’étonner que la fréquentation ait nettement décliné au cours des années, l’information étant devenue à ce point aléatoire, voire inexistante ou erronée ?
La SNCF, seul maître à bord pendant des décennies, puis le STIF qui a progressivement pris de l’importance depuis 2001, n’ont jamais eu l’idée de mettre en valeur cet arrêt : personne ne s’est imposé un affichage clair et systématique sur les documents commerciaux ni sur les écrans de desserte ; et personne n’a jamais eu l’idée d’actions commerciales, par exemple un dépliant dédié dans la série « un week-end avec Transilien », voire une simple annonce dans les trains du vendredi soir.
Jusqu’à l’an dernier, Fontainebleau - Forêt était desservie par trois trains chaque semaine (un le samedi matin et deux le dimanche matin), uniquement dans le sens « impair » (venant de Paris) :
| Train | 152879 [1] | 151871 | 152879 |
|---|---|---|---|
| Période de circulation | Samedi | Dimanche et fêtes | Dimanche et fêtes |
| Paris — Gare de Lyon | 10.34 | 9.13 | 10.34 |
| Melun (arrivée) | 11.01 | 9.37 | 11.01 |
| Melun (départ) | 11.14 | 9.38 | 11.02 |
| Bois-le-Roi | 11.20 | 9.44 | 11.09 |
| Fontainebleau — Forêt | 11.25 | 9.48 | 11.14 |
| Fontainebleau — Avon | 11.31 | 9.54 | 11.21 |
| Thomery | 11.36 | 9.59 | 11.26 |
| Moret — Veneux-les-Sablons | 11.40 | 10.03 | 11.30 |
| Destination | Montereau | Montargis | Montereau |

Ces horaires étaient immuables depuis plus de deux décennies. Mais la desserte de Fontainebleau - Forêt devait nécessairement être remise en cause en décembre 2008. Le changement annuel d’horaires marquait en effet une nouvelle étape dans le cadencement progressif des trains sur le réseau français. Parmi les lignes concernées cette fois-ci : la partie nord de la région Bourgogne (TER Paris — Auxerre / Dijon). L’Île-de-France en a profité pour cadencer les lignes Transilien correspondantes, en l’occurrence la ligne 
Paris — Melun — Montereau (via Héricy ou Moret) / Montargis.
Le principe du cadencement consiste à réorganiser les horaires de manière systématique, pour proposer une grille horaire simple (un type de train dessert toujours les mêmes gares) et répétitive tout au long de la journée (départs et arrivées toujours à la même heure), sans possibilité de déroger à la règle.
Cette réorganisation, et le caractère très occasionnel de l’arrêt, faisaient craindre le pire concernant Fontainebleau - Forêt : pour respecter le principe du cadencement, impossible de se limiter à un ou deux arrêts dans la journée. Il aurait fallu que tous les trains (ou du moins, tous les trains du week-end) allant à Montereau s’y arrêtent, ce qui paraissait excessif. L’autre alternative était... que l’arrêt soit totalement abandonné [2]. Les projets d’horaires publiés durant l’année étaient restés totalement muets sur la question.
En définitive, aucune des deux solutions n’a été retenue ! La desserte a été maintenue à l’identique ou presque, avec des décalages de quelques dizaines de minutes tout au plus pour tenir compte des nouvelles heures de départ des trains.

Comment est-ce possible ? Le nouvel horaire cadencé (Bourgogne et Transilien) n’admettant plus aucune desserte exceptionnelle « hors grille » en direction de Montereau, les arrêts ont tous été reportés sur des trains Paris — Montargis. Ces trains font toujours partie de la ligne 
, mais ils effectuent leur terminus en région Centre (qui n’était pas demandeuse du cadencement). D’autre part, ils circulent en fin de parcours (après Moret) sur une ligne moins chargée, où il n’y a pas de correspondance systématique à effectuer. On peut donc y accepter des missions « hors grille », décalées à l’occasion de quelques minutes [3].
La halte de Fontainebleau - Forêt se distingue ainsi une nouvelle fois, en résistant envers et contre tout à ce vent de modernisation du réseau ! La desserte actuelle (horaires applicables depuis le 14 décembre 2008) s’organise de la manière suivante :
| Train | 151871 | 151873 |
|---|---|---|
| Période de circulation | Dimanche et fêtes | Samedi, dimanche et fêtes |
| Paris — Gare de Lyon | 9.05 | 11.05 |
| Melun (arrivée) | 9.31 | 11.28 |
| Melun (départ) | 9.32 | 11.29 |
| Bois-le-Roi | — | — |
| Fontainebleau — Forêt | 9.40 | 11.37 |
| Fontainebleau — Avon | 9.47 | 11.44 |
| Thomery | — | — |
| Moret — Veneux-les-Sablons | 9.54 | 11.51 |
| Destination | Montargis | Montargis |
À titre anecdotique, remarquons qu’il n’est désormais plus possible de se rendre de Bois-le-Roi à Fontainebleau - Forêt !
Autre motif de satisfaction : les nouveaux arrêts sont à nouveau clairement indiqués dans les documents commerciaux, en l’occurrence la fiche horaire
Paris — Melun — Montargis de l’hiver 2009.

Il faut dire que le maintien de cet arrêt ne met pas en péril les finances du STIF ou de Transilien : le coût est tout au plus limité au « droit d’arrêt en gare » payable à Réseau Ferré de France (c’est-à-dire presque rien) et à l’énergie nécessaire au redémarrage du train (négligeable pour les rames équipées du freinage à récupération, ce qui est le cas des automotrices Z 20500 qui desservent désormais habituellement l’arrêt). L’entretien quasi-inexistant depuis 50 ans, l’absence de pancartes, d’abri ou d’affiche, et même l’équipement EAS (les caméras qui permettent la fermeture des portes par le conducteur, en se passant de contrôleur) qui n’a pas été installé : tout montre que les dépenses de fonctionnement de cet arrêt sont bien maîtrisées...
Est-ce en raison de ces coûts minimes ? Du potentiel de cet arrêt laissé bien trop longtemps en jachère ? Le STIF vient en tout cas, contre toute attente, de voter une augmentation de l’offre pour cette petite halte située en pleine forêt. À partir du 13 décembre 2009, le nombre d’arrêts hebdomadaires devrait ainsi passer de trois à huit : tous les trains à destination de Montargis les samedis, dimanches et fêtes, quittant Paris - Gare de Lyon entre 8h05 et 11h05 (un par heure), marqueront en effet l’arrêt à Fontainebleau - Forêt.
On n’attend plus que la campagne de promotion de l’arrêt au printemps 2010 ! En attendant, les promeneurs peuvent d’ores et déjà profiter des premiers beaux jours pour « voter avec leurs pieds », en enfilant leurs chaussures de marche et en venant se perdre au cœur de la forêt de Fontainebleau.
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Dernier : 15/04/2010, 20h48 • Musicien77
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[1] Accouplé à une tranche Paris -> Montargis de Paris à Melun.
[2] Une hypothèse d’autant plus réaliste que 4 des plus petites gares de la région ont complètement cessé d’être desservies fin 2008, dont 3 à l’occasion de la mise en œuvre du cadencement (Port Villez, Ménerville, Gilles - Guainville).
[3] Du moins à titre transitoire. L’objectif de RFF est de parvenir à un cadencement intégral du réseau français à l’horizon 2012. Gageons que l’on reparlera de la desserte de Fontainebleau - Forêt d’ici là : de nouvelles modifications interviendront probablement à cette date.
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Poing final
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Dernier : 15/04/2010, 20h48 • Musicien77
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L'actualité du mois
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Grand Paris : la « bataille du rail »
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