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RERA
Carnets du voyageur
A contresens, c’était le bon sens

Comme un chef (de régulation) 27 août 2002

Comment j’ai failli, lors d’un incident très banal, et grâce à la virtuosité d’une chef de régulation, assister au passage d’un RER à contresens à Vincennes...

C’était tout à l’heure, vers 14h08. Un incident tout ce qu’il y a de plus ordinaire, du quasi-quotidien à l’échelle du réseau RATP. Le train NELY 22 s’arrête à quai à Vincennes et sa conductrice, manifestement prévenue par le signal d’alarme, descend de sa loge. On lui indique qu’il y a un quelqu’un en piteux état en 3ème voiture — qui s’est cogné la tête sur un siège, c’est un peu confus. De la cabine, où l’a rejoint un collègue, elle prévient le PCC qu’elle va stationner à quai, et demande l’intervention des pompiers.

La mission QUDI 20, qui suivait à environ 5 minutes de distance, vient alors de quitter Nation. Dans un peu moins de 3 minutes, si NELY 22 n’est pas parti de Vincennes, elle va se trouver arrêtée derrière, en pleine voie. On préfère d’habitude retenir les trains en gare pour éviter ces « arrêts pleine voie », facteurs de stress et de claustrophobie — mais, en l’occurrence, c’est juste raté. Alors, quitte à ce que QUDI 20 soit arrêté dans l’intergare, la chef de régulation va choisir de le retenir à un endroit intéressant.

Pour comprendre la suite, il faut jeter un œil au plan des voies du secteur (à moins que les infrastructures de la ligne A n’aient déjà plus de secrets pour vous !), à peut près tel qu’il apparaît sur le tableau de contrôle optique au PCC :

image 484 x 319

Et vous, vous l’avez trouvé, l’endroit intéressant ?

La chef de régulation n’a pas mis cinq secondes. « QUDI 20 à Nation voie 1, de la chef de régulation, tu me reçois ? Tu t’arrêteras au pied du signal 1203. »

Arrêté, QUDI 20 voit rouge

Le signal 1203, juste à la sortie du tunnel à St-Mandé, a cette particularité remarquable d’être situé juste avant une communication voie 1 - voie 2. Autrement dit, en retenant le train avant, on se ménage la possibilité de le faire « doubler » la rame qui stationne à Vincennes, en circulant à contresens jusqu’à la bifurcation de Fontenay (itinéraire en vert sur le schéma) :

image 484 x 319

Reste, avant d’entreprendre la manœuvre, deux détails à régler.

Pour commencer, il faut que le PCC prenne le contrôle manuel des signaux et des aiguilles, et détruise l’itinéraire qui avait été tracé automatiquement pour QUDI 20 (circulation dans le sens normal sur voie 1) : la signalisation lumineuse, qui fonctionne ici en signalisation d’espacement simple, lui autorise encore de continuer jusqu’à proximité du train précédent.

Fait exceptionnel, le PCC va donc faire repasser au rouge le signal 1203, sous le nez du train arrêté devant (on dit « reprendre le signal », en jargon du métier). C’est une action de régulation rare, parce qu’il faut s’entourer d’un certain nombre de précautions pour l’effectuer en toute sécurité : après s’être assuré que le train n’avait pas dépassé le point d’arrêt prévu (c’est-à-dire : n’empiétait pas sur le circuit de voie suivant), il faut prévenir son conducteur et demander confirmation après fermeture du signal. Ce qui donne, pour l’amateur, des morceaux d’anthologie au THF [1], du genre : « QUDI 20, de la chef de régulation, tu me reçois ? — QUDI 20 au signal 1203, je te reçois. — Je vais te reprendre le signal, QUDI 20, et tu me le confirmes fermé. — QUDI 20, pour la chef de régulation, je te confirme le 1203 fermé. — QUDI 20, je te remercie et je te fais encore patienter un peu. »

Il est alors aux environs de 14h16 (c’est que le temps passe vite, dans ces moments-là... Surtout pour ceux chargés de gérer l’incident !). La mission ZEUS 29 quitte Vincennes et file vers Paris, et la section de voie dont on aurait besoin pour le contresens (la voie 2 entre le signal 1203 et la bifurcation de Fontenay) va se trouver intégralement dégagée ; mais autant s’ôter d’un souci, et faire en sorte d’organiser le contresens sans précipitation. La chef de régulation demande donc à UPEL 27 (la mission suivante de sens inverse), qui approche de Val de Fontenay, de stationner dans cette gare jusqu’à nouvel ordre. Comme il n’est pas dit que QUDI 20 serait sorti du contresens à temps, ça économisera toujours un arrêt sous tunnel !

A ce moment-là, tout est prêt ; même sur une seule voie, l’exploitation peut continuer.

Et pendant ce temps-là, à Vera... Vincennes

A Vincennes, sitôt l’alerte lancée par la conductrice, le chef de gare est descendu sur le quai, comme le veut la règle, pour assister le voyageur en difficulté en attendant l’arrivée des pompiers. Il est même épaulé par la brigade de contrôle qui sévissait dans la salle des billets, et qui fait office de renfort bienvenu.

S’ensuivent alors plusieurs minutes d’attente, entrecoupées d’intenses communications radio entre le PCC, les trains et les agents en station, mais certainement interminables pour les voyageurs ; ce d’autant plus qu’une voix non identifiée (l’informateur du PCC ? Un des contrôleurs ?) ose annoncer à la sono que « ce train ne repartira pas. Je répète, ce train ne repartira pas ». Ce qui fait évidemment doucement sourire, puisqu’à cet instant précis tout le monde s’active en coulisse justement pour que le train reparte, et ce le plus vite possible !

Les pompiers arriveront même trop vite, finalement : l’incident est déclaré clos par les agents de la station au moment où la chef de régulation s’apprêtait à envoyer QUDI 20 à contresens. Et me voilà donc privé d’un spectacle aussi inattendu qu’exceptionnel, que j’aurais volontiers immortalisé par une photo ! Sans compter que j’aurais certainement été gratifié d’une paire d’annonces assez folkloriques, lorsqu’il aurait fallu envoyer les voyageurs sur le quai d’en face...

De l’épisode, qui aura duré en tout à peine plus de 10 minutes, l’histoire (même la petite histoire !) ne retiendra rien. Dans le rapport du PCC, ce soir, on lira juste un laconique : « 14h08 : Le train NELY 22 stationne en gare de Vincennes. Motif : voyageur malade. 3 trains retardés, le train NELY 22, le plus retardé, arrive à son terminus avec un retard de 10 minutes ».

Mais, même si à beaucoup de points de vue, il s’agissait d’un cas d’école [2], j’aime à réaliser que les anges gardiens du PCC, qui veillent sur la bonne marche de la ligne, sont vraiment efficaces. Et qu’en cas de pépin, le reste du monde aura raison de se reposer sur leur initiative.

Des jours comme celui-là, pas de doute : je voyage l’esprit libre.

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Dernier : 28/02/2007, 19h00 • fabrice94
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[1] Le Téléphone Hautes Fréquences, autrement dit la « radio sol-train » de la RATP.

[2] Il est clair en particulier que ce qui était possible ici, grâce aux intervalles réduits du service d’été et aux installations de contresens (IPCS), ne l’aurait absolument pas été sur le tronçon central pendant une pointe.

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4 message(s) a (ont) été posté(s) à la suite de cet article, dans 3 discussion(s) :
1. > Comme un chef (de régulation) BIS
10 mars 2004, par Cramos
2. > Comme un chef (de régulation)
22 décembre 2003, par Cramos
3. > Comme un chef (de régulation)
19 novembre 2003, par Jolly Jumper

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> Comme un chef (de régulation) BIS
10 mars 2004, 15:53 • par Cramos  

Une scène quasi identique s’est déroulée le vendredi 6 mars 2004.

Cette fois là, ce fut UBAN03 (donc dans l’autre sens) qui avait un voyageur malade. Le train est resté arrêté de 12h28 à 12h38.

Plusieurs précisions sur ce jour :

1) - Le régulateur appelle le conducteur de UBAN03 qui ne répond pas puisqu’il est au niveau du signal d’alarme tiré. Malgré l’absence de réponse du conducteur, le régulateur ferme le signal de sortie voie 2 à Vincennes (celui qui est juste devant UBAN03). Une annonce par haut-parleur dans toute la station est alors formulée ainsi :

-  Votre attention s’il vous plait, message de service, message de service. Le conducteur de UBAN03 à Vincennes est informé de la reprise du signal de sortie par le PCC. Je répète ...

2) - Le régulateur informe le conducteur de ZEUS09* arrêté à Fontenay-sous-Bois qu’il circulera voie B à Fontenay puis voie 1 à Vincennes, c’est à dire à contre-sens et sans desservir la gare de Vincennes. Il effectue la même chose à TERI05* qui est à Val-de-Fontenay.

Mais à 12h36 le voyageur est évacué, le régulateur informe alors ZEUS09 et TERI05 (qui sont repartis) qu’ils circuleront sur les voies normales et qu’ils desserviront finalement Vincennes.

* l’ordre de passage habituel est UBAN03 - ZEUS09 - TERI05.

> Comme un chef (de régulation)
22 décembre 2003, 23:29 • par Cramos  

Tout d’habord, je tiens à préciser que l’on voit rarement à la SNCF ce genre d’initiative (chacun reste sur sa voie et on attend...) Sauf peut-être sur le RER D, mais là, ils n’ont plus trop le choix...

Mais j’ai déjà vu circuler le RER A à contresens entre Nation et Auber (tu parles d’une longueur d’interstation !) : Un soir (je ne me souviens plus lequel et je n’avais pas encore découvert votre site) une mission TETE vers 23h entre à Châtelet-les-Halles et écrase un individu (accident ou suicide, je ne le saurais jamais). Afin de ne pas paralyser les autres circulations à cette heure avancée de la nuit, il est décidé de faire circuler sur 1 seule voie les trains entre Nation et Auber. Le temps de franchissement de ces 3 interstations étant de 9 minutes, les trains sont expédiés par rafale de 2 ou 3 trains par sens. L’affichage arrive à suivre : Ecran jaune invitant à écouter les annonces sonore à Gare-de-Lyon et Châtelet ; Affichage des gares désservies correct lorsqu’il s’agit d’une rame circulant en sens normal et extinction de celui-ci lorsqu’il sagit d’un train circulant à contresens. Bref plutôt que de rentrer chez moi à 23h, cela a étét plutôt vers 1h après m’être amusé à faire la navette entre Auber et Nation et à circuler à contresens au moins une fois ! D’ailleur, à contresens, les trains roulent aussi vite (100 km/h) ! C’est pas à la SNCF que l’on voit ça ! (Je suis médisant !) Au final, les derniers trains circulaient avec 50 minutes de retard et j’ai pu voir l’activité habituelle en station lorsqu’elles sont fermées. Les équipes de nettoyages avaient déjà pris possession des lieux alors que tous les trains n’étaient pas passés !!!

> Comme un chef (de régulation)
19 novembre 2003, 17:20 • par Jolly Jumper  

Et bin moa, je l’ai vu la circulation à contresens !!

RER B, station Bourg-La-Reine

Il y a quelques semaines, un KROL( ?) est retenu à quai pour un motif qui n’est pas parvenu jusqu’à moi. Un KROL est une mission venant de Paris, omnibus et terminus Massy-Palaiseau.

J’étais dans le train juste derrière. Ma rame a été basculée d’une voie sur l’autre par le truchement d’une des deux voies centrales existantes en amont de la gare.

Mon train marque son arrêt à Bourg-La-Reine, sur le quai "direction Paris", créant l’incompréhension générale des voyageurs sur le quai attendant logiquement un train vers Paris, lequel patientait déjà en pleine voie un peu plus loin.

Annonce dans le train, rien entendu dehors ; les panneaux de direction sont éteint, SIEL est bluffé. De l’autre côté, des voyageurs assistent, impuissants et peut-être mal informés, à la manoeuvre. Apparament, personne n’a été informé de la manoeuvre. Volontairement, au vu du temps qu’il faut pour basculer tout le monde d’un quai à l’autre ?

Bref ! Après un instant, le train quitte la station au pas, fait hurler un aiguillage et crisser ses roues sur un dispositif apparament peu habitués à la manoeuvre. Mon train reprend sa route, mais mon "semi-direct" se retrouve omnibus jusqu’à Massy-Palaiseau, afin de terminer la mission du Krol en rade...

Il faudra passer quelques stations pour que les panneaux d’information soient mis à jour. Dommage que l’affichage n’aient pas la souplesse de l’IPCS de Bourg-La-Reine !!


> Comme un chef (de régulation)
28 février 2007, 19:00 • par fabrice94  
c’était en juin 1986 de retour d’un train spécial PARIS AUTERLITZ LE CROISIC LA DEFENSE en mi79 ,après avoir emprunté le raccord ligne A/B à chatelet ,nous suivions au block l’une des dernières missions commerciales se dirigeant vers le sud.Nous avons alors croisé le dernier train pour le nord.Le pcc nous fait passé sur voie 2 et nous avons pu doublé le train qui nous précédé sur voie 1 du coté d’antony.Celà nous a permis de rentrer plus facilement aux ateliers de massy et d’éviter des manoeuvres inutiles.Comme quoi tout est possible à la RATP.

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