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Un musée dans la gare ?

Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes 4 juillet 2008

Tant pis si son nom évoque d’abord le grand air : l’ancienne gare de Suresnes — Longchamp, aujourd’hui désaffectée, pourrait être réaménagée d’ici trois ans pour accueillir un grand musée de « l’urbanisme social ».

Laissée globalement à l’abandon depuis la conversion de la ligne Puteaux — Issy-Plaine en tramway (c’est devenu le TramT2, inutile de le rappeler), la gare de Suresnes - Longchamp — ou plutôt son bâtiment-voyageurs, muré mais dont les portes ont été repeintes en violet pastel — pourrait retrouver une activité à partir de 2011.

Pas comme gare, bien sûr : le tramway se passe très bien de tous ces anciens bâtiments (il en reste également aux Coteaux, à Musée de Sèvres, à Meudon-sur-Seine et aux Moulineaux), puisque la circulation est supervisée depuis un Poste de Commandement de Ligne construit exprès et que la vente est assurée par des distributeurs automatiques sur les quais. Plus besoin des anciens locaux commerciaux, donc.

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L’ancienne gare de Suresnes — Longchamp
Grâce au tramway, la ligne voit désormais passer plus de trafic que jamais ; mais le bâtiment attend encore de sortir de sa léthargie.

En revanche, la gare de Suresnes — Longchamp pourrait accueillir un Musée de l’urbanisme social, si le projet de la mairie de Suresnes se concrétise comme prévu. « L’urbanisme social », ce sont notamment les habitations à bon marché (HBM, ancêtres plus esthétiques des HLM) et les cité-jardins construites dans l’entre-deux-guerres. La population francilienne est alors en pleine explosion, Paris et les communes alentour sont en train de s’agglomérer pour former une métropole. Les architectes de l’époque ont cherché des formes d’urbanisme capables d’accueillir le plus grand nombre, d’améliorer les conditions de vie des milieux populaires, d’intégrer des équipements publics au milieu des immeubles d’habitation. Le tout dans un cadre le plus verdoyant possible pour éviter le sentiment d’oppression urbaine, en s’inspirant des réalisations précédentes en Angleterre.

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Le premier îlot de la cité-jardins, construit en 1921
(collection du musée de Suresnes - René Sordes)

Suresnes accueille justement, sur le plateau au Sud du Mont-Valérien, la plus grande des cité-jardins réalisée à cette période (sa construction s’est en fait étalée de 1921 à 1956). Dessinée par l’architecte Alexandre Maistrasse (une avenue et un arrêt de la ligne 241 ont gardé son nom), elle associe des pavillons individuels et des immeubles collectifs ne dépassant jamais 4 étages, de nombreuses placettes arborées, des jardins individuels et des pelouses, mais aussi deux écoles, une résidence pour personnes âgées, des bains-douches, une église et un temple. Les logements sont d’une conception ultra-moderne pour l’époque, avec cuisine indépendante, salle de bains, WC et chauffage central.

Cette idée de l’urbanisme social est soutenue par Henri Sellier, maire de Suresnes de 1919 à 1941, qui devient aussi sénateur de la Seine (1936-1940) et ministre de la Santé Publique du gouvernement du Front populaire. Cofondateur de l’École des Hautes Études Urbaines en 1919 (devenue aujourd’hui l’Institut d’Urbanisme de Paris), il est très engagé en faveur de l’amélioration de l’habitat des populations défavorisées... et concrétise, lors de ses mandats municipaux, une gestion du logement social à l’échelle des villes. Président de l’Office départemental des habitations à bon marché de la Seine, il est ainsi directement à l’origine de 11 cité-jardins en région parisienne, pôles d’attraction résidentiels implantés en fonction des lieux d’emploi (ce que les générations suivantes essaieront de parfaire, en plus grand, avec les villes nouvelles). Dont, bien entendu, la première et la plus grande est celle de Suresnes (presque 10 000 habitants), qui reste encore aujourd’hui exemplaire.

Cette évocation de l’urbanisme social, on la trouvait pour l’instant au musée municipal de Suresnes, le musée René Sordes. Entre autres, puisque le musée possède également des collections d’esquisses, de plans, de photographies, d’écrits, d’outils anciens et d’éléments du patrimoine industriel (Suresnes a accueilli une parfumerie, des blanchisseries, des activités aéronautiques et radiotechniques), hérités d’érudits ou d’entreprises locales, et qui retracent l’histoire de la ville à l’époque contemporaine.

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L’ancienne gare, côté cour
Le bâtiment est spacieux et construit sur trois niveaux : au rez-de-chaussée, la rue, au premier, les voies (qui traversent ensuite le boulevard Henri Sellier en viaduc) ; au second, l’ancien logement du chef de gare.

À l’étroit dans ses locaux, le musée René Sordes est actuellement en pleine restructuration. C’est dans ce cadre qu’il devrait déménager dans l’ancienne gare de Suresnes — Longchamp, et se spécialiser à l’urbanisme social (qui constitue le patrimoine réellement spécifique de la ville, et le cœur des acquisitions récentes du musée).

Le projet esquissé par la mairie de Suresnes prévoit d’en faire un musée moderne, avec de multiples activités (collection permanente, exposition temporaires, conférences, animations, bibliothèque) et des fonds mieux mis en valeur, avec une touche de scénographie et une part d’interactivité pour captiver davantage le jeune visiteur. Objectif : faire découvrir l’évolution de la ville sur le plan architectural, urbain, économique, social et culturel. On annonce également un « parcours de découverte » incluant un appartement-témoin au sein de la cité-jardins.

Le projet semble aujourd’hui sur les rails : un concours pour la maîtrise d’œuvre, maquettes à l’appui, a été lancé par le conseil municipal de Suresnes en décembre 2007. Le montant total des travaux de réaménagement du musée est estimé entre 3,2 et 3,7 M€, et l’heure est à la mobilisation des « partenaires » qui pourraient subventionner l’affaire : Région, État, Conseil général des Hauts-de-Seine.

Rendez-vous donc, si tout va bien, en 2011, dans la gare qui aura trouvé une nouvelle vocation assez inespérée. À côté, le bâtiment des Coteaux (le plus beau de la ligne) reste obstinément vide, de même que celui de Meudon-sur-Seine. Celui de Musée de Sèvres, un moment utilisé comme local administratif par le club nautique tout proche, pourrait être prochainement réaménagé en « club-house » surmonté d’une capitainerie à l’étage, maintenant que le club nautique est devenu base nautique et centre de loisirs. Enfin, le bâtiment des Moulineaux a été réhabilité et transformé en boutique SNCF et en... « cyber-pépinière », pour se fondre dans le décor isséen !

Dernière mise à jour
4 juillet 2008  11h37
7 messages ont été postés à la suite de cet article
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Dernier : 7/07/2008, 21h29 • Cramos
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7 message(s) a (ont) été posté(s) à la suite de cet article, dans 1 discussion(s) :
1. Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes
4 juillet 2008

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Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes
4 juillet 2008, 13:18  
La question peut aussi se poser pour tous les bâtiments qui faisaient office de gares le long de la Petite Ceinture. Existe-t-il un projet similaire ?

Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes
4 juillet 2008, 14:48  

Il y a longtemps qu’un grand nombre des anciennes gares de la PC ont été réoccupées : Darty ( Porte de Saint Ouen ), restaurant ( la Muette ), troquet ( Clignancourt ) ...

Le pire, peut-être, mais c’est ailleurs, l’ancienne gare de Gennevilliers occupée par un mac-do ! Un si beau bâtiment ...


Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes
4 juillet 2008, 16:46  
On peut aussi cité la gare de Reuilly (ex-ligne de Vincennes) qui se situe avenue Daumesnil convertie en "maison des association du XIIéme arrondissement"... La facade extérieur est reste intacte bien que renove et le batiment est entouré d’un trés jolie jardin

Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes
4 juillet 2008, 21:23 • par serge  
Et la gare de Charonne dans le 11ème qui accueille le bar-boite "la flèche d’or" depuis plusieurs années mais il parait que ça ne devrait pas durer...

Fleche d’Or
6 juillet 2008, 12:37 • par Komnata  
rectif : dans le 20eme rue de Bagnolet.

Suresnes — Longchamp, dans la jungle des villes
5 juillet 2008, 09:46 • par Laurent 95  

Bonjour

Le Mc Donald de l’ancienne gare de Gennevilliers n’est certe pas la meilleure enseigne pour la reconvertion d’une gare , mais cela a permis de sauver l’architecture en pierres meulières que la S.N.C.F. ne se serait pas gênée de faire raser . Dans les années 90 , quand j’ai vu des maçons mûrer les portes d’entrée , je ne donnais pas cher sur la vie de cette gare . Les anciennes halles du S.E.R.N.A.M. de cet établissement n’ont pas eu cette chance de sauvegarde , tout comme celles des Batignolles transformées en jardin public .

Et que dire du batiment des voyageurs de la gare d’Ermont-Eaubonne datant de 1878 , rasé pour laisser la place à deux nouvelles voies ! Cet exemple n’est pas unique : voir les destructions de tous les B.V. ( sauf celui de Nogent sur Marne laissé à l’abandon ) lors de la création du R.E.R. A sur les branches de Boissy St Leger et de St Germain en Laye ! Là , nous en avons perdu , du patrimoine !

Mais je m’éloigne géographiquement du sujet . Pour y revenir , je proposerait concernant les bâtiments restants sur le T2 , leur reconvertion en magasin de proximité tel que boulangerie , presse ... toujours utile pour les voyageurs allant travailler ( sans compter les habitants du quartier ) . L’étage du bâtiment retrouverait bien entendu la fonction de logement du commerçant officiant dans l’ancienne salle des billets .


Conservation ou suppression de BV à l’arrivée du RER
7 juillet 2008, 21:29 • par Cramos  

Là , nous en avons perdu , du patrimoine !

A l’opposé, les BV de l’ancienne ligne de Sceaux sont toujours là. Et bichonnés (enfin, presque) par le département du patrimoine de la RATP.

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