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Des trains à vapeur aux derniers automoteurs qui viennent d’arriver sur le réseau Transilien : l’Ajecta (40 ans cette année) propose pour les Journées du patrimoine un programme exceptionnel, qui intéressera les simples curieux comme les amateurs les plus éclairés.
Les Journées du Patrimoine, moment de communion annuel avec les palais secrets de la République, les musées oubliés, les œuvres d’art improbables et les bâtiments devant lesquels on passe tous les jours en négligeant de lever le nez ? Pas seulement. À côté de ces activités finalement très contemplatives, et de ces monuments très... statiques, on pourra aussi participer à des événements plus interactifs, au contact de vieilleries rutilantes qui ahanent, qui crachent, qui fument et qui sifflent. Et qui font voyager dans le temps jusqu’au siècle dernier, plus sûrement encore que les madeleines de l’ami Proust.

Des locomotives à vapeur, donc, puisque c’est d’elles qu’il s’agit. On en croise parfois en vacances, en tête de trains touristiques qui permettent d’occuper les enfants (voire les très grands enfants) un après-midi. On oublie parfois qu’il en existe aussi une belle collection en Île-de-France, préservée par l’Association des Jeunes pour l’Entretien et la Conservation des Trains d’Autrefois, beaucoup mieux connue sous son sigle d’Ajecta.

Située à Longueville (Seine-et-Marne), près de Provins, l’Ajecta a réussi à constituer au fil des années une collection de locomotives et de voitures presque unique. L’ensemble retrace plus d’un siècle de chemin de fer, des premiers trains sur la ligne de Paris à St-Germain jusqu’aux derniers trains à vapeur circulant entre la fameuse « gare de la Bastille » et Boissy-St-Léger (deux lignes qui font aujourd’hui partie du 
), en passant par les machines « bonnes à tout faire » qui ont sillonné les lignes secondaires de l’Ouest, les voitures Pullman des express de luxe, et les petits réseaux industriels.
Des pièces de musée qui ne sont heureusement pas au musée, mais en état de marche... et que vous avez peut-être déjà vu, sans le savoir, sur grand écran : le matériel préservé par l’Ajecta est de plus en plus mis à contribution lorsqu’il s’agit de recréer une ambiance « 19e siècle » ou « Résistance » au cinéma (en dernier lieu pour les Femmes de l’ombre, le film de Jean-Paul Salomé).
On pourra en tout cas approcher la collection « pour de vrai » lors des Journées du Patrimoine, qui coïncident avec les Journées Portes Ouvertes de l’Ajecta (ou inversement). Un rendez-vous devenu traditionnel, et qui paraîtra peut-être même banal aux amateurs, puisqu’il s’agit des 28e Journées Portes Ouvertes organisées par l’association. Ce rendez-vous annuel est en effet un événement majeur pour l’Ajecta, indispensable pour faire connaître ses activités et financer la restauration de nouveaux matériels.
Sauf que cette année, l’Ajecta fête ses 40 ans. Avec un programme exceptionnel, l’association a fait en sorte que cet anniversaire soit mémorable. Rendez-vous donc ces samedi 20 et dimanche 21 septembre, de 8 h à 18 h, à Longueville (Seine-et-Marne), à quelques kilomètres de Provins. L’Ajecta y occupe la rotonde de l’ancien dépôt des locomotives, et l’endroit est facilement accessible en voiture ou en train (gare de Longueville, sur la ligne 
Paris — Provins, puis cinq minutes à pied).
(participation aux frais : 3 € pour les adultes, tarif réduit à 1,5 € pour les enfants de 8 à 14 ans, les membres Ajecta et ceux de l’association amie « SNCF Society », gratuité pour les jeunes enfants en-dessous de 8 ans. L’entrée donne accès au dépôt les deux jours)

En vedette bien sûr : la machine à vapeur 141 TB 407, largement mise à contribution pour les Femmes de l’ombre. Classée monument historique, cette machine appartient à une série emblématique de la banlieue Est, dont elles ont parcouru la plupart des lignes (Meaux, Coulommiers, Gargan...) jusqu’à la vague d’électrification de 1962. La TB 407 fait partie du petit lot qui a ensuite circulé quelques années sur la ligne de la Bastille avant son intégration au RER. Elle circule de nouveau au sein de l’Ajecta depuis 2005.
Le samedi, elle accueillera les curieux à bord du poste de conduite, en compagnie de l’équipe mécanicien / chauffeur. On pourra ainsi découvrir en « conditions réelles » le fonctionnement et la manœuvre des principaux organes (dont, bien entendu, le sifflet caractéristique des machines à vapeur !). Puis la machine vous emmènera faire un tour, sur un petit kilomètre en « évolution » sur les voies du dépôt. En descendant, un diplôme signé par le mécanicien vous permettra de conserver un souvenir de ce « baptême vapeur ».
(départs toutes les 10 à 15 minutes, toute la journée du samedi. Accès gratuit)
Le dimanche, la même locomotive 141 TB 407 reprendra du service en tête d’un train — une composition variée qui fera sourire les puristes, mais qui permet aussi de découvrir les différentes ambiances des trains d’autrefois. On y trouvera ainsi des voitures de 1re, 2e et 3e classe datant des années 1930, originaires de plusieurs anciens réseaux (PLM, Est, État...) et recréant l’ambiance « congés payés ». Trois allers-retours sont prévus dans l’après-midi :
| Longueville (dépôt Ajecta) | 13.15 | 14.40 | 16.28 |
| Provins | 13.25 | 14.50 | 16.38 |
| Provins | 14.00 | 15.30 | 17.18 |
| Longueville (dépôt Ajecta) | 14.12 | 15.42 | 17.30 |

À noter une particularité cette année : deux ambiances pour le prix d’une... Pour faciliter l’exploitation en gare de Provins (en clair : éviter les manœuvres de remise en tête de la locomotive), la traction des navettes sera en effet assurée par des machines différentes dans chaque sens :
à l’aller (direction Provins) par la locomotive diesel A1A A1A 68081 ;
et au retour (direction Longueville, la mieux exposée au soleil et mettant le mieux en valeur la machine à l’arrivée) par la locomotive à vapeur 141 TB 407.
À Provins, terminus du voyage, on pourra profiter de cette balade « rétro » pour visiter la belle cité médiévale, qu’on ne présente plus et qui est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
(billets vendus au dépôt le dimanche : 10 € l’aller-retour pour les adultes, 5 € pour les enfants de 8 à 14 ans, gratuit en-dessous de 8 ans dans la limite d’un enfant « gratuit » par place payante. Il est possible de voyager par une navette différente à l’aller et au retour)
Connaissez-vous le « Tacot des Lacs » ? Ce chemin de fer touristique à « voie de 60 » (une voie étroite, à l’écartement de 60 cm), installé à Grez-sur-Loing (sud de la Seine-et-Marne), recrée l’ambiance des réseaux secondaires d’autrefois : des lignes départementales, construites à l’économie pour désenclaver certains chefs-lieux restés à l’écart des grands réseaux, mais aussi nombre de chemins de fer industriels utilisés par les mines, les ardoisières, les cimenteries, les silos, etc.
Concurrencées par la route, les lignes « voyageurs » ont totalement disparu entre les années 1930 et 1960, et la quasi-totalité des lignes industrielles les ont suivi, au gré des mutations économiques ou d’un remplacement par d’autres systèmes de transport (bandes transporteuses, etc.)
Pour la première fois, le « Tacot des Lacs » quittera son cadre champêtre habituel et viendra en voisin poser ses rails pour le week-end au pied de la rotonde de Longueville. Un circuit qui permettra de découvrir de façon tout à fait originale la rotonde (classée), et les derniers travaux de restauration entrepris par l’Ajecta !
Revenir 150 ans en arrière : ce sera possible à bord de la rame « St-Germain », deux voitures (1re et 2e classe, on admirera la différence dans le confort...) reconstruites à l’identique de celles qui roulaient en 1860 sur la ligne de Paris à St-Germain-en-Laye, l’une des plus anciennes de France (ouverte en 1837).
Ces voitures rouleront sur les voies du dépôt, tractées par la petite locomotive 020 « Suzanne », témoin attachant des chemins de fer industriels du Nord.

Les gourmets (et les cinéphiles, qui ont en mémoire certaines scènes cultes de La Mort aux trousses ou de L’Inconnu du Nord-Express préféreront peut-être, en matière d’ambiance rétro, celles des vieux « wagons-restaurant ». Une des voitures-restaurant de l’association, qui circulait autrefois dans le célèbre « Train Bleu » (Paris — Nice), ouvrira ses portes samedi et dimanche midi. On pourra ainsi déjeuner dans un décor luxueux, fait de marqueterie, de mobilier en bois et de fauteuils revêtus de cuir. Les publicités sont elles aussi d’époque... mais le menu sera au goût du jour : salade nordique, magret de canard et pommes sautées, aiguillettes de poulet à l’orange poivrée ou tarte Tatin chantilly figurent parmi les recettes du chef.
(service vers 12h samedi et dimanche, menu à 33 € : entrée, plat, fromage et dessert, vin et café compris)
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Lieu de rendez-vous traditionnel des brocanteurs, des modélistes et des amateurs de vieux livres pendant les Journées Portes Ouvertes, la rotonde accueillera aussi cette fois-ci de nouvelles animations :
il y aura d’abord un réseau miniature à voie de 45 mm en « vapeur vive » (c’est-à-dire que les locomotives fonctionnent comme des vraies), monté pour le week-end à l’intérieur de la rotonde. L’occasion de prolonger avec les modèles réduits les émotions ressenties avec les grandes locomotives, tant les dimensions, les détails et l’atmosphère des miniatures rappellent les locomotives réelles ;
on pourra aussi admirer les peintures photo-réalistes de Chris Ludlow, grand amateur de locomotives à vapeur et peintre hors normes, qui exposera son impressionnante collection ;
on pourra changer d’air au son des percussions du groupe Sakawoulé, qui évolueront sur le sute au rythme de « Samba du monde et d’ailleurs », intégrant des influences africaines, sud-américaines et européennes ;
enfin les artistes du groupe Phosphorescence présenteront « Le Train des Artistes », une exposition mariant photographie, peinture et poésie, pour un voyage imaginaire à bord d’anciennes voitures voyageurs stationnées dans l’enceinte du dépôt.
On trouvera aussi sous la rotonde, bien sûr, une librairie/carterie/boutique de souvenirs, et surtout une buvette !
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Mais surtout, cette édition des « portes ouvertes » permettra de compléter le panorama historique, depuis la fin de la vapeur jusqu’à l’ère contemporaine, avec bien sûr un coup de projecteur sur les séries diesel, qui ont remplacé la vapeur sur la ligne Paris — Longueville — Provins / Bâle encore non électrifiée.
En complément du matériel de l’Ajecta, on trouvera en effet une collection exceptionnelle de locomotives plus « récentes » de la SNCF :
d’abord les géants « mythiques » de l’ère moderne, avec leur « nez cassé » emblématique des machines dessinées par Paul Arzens et qui ont constitué le fleuron du réseau français des années 1960 aux années 1980. Seront ainsi présentes une CC 72000, la locomotive diesel la plus puissante et la plus rapide du parc SNCF, utilisée autrefois sur Paris — Nantes ou Paris — Clermont-Ferrand, et qui fait encore merveille en tête des Corail Intercités sur la ligne Paris — Mulhouse ; et puis la CC 40110 (préservée par le MFPN), son homologue quadricourant conçue pour les trains d’affaires TEE de la ligne Paris — Bruxelles — Amsterdam. Conçues pour aller jusqu’en Allemagne et aux Pays-Bas, elles ne circuleront en définitive que sur Paris — Bruxelles. Relativement fragiles, car à la limite de la sophistication technique de leur époque, elles ont été remplacées en 1995 par les TGV Thalys.

ensuite les locomotives fret d’hier : avec les A1A A1A 68081 (venue de Culmont-Chalindrey, ou elle est préservée) et A1A A1A 68500, et une BB 69400. Les premières sont des locomotives de puissance moyenne qui correspondent à la première grande vague de « dieselisation », c’est-à-dire l’abandon de la vapeur au profit du diesel dans les années 1960. Des locomotives de conception proche (BB 67000/67200/67300/67400) sont encore nombreuses à circuler sur le réseau national, en tête de TER, de Corail ou de trains de fret. La dernière (BB 69400, donc) correspond à une série de puissance plus modeste, régulièrement utilisée en tête de trains de voyageurs légers ou de trains de desserte marchandises sur les lignes secondaires. Cette série, initialement BB 66000/66400 a fait l’objet d’une opération de modernisation/remotorisation qui a donné naissance aux BB 69400.

la transition est donc facile à faire avec les locomotives fret modernes : BB 27000 et BB 75000, respectivement la version électrique bicourant et la version diesel de la plate-forme standard « Prima » commercialisée par Alstom. Ces locomotives se sont peu à peu imposées, chacune, comme la locomotive standard moderne du fret SNCF. Sera également présente une BB 60000, série de moyenne puissance construite par Vossloh et destinée à moderniser le parc dédié aux dessertes locales fret. La livraison des BB 27000 est achevée depuis peu, celle des BB 60000 et BB 75000 est en cours : autant dire qu’on verra des engins qui marqueront le paysage ferroviaire français pour un bon moment !

enfin, on verra ce qui se fait de mieux en matière d’automoteurs : une rame AGC bimode-bicourant, ou B 82500, qui synthétise le meilleur des technologies actuelles et permet, pour la première fois, de circuler partout sur le réseau français, de façon optimale : en mode électrique sur toutes les lignes électrifiées, en mode diesel ailleurs. Ces engins sont en cours de livraison. Conçus pour le TER, ils circulent aussi depuis le début 2008 en Île-de-France : sur la ligne 
Paris — Provins (et bientôt Meaux — La Ferté-Milon), où ils constituent un saut qualitatif impressionnant (confort, performances) par rapport à l’ancienne génération des rames tractées.

Tout ce matériel, et celui exposé sous la rotonde, sera librement accessible. Les guides de l’association seront disponibles pour en faire des visites commentées.
Bref, pour les amateurs du patrimoine ferroviaire, les nostalgiques des voyages d’autrefois, les curieux qui se demandent encore comment fonctionne une machine à vapeur... et plus généralement tout ceux qui souhaitent sortir de leur train-train quotidien, un détour par Longueville s’impose sans aucun doute ce week-end. Ce d’autant plus que la SNCF n’organise de son côté... rien pour les Journées du Patrimoine.
P.S.: (Encore) plus d’informations sur ces Journées Portes Ouvertes sur le blog de l’Ajecta.
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Dernier : 25/09/2008, 01h02 • Laurent 95
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Succession dans la continuité à la tête de Transdev
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Dernier : 25/09/2008, 01h02 • Laurent 95
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Un patrimoine bien vivant
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