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Avec la grisaille de l’automne et le premier week-end du mois d’octobre, c’est la Nuit Blanche qui fait son retour, ce samedi. Une 7e édition centrée sur les gares, avec bien entendu un plan de transport adapté pendant la nuit.
C’est devenu un rendez-vous annuel, ancré dans le calendrier comme la Fête de la Musique, quoique souvent plus hermétique et déroutant pour le profane. Depuis 2002, la Nuit Blanche met en effet en avant l’art contemporain, et tout particulièrement des performances, des créations éphémères, des événements sonores ou musicaux, qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’art académique… et qui peuvent donc, d’un individu à l’autre, susciter l’émotion ou la plus froide indifférence (d’autant plus que le premier week-end d’octobre, le fond de l’air lui-même est souvent froid).

Cette 7e édition, dans la nuit du 4 au 5 octobre, ne dérogera sans doute pas à la règle, celle de la déambulation dans la ville et de l’œuvre d’art imprévisible. Cette année, la programmation artistique de la Nuit Blanche est confiée à Hervé Chandès et à Ronald Chammah. Le premier est directeur général de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, le deuxième est distributeur, restaurateur, producteur et réalisateur de films. Tous les deux sont donc spécialistes de la scène artistique et culturelle contemporaine, à l’honneur lors de la Nuit Blanche.
Ce sont les gares qui sont à l’honneur cette fois-ci, et constituent les rendez-vous principaux du programme. Un programme délibérément « resserré », c’est-à-dire regroupé géographiquement autour des points phares que sont les gares, donc. Un parti pris artistique (privilégier « la force et l’impact d’œuvres de grande qualité ») autant que pratique, puisque les gares sont plus faciles à desservir. Cet étalement limité facilite plus généralement l’organisation des transports pendant la nuit, composant essentiel d’un événement attirant plusieurs centaines de milliers de personnes. On se souvient a contrario des premières éditions, très dispersées à travers Paris, avec des navettes bus lentes et surchargées pour se déplacer d’une extrémité à l’autre de la ville [1]…
Six des sept gares « tête de ligne » s’animeront donc, de 19 heures à 7 heures du matin (à Montparnasse, c’est la tour, et non la gare, qui servira de support à l’événement). La foule des curieux noctambules sera-t-elle aussi nombreuse que le flot des voyageurs pressés, qui passent par là le jour entre le bureau, l’école et le week-end ?

Le new-yorkais Tony Oursler s’est fait une spécialité des projections vidéo dans des cadres atypiques et sur des surfaces bizarres (des sphères, des poupées, des bâtiments — en tout cas rien qui ressemble à un écran).
Pour la Nuit Blanche, il a réalisé un film avec une quarantaine d’élèves du collège de la Grange-aux-Belles, tout proche. Le film sera projeté en grandeur… surnaturelle, sur la façade principale de la Gare du Nord. Sur le parvis, devenu piéton l’an dernier, la projection sera accompagnée de murmures d’enfants et d’autres sons divers choisis par l’artiste. Enfin, Tony Oursler s’est associé à l’auteur Constance DeJong et à l’artiste multicartes Tony Conrad (réalisateur, musicien, écrivain, « expérimental » à chaque fois…), pour créer un « opéra industriel » qui sera diffusé par les hauts parleurs de la gare. En clair : un concert de klaxons, pardon, de sifflements de trains, moitié enregistrés et moitiés actionnés en direct. Une ambiance en tout cas ferroviaire.
Pierrick Sorin est lui aussi un « artiste-vidéaste », souvent l’unique acteur des petits films qu’il crée, qui essaient de donner une image mi-burlesque mi-absurde du quotidien. Il a conçu deux projets différents pour la Gare de l’Est, qui seront présentés à l’extérieur de la gare.

Avec Vous êtes tous mes amis, le public est invité à prendre la pose dans deux studios-photo. Photos de vacances ou photos de famille, le résultat sera en tout cas diffusé sur un grand écran sur le parvis. Et histoire de ne pas déroger à sa propre règle, l’artiste y apparaîtra systématiquement dans différents rôles (l’ami, l’amant, le mari, le collègue…) aux côtés du visiteur ;
En face, pour les amateurs d’art plus abstrait, l’Hôtel Terminus Est servira de support à la projection Artiste en bâtiment, des petits films créés par la manipulation en direct de petits objets « bricolés » faisant varier formes, matières et couleurs. La projection sera accompagnée en live par les musiciens Don Nino et Rasim Biyikli.
Les images animées seront toujours à l’honneur Gare de Lyon. Mais cette fois, on ne diffusera pas de films pré-enregistrés : c’est au contraire Shaad Ali, jeune réalisateur indien, qui viendra tourner dans la gare une scène chantée et dansée typique de Bollywood. La partition est signée Peyrelal et Gulzar (deux maîtres de l’âge d’or du cinéma populaire indien des années 1950), et les rôles principaux sont tenus par l’indienne Urmila Matondkar (34 ans, dont 25 au cinéma !) et son compatriote Bhavani Ranveer Singh (remplaçant le Français Louis Garrel, vu récemment dans La Belle Personne, et qui a fait faux bond à la dernière minute). Costumes colorés, maquillages soignés, scènes de comédie musicale, humour et romance : tous les ingrédients du cinéma indien promettent d’y être. Le tournage commencera en extérieur, sur le parvis de la gare, pour se déplacer, la nuit tombée, sur la plateforme des voies A-N au pied du restaurant Le Train Bleu, et s’achever sur les quais au petit matin.
Après le cinéma à grand spectacle, le film d’auteur : à l’extérieur de la gare de Bercy sera projeté en grand le film Notre siècle (1982) de l’arménien Artavazd Pelechian, héritier de l’école du cinéma soviétique. Une méditation en noir et blanc d’une cinquantaine de minutes sur la conquête de l’espace, les mises à feu ratées, le destin des cosmonautes et le rêve d’Icare instrumentalisé par les Russes et les Américains, mêlant documentaire et archives, musique et bruitages. Un film dont les vedettes sont des fusées qui n’ont jamais dépassé la rampe de lancement… et qui sera donc projeté sur la rampe de chargement Auto-Train. L’œuvre est intéressante, mais le concept tiendra t-il… la rampe ?
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Deux pour le prix d’une : toujours à Paris-Bercy sur le parking Auto-Train, Magdalena Kunz et Danier Glaser, artistes-vidéastes qui travaillent ensemble à Zurich, proposent un autre rendez-vous. Leur spécialité, ce sont les « talking heads », des « sculptures cinématographiques » prenant la forme de mannequins en aluminium enveloppés dans une grande couverture. Les visages du couple de mannequins sont animés par des projecteurs, qui les font parler et se questionner sur le sens de la vie, le quotidien, l’art, les espoirs et les peurs humaines. Cette fois-ci, gare Auto-Train oblige… les « talking heads » seront installés à l’avant d’une Fiat Bertone modèle X1/9. Une installation déjà présentée à Zurich l’an dernier et qui constituera le seul objet matériel de cette nuit, autrement très tournée vers l’image et la projection.

Restant dans le registre de la vidéo, la Gare St-Lazare, enfin, accueillera trois projection d’œuvres conçues par Semiconductor, le duo formé par les anglais Ruth Jarman et Joe Gerhardt. En alliant le film et l’animation numérique, ils cherchent à suggérer le chaos urbain, les paysages en mouvement, les systèmes en désordre, les contraintes de l’espace, de la nature et du temps. La première animation, Brilliant noise, promet de « faire entrer le soleil dans la gare ». Sur plusieurs écrans simultanément, Earthmoves risque d’être encore plus abstrait, en forme de variations sur la dématérialisation de l’environnement. Enfin, The Sound of Microclimates figurera un Paris futuriste (que l’on espère avec tout de même quelques bus et trains, puisque Le Cinquième élément a déjà épuisé le sujet des taxis volants…).
Des rendez-vous organisés en partenariat avec la SNCF, bien sûr. Au total, plus de 150 agents (pour la plupart volontaires) passeront eux aussi une Nuit Blanche, pour accueillir le public en gare ou permettre le bon déroulement des opérations.
Outre ces grands événements (grands par la taille des lieux, à tout le moins), le programme prévoit une soixantaine d’autres rendez-vous, par exemple à la Tour Montparnasse, à la Comédie Française, à la tour St-Jacques, au « 104 » (le nouvel espace de création artistique municipal, tout juste ouvert à la place des anciennes pompes funèbres), à la Préfecture de Police… et jusqu’au petit-déjeuner offert à la mairie du 12e !
Comme chaque année, un « plan de transport » spécial est mis en place pour permettre aux noctambules de se déplacer d’un site Nuit Blanche à l’autre. Nettement sous-dimensionné au début, le dispositif s’est progressivement affiné et s’appuie désormais en grande partie sur la ligne de métro 
, automatique et très capacitaire. Lors de la Nuit Blanche, elle (et elle seulement !) reste ouverte toute la nuit avec une fréquence d’environ 3 min 50.
Ce n’est bien sûr pas tout : les 15 autres lignes de métro bénéficient de la prolongation d’une heure, systématique le samedi soir depuis fin 2006. En clair, les dernières arrivées aux terminus s’effectuent à 2h15 au lieu d’1h15. Ce n’est pas suffisant pour accompagner les plus assidus tout au long de la Nuit Blanche. Mais le grand public ne passe pas forcément toute la nuit à errer dans les rues de Paris en quête de culture : beaucoup se contenteront de veiller un peu plus tard que d’habitude, en faisant une Soirée Prolongée plutôt qu’une Nuit Blanche. Pour tous ceux-là, l’heure supplémentaire du métro est un vrai plus, qui suffira à se déplacer normalement.


ouvert toute la nuit. Les autres lignes de métro seront ouvertes jusqu’à 2h15, et le réseau Transilien SNCF (y compris une partie du RER) fera également une heure supplémentaire
Les bus sont bien évidemment mis à contribution eux aussi. Pour éviter les embouteillages au centre de Paris, mais aussi pour mieux gérer l’affluence et la régularité du service (un point faible récurrent des « lignes spéciales Nuit Blanche » qui ont sillonné Paris les premières années), le réseau Noctilien sera cependant adapté, de manière similaire à ce qui se pratique déjà les jours de « Nuit Festive » (Nouvel An et Fête de la Musique).
Concrètement, les lignes Noctilien diamétrales (N11 à N16) traversant le centre de Paris ne circuleront pas dans la nuit de samedi à dimanche. Les moyens seront redéployés sur les autres lignes, d’une part en renforçant nettement le service de rocade (N01 et N02), d’autre part en offrant des fréquences supérieures vers la banlieue, sur les liaisons maintenues au départ des « pôles de correspondance Noctilien » qui, cela tombe très bien, sont les grandes gares parisiennes (Gare de l’Est, Gare de Lyon, Gare Montparnasse, Gare St-Lazare).
Pour la même raison, les lignes de Grande Couronne N120 et N121, qui traversent normalement le centre de Paris, seront exploitées par moitié, avec un terminus reporté aux pôles de correspondance : Gare de l’Est en direction de l’Aéroport Charles de Gaulle, Gare de Lyon en direction de Corbeil-Essonnes, Gare Montparnasse en direction de La Verrière.
La nouveauté viendra cette année du réseau Transilien SNCF, qui jouera exceptionnellement les prolongations lui aussi : comme le métro, les trains de banlieue circuleront une heure plus tard que d’habitude, avec un dernier départ des gares tête de ligne à 2 heures environ (et une fréquence de 30 à 60 minutes, suivant les cas, pendant l’heure qui précède). Cette mesure concerne aussi les parties du RER exploitées par la SNCF : 
au nord de Gare du Nord, et 


(lignes entières). Une manière d’entériner le succès de la Nuit Blanche, événement culturel organisé par la Ville de Paris mais qui intéresse en réalité toute l’agglomération. On reconnaît derrière ce petit coup de pouce sur le réseau Transilien la patte (politique, au bon sens du terme) du STIF, toujours soucieux du sort de la banlieue. Celle-ci a ainsi accès à la Nuit Blanche dans les mêmes conditions ou presque que les Parisiens.
Les lignes RER RATP (
et 
au sud de Gare du Nord) ne sont en revanche pas concernées : le service y sera « normal », comprendre « pas prolongé ». Ce qui rallongera éventuellement le trajet, mais n’empêchera pas de rentrer chez soi : on pourra en effet se reporter sur le réseau Noctilien, qui dessert toute la nuit les gares RER concernées (lignes N152, N153, N62, N21, N122, N32, N35, N33 et N130).

Une organisation en ordre dispersé qui s’explique par la multiplicité des acteurs et des financements. Car rien n’est simple en Île-de-France ! La prolongation du service du métro (hors ligne 
), financée dans un premier temps par le STIF, est en effet intégrée désormais dans le contrat pluriannuel qui le lie à la RATP (elle ne nécessite donc plus de financement spécifique). L’ouverture toute la nuit de la ligne 
, et le service spécial sur le réseau Noctilien RATP, sont en revanche financées directement par la Ville de Paris. La Ville verse à cet effet une subvention d’exploitation de 143 000 € à la Régie (un coût compensé en fait par les partenariats conclus avec plusieurs « sponsors » de la Nuit Blanche, Caisse des Dépôts, Suez, fondation Jean-Luc Lagardère et la Tour Maine-Montparnasse, qui apportent au total 440 000 €).
En contrepartie, puisque les coûts sont déjà entièrement supportés par la Ville, l’accès à la ligne 
en dehors de ses heures normales d’ouverture (c’est-à-dire de 2h05 à 5h30) sera gratuit pour le public. Cette mesure ne concerne bien que la ligne 
, uniquement dans cette tranche horaire, et se traduira concrètement par le déverrouillage des portillons et des péages (c’est également le cas lors du Nouvel An, entre autres).
Ajoutons, de manière plus anecdotique, qu’on pourra également utiliser le service de « cyclobulles » pour se déplacer de gare en gare pendant la nuit. Ce sont des tricycles bi-place à assistance électrique, mis à disposition par la SNCF qui vante ainsi sa nouvelle image de marque « éco-mobile ». Problème prévisible : les cyclobulles seront mis à disposition gratuitement, mais le parc est limité à une trentaine de véhicules. Il faudra donc être patient, ou avoir de la chance… Au-delà de l’opération de communication, ceux qui souhaiteront pédaler entre les sites Nuit Blanche auront donc tout intérêt à se reporter sur les fameux Vélib’, qu’on ne présente plus (sauf pour dire qu’avec 20 000 vélos à disposition, leur contribution à « l’éco-mobilité » durant la nuit sera forcément plus significative que celle d’une trentaine de tricycles !).
Enfin, le service PAM (véhicules spécialement aménagés pour les personnes handicapées, fonctionnant comme des taxis collectifs sur réservation), exploité en délégation de service public par Keolis, sera assuré jusqu’à 2 heures du matin samedi soir.
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Dernier : 6/10/2008, 10h21 • Stéphane Ascoët
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[1] En 2007, le parti-pris avait été similaire : que les événements Nuit Blanche soient situés à 5 ou 10 minutes de marche maximum de la ligne 
, restée ouverte toute la nuit.
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Nouveau départ pour le réseau de Vélizy
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Dernier : 6/10/2008, 10h21 • Stéphane Ascoët
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L'actualité du mois
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Auteuil-Boulogne, terminus !
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